Holiday Inn, Wynford Drive, dimanche 21 octobre 1979 (Toronto)
Version révisée d'une biographie originale de John Weir
Le 7 septembre 1894, dans la ville macédonienne de Radovish, un fils est né du pauvre marchand ambulant de viande Daffe Antonoff et de son épouse Gona. Ils l'ont nommé Christo et, comme on l'appelait toujours Christo Dafeff (le Christo de Daffe), c'est le nom qu'il a conservé au fil des ans.
Christo était un enfant chétif mais doué. À six ans, il est entré à l'école et s'est révélé un élève exceptionnel, mais a été contraint d'interrompre ses études en raison de sa santé... Le jeune Christo ne pouvait pas étudier à la légère, il était trop passionné. À sept ans, il a commencé à jouer de la flûte. Son père n'ayant pas les moyens de lui acheter un instrument de musique, Christo a « emprunté » 15 coptseta turques dans la maigre réserve de son père et s'est associé avec le fils d'un voisin, qui a également mis 15 coptseta, pour acheter une mandoline. Une semaine, Christo l'avait, la suivante c'était son partenaire. Un jour, sa mère l'a envoyé au grenier chercher quelque chose. Là, parmi les objets entreposés par un oncle parti au Canada, Christo a trouvé un violon ! Il l'a accordé. Il a tiré l'archet. Et, dans ce grenier poussiéreux, sa commission oubliée, dès son premier essai, le Christo de Daffe a joué un air populaire macédonien. Il n'y avait aucun doute : la musique était sa vocation. Malgré leur pauvreté, ses parents ont résolu de faire tout leur possible pour l'aider.
Sa mère faisait des ménages et triait le tabac pour quelques sous par jour. Ils ont économisé sou par sou jusqu'à ce qu'ils puissent envoyer le jeune garçon de quatorze ans étudier au Conservatoire de musique de Bucarest, en Roumanie. La pauvreté l'y a rapidement rattrapé. Mais le dévouement et l'enthousiasme du jeune étudiant macédonien ont poussé le professeur et le directeur du conservatoire à lui trouver du travail pour subvenir à ses besoins.
Ses études ont été interrompues par les guerres balkaniques et la Première Guerre mondiale. Il a de nouveau dû lutter contre la faim et le froid, travaillant dans la menuiserie et les scieries. Mais la musique n'a jamais cessé. En 1924, Chris Dafeff est arrivé au Canada.
Pour subvenir aux besoins de sa famille, il est devenu ouvrier dans une usine de tôlerie. Mais la musique était toute sa vie.
Il a immédiatement rassemblé un groupe d'enfants macédoniens et leur a enseigné la musique, leur apprenant à jouer de la flûte et du violon. Bientôt, il a formé le premier orchestre d'enfants et un chœur dans la communauté macédonienne de Toronto. C'était le début d'une œuvre culturelle remarquable qui allait durer plus de cinquante ans.
Il est devenu le fondateur et le chef de chœur de la chorale « Balkan Echo », dirigé l'Orchestre ouvrier de Toronto et fondé l'École de musique Dafeff. Des générations d'enfants d'immigrants ont appris la musique sous sa direction dévouée.
Sika ! Aucune histoire sur Chris ne peut être racontée sans évoquer Sika. Avec quel dévouement elle a permis à son apport d'être encore plus grand ! Elle collait, classait et tenait à jour toutes les partitions du chœur et les livres. Elle assistait à toutes les répétitions d'orchestre et de chorale et chantait elle-même dans tous les chœurs de Chris (quelle que soit la langue). Elle veillait à ce que Chris respecte son horaire chargé, particulièrement les dimanches où une demi-douzaine de répétitions dans autant de salles n'était pas du tout rare. De plus, lorsque Chris, qui ne savait pas dire non, se retrouvait débordé par de nouvelles demandes de divers groupes, Sika réglait les choses. Et il y avait autre chose :
Chris était pratiquement incapable de conduire au-delà des lieux les plus familiers, Sika est donc devenue sa fidèle navigatrice.
Son rêve se réalisait — les humbles débuts dans des caves humides et glaciales avec de tout petits enfants ont fleuri en un grand spectacle composé de centaines de chanteurs et musiciens accomplis se produisant devant des dizaines de milliers de personnes.
« Nous l'avons extrait, des fossés et des usines, de la pauvreté et de l'obscurité ; nous avons extrait les pépites d'or du talent, de la prestation, de la musique pour le peuple, par le peuple », disait Chris.
Déjà diplômé du Canadian College of Music, Dafeff a posé sa candidature pour entrer au Toronto Conservatory of Music. Il y a eu un moment de silence. Puis, en 1940, Sir Ernest MacMillan a appelé Chris Dafeff. Il a feuilleté l'album de coupures énumérant les concerts remarquables que Dafeff avait dirigés, les éloges des critiques, les médailles, prix et bourses remportés par ses élèves. Sir Ernest les a tous lus attentivement. « C'est un honneur pour le Conservatoire de vous compter parmi ses membres », a-t-il déclaré en s'inclinant devant le musicien-ouvrier macédono-canadien.
Peu après, Chris Dafeff dirigeait un grand concert dans la plus grande salle du Canada, le Maple Leaf Gardens.
Il serait trop long d'énumérer ses élèves qui se sont fait un nom sur scène, à la radio ou en enseignant aux autres. Mais plus grand encore que ce qu'il a fait pour les individus est ce qu'il a accompli pour notre peuple dans son ensemble.
« Au début, nous devions adapter notre musique au niveau d'organisation, aux besoins du public », disait-il au cours des années d'après-guerre. « Puis nous avons élevé le niveau, étape par étape, tant des interprètes que du public. Aujourd'hui, notre niveau est pratiquement professionnel. »
Chris Dafeff a donné toutes ses années aux travailleurs, à leurs organisations, au peuple. Il a gagné un amour et un respect qu'aucune figure musicale au Canada ne saurait surpasser. En apportant la beauté des terres de nos origines et l'estime de soi dans la vie de tant d'entre nous, il a façonné une grande part du rêve canadien de ce que ce pays peut être.
LES PERSONNES SUIVANTES ONT PARTICIPÉ À L'HOMMAGE RENDU À CHRIS DAFEFF
MAÎTRE DE CÉRÉMONIE
Joe Sterioff
CONFÉRENCIERS
Eugene Dolny
Nick Kiriokopoulos
Raicheff
Daphiny Stewart
PRÉSENTATION
Virginia Stoymenoff
CHŒUR BALKAN ECHO
Violet Datzeff
Ted Evans
Hope Goldberg
Nick Koleff
Mary & Peter Kondoff
Pirinka MacLeod
Nada Madjarow
Blaga Peroff
Mary Petroff
Savka Peychoss
Olga Sandolowich
Daphiny Stewart
Virginia & Tom Stoymenoff
Violet & Raymond Wells
Virginia & Tom Yaneff
