Le samedi 9 novembre 2019, la Société historique canado-macédonienne a honoré la mémoire des enfants réfugiés macédoniens de la guerre civile grecque aux Archives de la ville de Toronto. Nous avons commémoré ce drame injuste au moyen d’une exposition de photographies, d’un court métrage et de documents fournis par l’Association des enfants réfugiés de la Macédoine égéenne.

Plus de 100 personnes ont visité les Archives de la ville de Toronto durant la fin de semaine du Souvenir pour rendre hommage à un groupe de Canadiens qui attendent toujours que leur histoire soit entendue. Des milliers de citoyens canadiens d’origine macédonienne ont été des enfants réfugiés lors de la guerre civile grecque de 1946-1949. Ces enfants ont été retirés de leurs foyers et envoyés dans les pays communistes du bloc de l’Est derrière le « Rideau de fer » par les communistes grecs (Armée démocratique de Grèce — DAG).
La guerre civile grecque s’est déroulée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale entre les forces gouvernementales royales soutenues par la Grande-Bretagne et les États-Unis et les forces communistes soutenues par la Yougoslavie et l’URSS. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les royalistes ont fui la Grèce pour établir un gouvernement en exil en Égypte, tandis que les mouvements communistes ont joué un rôle majeur dans la lutte contre les troupes d’occupation allemandes et italiennes.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les royalistes sont revenus en Grèce avec l’intention de diriger le pays, mais les communistes estimaient que, s’étant battus sur place pour défendre le territoire, ils devaient participer à la création du nouveau gouvernement. Le conflit a rapidement dégénéré en une guerre civile sanglante qui a duré de 1946 à 1949.
De nombreux Macédoniens ont rejoint l’Armée démocratique de Grèce (DAG), non pas par conviction communiste, mais parce que la DAG promettait de reconnaître les Macédoniens comme un peuple distinct possédant sa propre langue et sa propre culture. Si les Macédoniens s’engageaient, ils avaient aussi la promesse d’écoles dans leur langue jusqu’en 6e année et du droit d’utiliser le macédonien dans leurs églises.
Selon la Croix-Rouge, 28 000 enfants macédoniens âgés de 2 à 12 ans ont été évacués en masse vers les pays communistes du bloc de l’Est, tandis que les royalistes déplaçaient des enfants vers le sud de la Grèce ou vers des zones sécurisées. Les enfants déplacés par les royalistes sont restés en Grèce et ont pu retrouver leurs parents après la guerre. La plupart de ces enfants étaient d’origine grecque ; en revanche, la majorité des enfants déplacés par les communistes étaient d’origine macédonienne et il leur a été interdit de retourner dans leur patrie et de retrouver leur famille.
Il s’agissait d’une politique de NETTOYAGE ETHNIQUE. Après la guerre, les anciens dirigeants et combattants d’origine grecque ainsi que leurs enfants ont été autorisés à rentrer en Grèce, mais les combattants macédoniens, leurs enfants et les orphelins macédoniens s’y sont vus refuser l’accès. Même dans les pays communistes après la guerre, les communistes grecs, avec l’aide de Staline, ont séparé les combattants macédoniens de leurs enfants en les envoyant à Tachkent, en Ouzbékistan, pour ne les réunir qu’une décennie plus tard après la mort de Staline. En ajoutant cela aux politiques d’assimilation du gouvernement grec depuis 1913 (deuxième guerre balkanique — lorsque la Grèce a occupé la Macédoine égéenne), cette politique a été poussée jusqu’à nier encore aujourd’hui l’existence d’une minorité macédonienne en Grèce : l’aboutissement de leur programme de « génocide culturel ».
Ce sont ces enfants, aujourd’hui âgés de 70 à 80 ans, qui continuent de réclamer leur droit de retourner dans leur patrie après 70 ans (1949-2019). Le Canada abrite des milliers de ces enfants réfugiés macédoniens de la guerre civile grecque, auxquels, bien que citoyens canadiens, l’entrée en Grèce est encore refusée aujourd’hui. Nous vivons dans un monde où la vulnérabilité et la marginalité sont de plus en plus reconnues. De même, au Canada, le gouvernement fédéral reconnaît enfin les effets dévastateurs des politiques d’assimilation passées envers les Premières Nations. La Commission de vérité et réconciliation du Canada et le document historique « Ils sont venus pour les enfants » décrivent l’assimilation forcée des enfants autochtones.
Nous espérons que le gouvernement grec suivra l’exemple du Canada, non seulement en reconnaissant ses politiques d’assimilation discriminatoires envers les Macédoniens vivant en Grèce, mais aussi en autorisant enfin les enfants réfugiés macédoniens (citoyens canadiens) de la guerre civile grecque à revendiquer la place qui leur revient de droit comme citoyens grecs d’origine macédonienne.