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Poésie

Le rôle et la fonction de la poésie macédonienne au Canada représentent la manière la plus directe d’exprimer l’esprit de l’ancien monde entouré par les réalités du nouveau monde. Cette genèse a commencé il y a plus de 100 ans lorsque les premiers Macédoniens ont commencé à émigrer au Canada. Les circonstances historiques ont façonné un récit poétique canado-macédonien authentique que la Société canadienne-macédonienne du patrimoine vous présente, cher lecteur. Les poèmes choisis ne sont qu’un aperçu de certaines des œuvres de citoyens canadiens d’origine macédonienne.

Spero Thompson est un collègue et auteur collaborateur de la Société de poésie et de littérature macédoniennes Brachi Miladinovci de la cathédrale orthodoxe macédonienne Saint-Clément-d’Ohrid à Toronto (Ontario).

Patsy Sider-Aspassia Bossota est l’auteure de cinq recueils de poésie intitulés « Diary of a Soul (1998) », « A Spark from the Ashes (1998) », « Between Two Worlds (2000) », « The Joy of Justice (2003) », « Prohibited Culture (2006) », d’un recueil de nouvelles intitulé « Amazing Garden » (2009) et l’auteure de nombreux autres poèmes et nouvelles. Des poèmes tirés de « Between Two Worlds » vous sont présentés pour votre lecture.

Ils s’inscrivent dans la lignée des premiers représentants de la littérature macédonienne moderne au début du XIXe siècle. Parmi ceux-ci figurent Joakim Krcovski, Kiril Pejcinovik, Dimitar et Konstantin Miladinov, Grigor Prlicev et Rajko Zinzifov. Elle s’est ensuite développée au XXe siècle grâce à Vojdan Cernodrinski, Nikola Kirov - Majski et Atanas Razdolov. L’essor de la littérature macédonienne s’est ensuite poursuivi avec Koco Racin, considéré comme le fondateur de la littérature macédonienne moderne.

La première génération d’après-guerre des poètes macédoniens comprend Blaže Koneski, Aco Šopov, Slavko Janevski, Vlado Maleski et Kole Čašule. La nouvelle génération d’écrivains macédoniens est apparue au début des années 1950, réunissant entre autres Gane Todorovski, Mateja Matevski, Dimitar Solev, Ante Popovski, Boris Višinski et Simon Drakul. Ils ont été suivis par Živko Čingo, Petre M. Andreevski, Radovan Pavlovski, Jovan Koteski et bien d’autres.

 

Mon village

Dès mon plus jeune âge, j’aimais Ce village J’ai grandi dans ses canaux d’irrigation À jouer dans l’eau Et quand le soleil paraissait Derrière la montagne Pieds nus, mais le cœur heureux Je lui souhaitais la bienvenue Et quand l’aube se levait doucement Aux confins du village C’était le commencement d’une interminable Journée d’été Nous mangions du pain et du sel Mais, comme de tout petits ...

Nous sommes arrivés au Canada

Le quatre mars, j’ai quitté le village Pour gagner Athènes De là, je devais venir jusqu’ici Et connaître des jours heureux Ma cabine était tout au fond Sur le Queen Frederica Nous étions quatre Enfermés comme des souris Nous avons fait escale à Naples C’était la première halte Jusque-là, nous avions pris du bon temps La réalité ne nous avait pas encore frappés Quand nous avons dépassé Gibraltar ...

Dès que j’aurai amassé trois mille

On devient étranger chez soi Et étranger en terre étrangère Ils ont changé nos noms Ils ressemblent maintenant à des boîtes « C’est pour avoir le droit de travailler », M’explique un oncle Les anciens doivent changer Leurs noms avant toute chose Mille de plus ou de moins dans la tirelire On m’appelait Box Cela ne me dérangeait guère Puisque je n’allais pas rester Mon premier travail au Canada ...

La promenade

Après la sixième année Nous ne pensions qu’à la promenade au village Endimanchés Pour dérober un petit regard Les filles marchaient bras dessus, bras dessous L’une en rouge, l’autre en bleu Nous ne savions pas si elles nous ensorcelaient Ou se moquaient de nous Après tant de promenades Ce ne sont plus les filles qui nous enchantaient Mais les parfums venus de la boulangerie Et nous cherchions des ...

L’homme et son chien

Je parlais avec un ami Il me dit qu’il ne peut plus dormir Son petit chien a été tué Et son chagrin est profond « Je le traitais comme un enfant, dit-il Pour qu’il ne salisse rien, pour qu’il ne se mouille pas Je le sortais chaque matin Avant même le lever du soleil Jamais il ne m’a offensé Jamais il ne m’a répondu Il me regardait seulement dans les yeux Et remuait la queue J’aimerais savoir si, ...

Le cheval revint sans son cavalier

Une jeune femme tissait Du fil blanc sur son métier Elle portait une robe noire Et sombre était son avenir Pourquoi ton fil est-il blanc Et tes vêtements noirs Pleures-tu ta mère Ou peut-être ton vieux père Je ne pleure pas ma mère Ni mon père C’est ma jeunesse qui s’est vêtue de noir Et je pleure nuit et jour Ta jeunesse passe à toute allure Le temps s’échappe si vite Défais-toi de tes vêtements ...

Grandista dévala

À Grandista, trois jeunes filles Cueillaient de la camomille. Elles entendirent le tonnerre gronder Avant que le soleil se couche. Sur la crête d’Eleo, l’éclair jaillit, À Strebreno, le tonnerre éclatait, Sur Zelenich, la pluie tombait, Et Gurlo ne pouvait la contenir. La pluie redoubla, Les rochers se mirent à rouler, Le torrent enfla, furieux, Et noya tous les champs. Elles grimpèrent sur un ...

Victimes innocentes de la guerre

Printemps quarante-huit Mais personne ne faisait la fête. Aucun agneau ne rôtissait au village Ceux qui étaient restés Ne voulaient que la paix Ils couraient là où il leur fallait aller Pour protéger Tout ce qui subsistait Et leur appartenait encore Beaucoup d’enfants trop jeunes Étaient demeurés au village D’autres étaient devenus orphelins Sans savoir où aller Ils couraient comme des oiseaux ...

Guerre civile

Peu avant minuit, par une nuit d’été, nos fenêtres entrouvertes, on n’entendait pourtant pas un mot. Par-dessus la montagne d’en face la lune se levait. Une ombre parut dans la ruelle près de la place du marché. On entendit des pas pressés qui descendaient vers la rivière. Quelqu’un était parti chercher Babo Geraka, la sage-femme. Les douleurs saisirent la mère, et elle récita sa prière. Elle ne ...

Guerre civile – Deuxième partie

Le dernier souffle d’un guérillero Avant l’aube du Mercredi saint, combattant à la bataille de Lia, on lui avait parlé de liberté. Son corps s’effondra sur la terre, mais il ne sentait plus la douleur. Son âme se sépara de son corps, invisible, regardant d’en haut. Tandis que volaient les balles perdues, elles ne pouvaient plus atteindre son âme. C’était l’une de ces journées inutiles, petit ...