Et la vieillesse s’abattit lourdement sur lui
Avant même qu’il s’en aperçoive ;
Et juste avant le point du jour
Il reprit la route du village.

Cinquante ans s’étaient écoulés,
Il ne connaissait plus personne ;
Toutes ses années passées en Amérique
N’avaient mené à rien.

Il se retrouva seul dans son village,
Ne sachant que faire ;
« Pauvre je suis né, dit-il,
Et pauvre je mourrai. »

Un matin, à la clinique,
Se tenait une femme âgée ;
Elle était encore belle,
Toujours douce et tendre.

Leurs regards se croisèrent soudain,
Et tous deux furent parcourus d’un frisson ;
Ils se regardèrent encore une fois
Sans prononcer un mot.

Alors la vieille femme se mit à pleurer,
Ses lèvres tremblaient ;
Le vieil homme se leva lentement
Et lui tendit son mouchoir.

« Qui es-tu, ma chère vieille amie,
Avec ces larmes dans les yeux ?
Tu as brisé mon pauvre cœur
En mille morceaux. »

« Je suis ta fiancée,
Ton tout premier amour—
Celle à qui tu disais que tu l’aimerais
Même en ne vivant que de pain et de sel. »

Il croisa ses mains tremblantes,
S’agrippant fermement à sa canne ;
Les larmes tombèrent de ses yeux
Sur son beau costume.

Tous deux étaient restés célibataires,
Sans enfants ni petits-enfants ;
Mais il était bien trop tard à présent—
Les années avaient déjà passé.