Le 25 novembre 2007, la Société canadienne-macédonienne du patrimoine (SCMH) a tenu un symposium marquant intitulé « Let Me Tell You a Story… » Cet événement a offert un regard intime, « de près et de l'intérieur », sur l'expérience canado-macédonienne, jetant un pont entre l'histoire savante et la réalité vécue. Animé par l'estimée D re Lillian Petroff, l'après-midi réunissait cinq intervenants représentant trois vagues d'immigration distinctes, ainsi que le relancement officiel de l'ouvrage marquant du professeur Harry Herman intitulé Men in White Aprons.
Un mandat de diversité et de documentation
La communauté canado-macédonienne se définit par une histoire à plusieurs strates. Si bien des premiers immigrants de la fin du XIXe et du début du XXe siècle venaient de la région égéenne, les décennies suivantes ont vu arriver des gens poussés par les guerres, les nettoyages ethniques et les bouleversements politiques du XXe siècle. Aujourd'hui, la communauté continue de croître avec l'arrivée de nouveaux venus de la République de Macédoine.
La SCMH existe pour consigner ces périodes de transition. Si le livre de 1995 de la D re Petroff, Sojourners and Settlers, constituait le compte rendu savant définitif jusqu'en 1940, ce symposium visait à saisir la dimension humaine d'une histoire plus récente.
Trois époques du parcours macédonien
1. Les pionniers (du tournant du XXe siècle à 1945)
Le symposium s'est ouvert sur les récits des premiers arrivants :
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Joanne Lynes : a offert un éclairage essentiel sur l'établissement en région. Si beaucoup associent la diaspora à Toronto ou à Montréal, la famille de Joanne s'est installée à Welland, en Ontario, ce qui montre que les épiceries et les restaurants macédoniens étaient le poumon de petites villes partout au Canada.
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Katherine Kizoff Gill : a raconté une remarquable odyssée familiale. Son grand-père paternel a émigré de Gabresh, dans le Kostursko, en 1905, passant par Cuba avant de gagner finalement Toronto — témoignage des chemins détournés et audacieux qu'empruntaient les premiers « pechalbari » (travailleurs migrants).
2. La vague d'après-guerre (1945-1990)
Cette époque a vu la communauté s'enraciner profondément sur le plan économique :
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Danny Maleganeas : représentait la génération des années 1950. Ses parents sont arrivés durant cette période et se sont rapidement imposés comme d'éminents restaurateurs torontois, un trait marquant de la réussite macédonienne.
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Niki Lazarova : a livré un parcours poignant et déchirant. En tant que Begaltsi (enfant réfugié de la guerre civile grecque), Niki a vécu dans plusieurs pays avant de trouver enfin un foyer permanent au Canada dans les années 1970.
3. L'époque contemporaine (de 1990 à aujourd'hui)
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D re Katerina Belazelkoska : a donné un aperçu de la diaspora contemporaine. Poussée par des inquiétudes pour sa sécurité en République de Macédoine en 2001, elle a fait des études supérieures aux États-Unis avant de choisir le Canada pour ses possibilités et pour le soutien d'une communauté établie.
Le relancement de « Men in White Aprons »
Un des points forts de l'événement fut la réimpression et le relancement de l'ouvrage marquant du professeur Harry Herman Men in White Aprons. Ce projet, mené par Alex Nitsis, a été rendu possible grâce au parrainage principal de la Macedonian Canadian Restaurant Coop.
La nouvelle édition comprend du matériel enrichi et des photographies rares des premiers établissements appartenant à des Macédoniens. Pendant son animation, la D re Petroff a partagé de poignants témoignages oraux tirés de ses recherches, dont les dures réalités vécues par les travailleurs macédoniens dans des restaurants appartenant à des Grecs, où les tensions ethniques menaient souvent à l'exploitation. Ces récits ont mis en évidence pourquoi posséder sa propre entreprise est devenu, pour les Macédoniens, une question de survie économique autant que de dignité culturelle.
Préserver l'héritage
Le symposium s'est achevé par un rassemblement autour d'un thé macédonien (planinski čaj) et de biscuits, les participants faisant dédicacer leurs livres par le professeur Herman.
La SCMH a souligné la fragilité de ces récits : faute d'un lieu qui leur soit consacré, les photos de famille se perdent souvent et les costumes traditionnels sont sous-estimés par les jeunes générations. En documentant ces cinq points de vue singuliers, la Société a réaffirmé sa volonté de faire en sorte que la communauté se tienne « sur les épaules » de ceux qui l'ont précédée.
Participants au symposium (de gauche à droite) : Niki Lazarova, John Thomas (président de la SCMH), la D re Lillian Petroff, Danny Maleganeas, Joanne Lynes, le professeur Harry Herman et la D re Katerina Belazelkoska.