Le dimanche 25 mars 2007, la Société canadienne-macédonienne du patrimoine a tenu un événement marquant à la cathédrale orthodoxe macédonienne Saint-Clément-d'Ohrid. Ce rassemblement a servi de relancement officiel et de conférence élargie pour l'ouvrage sociologique marquant du D r Harry Vjekoslav Herman, « Men in White Aprons ». Si la société avait présenté les thèmes du livre lors d'une conférence préliminaire en 2006, l'événement de 2007 marquait la parution d'une édition définitive et augmentée, qui jetait un pont entre la théorie universitaire et l'histoire vécue de la communauté macédonienne de Toronto.
II. L'héritage Argiro et la philanthropie communautaire
Un point fort central de l'événement de 2007 fut la reconnaissance du généreux don de Helen et Angelo Argiroet de la Canadian Macedonian Restaurant Co-op. Leur soutien financier a été déterminant dans la décision de rééditer et d'augmenter le livre. Les Argiro avaient compris que si l'étude originale du D r Herman fournissait l'« ossature » de cette histoire, l'« esprit » résidait dans les récits de familles particulières qui ont défini l'époque.
Grâce à leur contribution, la nouvelle édition s'est enrichie d'une importante section supplémentaire intitulée « Men in White Aprons and Family Stories ». Cet ajout invitait la communauté à entrer dans le champ universitaire, offrant un lieu où des lignées familiales précises pouvaient être consignées aux côtés de l'analyse savante, afin que les noms des pionniers soient préservés pour les générations futures.
III. Le sujet : la « niche ethnique »
La recherche du D r Herman demeure un texte fondateur pour comprendre le phénomène de la « niche ethnique » sur le marché du travail. Son étude portait sur la façon dont les immigrants macédoniens — venus principalement des régions de Lerin et de Kostur— ont transformé leur statut précaire de nouveaux arrivants en une position de domination industrielle.
-
Les réseaux de parenté : le D r Herman a documenté comment les immigrants établis faisaient venir des parents et des gens de leur village, les formaient au métier de la restauration et leur offraient un filet de sécurité sociale.
-
La domination du marché : en 1970, les données révélaient une réalité socioéconomique extraordinaire : les Macédoniens possédaient ou exploitaient plus de 20 % des restaurants et casse-croûte indépendants de la région du Grand Toronto. Cela faisait de la communauté macédonienne une force motrice du paysage culinaire et économique torontois.
IV. La mobilité sociale : du plongeur au professionnel
Le cœur de la présentation portait sur le « tablier blanc » comme puissant symbole du parcours immigrant. Dans sa thèse de doctorat, le D r Herman a mis en évidence une trajectoire nette de mobilité sociale ascendante:
-
L'entrée : arrivés avec un anglais limité, beaucoup ont commencé à l'arrière de l'établissement, comme plongeurs ou aides-cuisiniers.
-
La propriété : par une frugalité extrême et des systèmes de crédit communautaires, ces travailleurs ont fini par acheter leurs propres casse-croûte et grils.
-
L'héritage : les profits de ces emplois « en tablier blanc » ont été systématiquement réinvestis dans la génération suivante. Ces restaurants ont financé les études universitaires des enfants et des petits-enfants des pionniers, permettant à la communauté de passer au droit, à la médecine, au génie et à l'université.
V. Portée universitaire et culturelle
En tant qu'anthropologue, le D r Herman a fourni un cadre universitaire rigoureux à ce qui n'avait été vu jusque-là que comme une « tradition familiale ordinaire ». Son travail a élevé l'histoire du restaurateur macédonien de l'anecdote locale à une étude de cas importante en matière de multiculturalisme professionnel.
L'événement de 2007 s'est achevé en célébration de l'identité. En combinant les données du D r Herman aux récits de familles financés par le don Argiro, la Société canadienne-macédonienne du patrimoine a réaffirmé sa mission : faire en sorte que l'histoire discrète et laborieuse des « hommes en tablier blanc » ne soit jamais occultée par les versions « officielles » de l'histoire canadienne. L'événement a rappelé que la prospérité actuelle de la communauté canado-macédonienne s'est bâtie sur la graisse, la vapeur et le travail inlassable des pionniers de la restauration.
Images de « Men in White Aprons »
|
Années 1920 |
Chez Bassil, années 1930 |
|
Bob Milencoff, 1949 |
Bob, Christine et Luba Milencoff |
|
Zugloff |
Kiproff, 1950 |
|
Les hommes Giamou |
Helen Giamou et son mari |
|
Normany - Palaire |
Dave et Elia Milencoff |
|
Chez Bassil, à l'ENC |
Chez Melencoff, rue King |
Le livre original

Le livre réédité












