L’exposition « Du coffre d’espérance de Baba : Trésors macédoniens au Canada » a été un événement culturel marquant coprésenté par le Musée des textiles et la Société historique canado-macédonienne (CMHS). Se déroulant du 1er mars au 15 octobre 1995, la vitrine était le point culminant de trois années de recherche exhaustive, de documentation et de sensibilisation communautaire. Organisée par Angela (Annie) Wood, membre et éducatrice du CMHS, l'exposition a offert un regard rare et intime sur le patrimoine textile de la diaspora macédonienne au Canada.
La vision et le comité
La genèse du projet était personnelle. En visitant le Musée du Textile avec ses élèves, Annie Wood a constaté une profonde absence de l'art textile macédonien. Poussée par le désir de voir son propre patrimoine représenté, elle a présenté ce concept ambitieux à la Société historique canadienne de la Macédoine.
Le CMHS a reconnu le potentiel du projet et a formé un comité dédié de 19 membres pour faire de ce rêve une réalité. Ce comité a travaillé avec rigueur au fil d’une démarche en trois étapes :
- Financement public : L’équipe a obtenu avec succès les subventions et les fonds publics nécessaires au financement d’un projet de cette envergure.
- Partenariat institutionnel : Elle a collaboré étroitement avec le Musée des textiles pour élaborer un programme professionnel répondant aux normes muséales de conservation et de muséographie.
- Réalisation communautaire : Le comité a servi de pont avec la communauté, coordonnant la collecte massive de trésors familiaux.
La préparation et la documentation
Pendant trois ans, le comité a visité de nombreux foyers canado-macédoniens, documentant plus de 1 500 pièces individuelles. Ces visites dépassaient la simple documentation technique : c’étaient des échanges chaleureux autour de récits oraux et d’un café, permettant d’établir une relation de confiance avec des familles qui se séparaient pour la première fois d’objets précieux. Avant l’ouverture, chaque pièce a fait l’objet d’un traitement de conservation spécialisé, incluant la congélation des textiles pour les préserver de la détérioration.
Le contenu de l’exposition
L’exposition était conçue comme un ensemble mêlant histoire et identité, comprenant :
- Vêtements traditionnels : Un éventail de chemises, gilets, tabliers et costumes régionaux complets.
- Textiles et tapis : Des tapis aux motifs complexes et des textiles domestiques.
- Histoire orale et photographie : L’exposition présentait des récits personnels et des photographies des « Babas » (grand-mères) créatrices des œuvres, s’assurant que les visages des artisanes soient mis en valeur à côté de leurs créations.
Impact sur la mode contemporaine
L’influence de l’exposition s’est étendue jusqu’à la mode contemporaine. La célèbre designer canadienne Marilyn Brooks a été tellement touchée par les motifs du « Coffre d’espérance de Baba » qu’elle en a fait le thème principal de sa collection d’automne. M(me) Brooks a souligné que ces « trésors patrimoniaux » reflétaient les tendances internationales observées à Paris, mettant l’accent sur un retour aux sources et au confort des traditions. Le final de son défilé rendait directement hommage à ces créations macédoniennes.
Portée culturelle
Inaugurée le 1er mars, jour de la tradition macédonienne des Martinki , l’exposition a créé un véritable « pont vers la mémoire ». Elle a permis à la communauté macédonienne de voir ses trésors familiaux reconnus comme des chefs-d’œuvre de l’art textile. Pour la diaspora de Toronto, la concrétisation du rêve d’Annie a constitué une affirmation forte de son identité au sein de la mosaïque multiculturelle canadienne.

Source : Wood, Angela. From Baba's Hope Chest: Macedonian Treasures in Canada. The Museum for Textiles, Toronto, 1995.

Vidéo tirée du coffre d'espérance de Baba