Le 12 février, la Société canadienne-macédonienne du patrimoine (CMHS) a accueilli une salle comble à Toronto pour le lancement d'un ouvrage historique majeur : Children of the Greek Civil War: Refugees and the Politics of Memory. L'événement mettait en vedette le coauteur Loring Danforth, professeur d'anthropologie au Bates College, reconnu pour ses travaux approfondis sur le nationalisme ethnique. Bien que sa coauteure, Riki Van Boeschoten, n'ait pu y assister, M. Danforth a présenté en détail les années de recherche nécessaires pour documenter la vie des decata begalci (enfants réfugiés). Il a expliqué le processus rigoureux de sélection des entrevues présentées dans le livre, soulignant l'importance de préserver ces témoignages directs avant qu'ils ne disparaissent avec le temps.

Ce livre tant attendu a été lancé à Toronto par la CMHS le 12 février devant un public venu très nombreux. Loring Danforth, professeur d'anthropologie au Bates College dans le Maine (États-Unis), était présent pour ce lancement. Il a rédigé plusieurs ouvrages, dont le plus récent s'intitule The Macedonian Conflict: Ethnic Nationalism in a Transnational World. Riki Van Boeschoten, coauteure et professeure associée à l'Université de Thessalie (Grèce), n'a pas pu être présente.


M. Danforth a expliqué la démarche, le choix des personnes interviewées et la durée des recherches. Mary Rossos et Trajan Dimitriou comptaient parmi les sept personnes interrogées figurant dans l'ouvrage, et ont pu partager leurs perspectives et leurs expériences. Trajan a été envoyé dans les paidopoleis de la reine Frédérique (l'équivalent grec des foyers pour enfants), tandis que Mary Rossos a été évacuée vers la Tchécoslovaquie. Les récits décrivant comment les enfants et les « mères » choisies pour les accompagner ont dû quitter le nord de la Grèce à pied étaient poignant.

Le récit au cœur du livre est souvent poignant, retraçant le parcours de près de 28 000 enfants évacués du nord de la Grèce entre 1946 et 1949. Deux des témoins figurant dans l'ouvrage, Mary Rossos et Trajan Dimitriou, ont assisté au lancement pour partager leur vécu. Ils ont décrit les marches éprouvantes hors des zones de combat, sous la conduite de « mères » chargées de leur sécurité. Cette évacuation massive a donné naissance à une vaste diaspora, les enfants étant envoyés dans divers pays communistes d'Europe de l'Est et de l'URSS, notamment en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie et en Ouzbékistan.

Un axe essentiel du livre porte sur la « politique de la mémoire », illustrée par les parcours divergents de Mary et de Trajan. Mary Rossos a été accueillie en Tchécoslovaquie, où les enfants ont grandi dans des milieux permettant la préservation de leur identité macédonienne. À l'inverse, Trajan Dimitriou a été envoyé dans les paidopoleis de la reine Frédérique, des institutions grecques destinées à la rééducation nationale. Ces deux trajectoires témoignent de la lutte complexe pour l'identité qui a marqué toute une génération. Le livre constitue un témoignage essentiel de ces histoires croisées, et des projets de traduction en macédonien et en grec sont déjà en cours.

L'événement s'est conclu par une période d'échanges dynamique, permettant à la communauté de discuter avec l'auteur et les survivants. Après la présentation officielle, les participants se sont retrouvés dans une ambiance conviviale autour d'un thé macédonien traditionnel et d'un zelnik préparé par Paul Thomas, membre du conseil d'administration. Bien que le sujet soit complexe et parfois douloureux, la CMHS a rappelé que la documentation de ces événements est essentielle pour permettre à la communauté de comprendre son passé et d'envisager son avenir.