Le samedi 26 août 2017, la Société historique canado-macédonienne a célébré le 150e anniversaire du Canada au Quai 21, à Halifax en Nouvelle-Écosse, avec le dévoilement d'une plaque commémorant plus de 125 ans d'immigration macédonienne au Canada. La plaque sera apposée au Musée canadien de l'immigration du Quai 21, sur le mur d'hommage Wadih M. Fares. L'inscription de la plaque se lit ainsi : En l'honneur des citoyens canadiens d'origine macédonienne qui ont fait du Canada leur foyer, de la fin des années 1800 à aujourd'hui, venus des régions égéenne, du Pirin, du Vardar et de la Mala Prespa de Macédoine.

Ce qui suit est un extrait du discours de Tony Markovski lors du dévoilement de la plaque.
Nous sommes réunis aujourd'hui au Quai 21, le Musée canadien de l'immigration, pour célébrer le dévoilement officiel de la plaque de la Société historique canado-macédonienne, qui sera apposée sur le mur d'hommage Wadih M. Fares en l'honneur de tous les Macédoniens venus au Canada de toutes les régions de la Macédoine, de la fin des années 1800 à aujourd'hui. Ils sont venus, parmi d'autres nationalités, chercher une vie meilleure et des perspectives dans un nouveau pays. Cette année, nous célébrons 150 ans de Confédération pour un pays appelé Canada, mais nous ne devons pas oublier non plus les peuples des Premières Nations qui habitaient cette terre des milliers d'années avant nous. Cette plaque nous rappellera que les Macédoniens aussi ont contribué à bâtir ce grand pays.
Les premiers Macédoniens sont venus au Canada en raison de troubles civils, de guerres et d'oppression. Aujourd'hui, la plupart sont des immigrants économiques, une minorité venant de régions qui discriminent encore ceux qui se déclarent Macédoniens de souche. Les tout premiers migrants attestés sont arrivés après 1878, lorsque, au congrès de Berlin, la Macédoine fut rendue à l'État ottoman après avoir été libérée par la Russie lors de la guerre russo-ottomane de 1876-1877. Entre 1878 et 1903, la plupart de ceux qui émigrèrent au Canada y étaient comme travailleurs saisonniers ; après l'échec du soulèvement macédonien de 1903 appelé « ILINDEN », les Macédoniens émigrèrent en masse au Canada en raison de l'oppression ottomane.
À la suite des première et deuxième guerres balkaniques (1912-1913), menées entre les pays chrétiens voisins et l'État ottoman, davantage de Macédoniens émigrèrent au Canada et aux États-Unis. La discrimination et l'oppression se poursuivirent, mais cette fois du fait des pays chrétiens occupants, qui ne reconnaissaient ni l'identité ethnique des Macédoniens ni la Macédoine comme pays. Ils occupèrent au contraire la région, s'en partageant chacun une part, et engagèrent un processus d'assimilation. Suivirent quatre années de troubles et de désespoir supplémentaires avec la Première Guerre mondiale (1914-1918). La Macédoine devint un champ de bataille entre la Triple-Alliance et la Triple-Entente. On a beaucoup écrit sur le front de l'Ouest et la contribution du Canada, mais on connaît mal le front de l'Est, où la Macédoine était le champ de bataille.
Vint ensuite la guerre gréco-turque (1919-1922), qui entraîna une oppression accrue. Le traité de Lausanne de 1923 toucha la Macédoine égéenne avec l'arrivée de plus d'un million de réfugiés chrétiens dans la région et l'expulsion de plus de 300 000 Macédoniens chrétiens vers la Bulgarie. La conversion forcée des toponymes et des patronymes à la fin des années 1920, puis la crise économique de la Dépression dans les années 1930, éloignèrent davantage les Macédoniens de la région balkanique.
Puis vint la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), qui empêcha toute émigration depuis l'ensemble des régions de la Macédoine. Elle déboucha sur la guerre civile grecque de 1946-1949, livrée pour l'essentiel en Macédoine égéenne. Des milliers de Macédoniens furent contraints de partir, dont 28 000 enfants réfugiés (Decata Begalci), dont beaucoup vivent aujourd'hui au Canada. Entre 1950 et 1980, des dizaines de milliers de Macédoniens émigrèrent au Canada, la majorité venant de la Macédoine égéenne en Grèce.
Aujourd'hui, les Macédoniens émigrent encore au Canada, mais pour des raisons économiques. Ils subissent toujours la discrimination en Bulgarie, en Grèce et en Albanie. L'assimilation culturelle (génocide) est encore pratiquée surtout en Bulgarie et, à l'avenir, nous verrons peut-être arriver davantage de Macédoniens de souche depuis ce pays. La Grèce ne reconnaît pas officiellement les Macédoniens de souche comme un peuple distinct, mais tolère actuellement à contrecœur la célébration de festivités culturelles.
Heureusement, au Canada, en tant qu'immigrant reçu d'origine macédonienne, je ne suis pas victime de discrimination en raison de mon origine ethnique. Je suis fier et chanceux de pouvoir appeler le Canada mon foyer, ce pays d'immigrants. Nous sommes venus dans un pays où nous respectons nos différences et vivons ensemble en harmonie. Comme migrant, je sais ce que l'on ressent quand on est discriminé et opprimé. Je sais aussi ce que l'on ressent quand on vous prend votre terre et que l'on cherche à vous assimiler pour faire de vous autre chose. C'est pourquoi nous devons nous aussi respecter et reconnaître ceux qui nous ont précédés, les peuples autochtones du Canada. Nous sommes reconnaissants envers le Canada d'avoir accueilli tous les Macédoniens et d'avoir ouvert ses bras à notre peuple, et nous reconnaissons et remercions également les peuples des Premières Nations. J'aimerais à cette occasion remercier Mme Maria Almeida, Mme Fiona Valverde et le personnel du Musée canadien de l'immigration. Sans leur aide pour organiser cette occasion particulière et sans la possibilité qu'ils nous ont donnée d'honorer tous les Macédoniens venus au Canada, en particulier ceux qui sont arrivés sur ce continent par le Quai 21.
Merci, Canada !
Merci, Quai 21 !
Merci, Macédoniens canadiens ! Наздравје (Nazdravye) ! Tony Markovski, président – Société historique canado-macédonienne
En tant qu'organisme de bienfaisance sans but lucratif, la Société historique canado-macédonienne offre à tous les Canadiens, et particulièrement à ceux d'origine macédonienne, une juste perspective sur l'histoire et la culture canado-macédoniennes. Fondée en 1991, la Société est depuis plus de 25 ans le centre névralgique des activités universitaires et sociales.