Dans chaque maison du village
Il y avait un puits.
Certains étaient peu profonds,
D’autres plongeaient dans une obscurité sans fond.
Nous ne buvions pas cette eau,
Et ne l’utilisions pas pour cuisiner.
Nous nous en lavions seulement les pieds
Et arrosions la cour.
En été, elle était fraîche,
Et nous descendions les pastèques dans le puits.
En hiver, elle était tiède ;
Nous la donnions à boire aux ânes.
Et certains puits, disait-on,
Abritaient même des sangsues.
On s’en servait souvent
Pour embellir les jeunes filles.
Et les gens plus âgés,
Qui en savaient bien davantage,
Les utilisaient aussi
Pour chasser leurs rhumatismes.
Comme tous les gens du village,
Nous avions nous aussi un puits.
Il faisait deux mètres de large,
Et l’eau montait plus haut que nos têtes.
Et tandis que nous jouions tous les trois
Sous une pluie fine,
Notre mère arriva soudain
Et appela Dimitroula :
« Ma Dimitroula, je t’en prie,
Cours vite jusqu’au puits —
Apporte-moi un peu d’eau… »