Steve Pliakes, ou Stefo Plakov comme il préfère se présenter, est un Macédonien du Canada,
ou Canadien d'origine macédonienne dont les racines sont dans le beau village macédonien de Zeleniche,
dans la région de Lerin, en Macédoine égéenne. Il est bien connu parmi les
Macédoniens du Canada et des États-Unis.
L'homme d'affaires Steve Pliakes est un Macédonien éminent qui a lancé, organisé et défendu
l'affirmation et la défense du nom macédonien et de son peuple. Son lien spirituel
et son engagement avec l'Église orthodoxe macédonienne, dont il fut président, lui rappellent
l'appel lancé à l'apôtre Paul de venir en Macédoine et de la libérer de l'occupation romaine.
Cette émotion et ce patriotisme envers la Macédoine, le pays de son grand-père, l'ont poussé à
devenir un défenseur et un promoteur de l'histoire et de l'honneur du peuple macédonien. Steve est
particulièrement actif dans la promotion de la démocratie en Macédoine afin de protéger le nom macédonien, le drapeau,
la constitution, et il œuvre pour la reconnaissance de la Macédoine comme État souverain,
indépendant et autonome dans les Balkans et dans le monde entier.
L'amour de Steve Pliakes pour l'histoire l'a encouragé à défendre le lien continu entre
la Macédoine antique et la Macédoine moderne. Par son engagement à préserver les racines macédoniennes antiques,
il a porté la voix de la vérité sur la Macédoine antique dans le monde entier. Avec le professeur
Michael Dimitri, Steve s'est rendu en 1995 au Pakistan et a visité le peuple kalesh, qui est
considéré comme descendant d'Alexandre III de Macédoine (le Grand).
Son travail et son engagement créatif constant, portés par un fort désir et une grande estime au sein de
la communauté macédonienne du Canada, et désormais aussi en Floride, sont un exemple que d'autres
peuvent suivre. Cet engagement comprend l'organisation d'activités humanitaires pour soutenir
des travaux de recherche dans les domaines de l'histoire, de la culture, de la vie spirituelle, du sport, des rassemblements,
des pique-niques et d'autres activités destinées à promouvoir la cause macédonienne dans la diaspora.
Après l'indépendance de la République de Macédoine, M. Pliakes s'est activement engagé dans
la scène politique, localement et à l'échelle internationale, luttant pour la préservation et
la promotion des intérêts nationaux des Macédoniens en Macédoine, dans les Balkans et
dans le monde. Il accorde une attention particulière au progrès national et commun et à la
coexistence de tous les Macédoniens, quelles que soient leurs perspectives politiques, religieuses, économiques et
géographiques. C'est pourquoi il répète constamment que nous n'avons que notre
Macédoine, qui est unique et irremplaçable pour tous les Macédoniens.
Comme président des « Macédoniens unis » à Toronto, l'une des plus anciennes organisations
macédoniennes d'Amérique du Nord, Steve a affirmé sa voix politique comme défenseur du
peuple macédonien de la diaspora nord-américaine. Pendant son mandat de président, il a
plaidé la cause des Macédoniens expulsés de la partie égéenne de la Macédoine (occupée par la Grèce).
Il fut en outre président et organisateur du Comité olympique canado-macédonien
au Canada, qui apporta un soutien financier important pour parrainer des athlètes canado-macédoniens
appelés à concourir avec les olympiens macédoniens aux Jeux d'Athènes en 2004 et de Pékin en
2008. Steve Pliakes fut l'homme qui porta le drapeau macédonien devant les athlètes
macédoniens aux deux Jeux olympiques, ce qui fit de lui le Macédonien le plus heureux du monde.
Parmi ses autres activités au Canada, Steve devint membre de la loge maçonnique de Newmarket.
Comme franc-maçon, il se fit connaître comme défenseur des droits de la personne, et surtout des droits
des Macédoniens au Canada et dans le monde. Il continue de collaborer avec les autorités
canadiennes pour promouvoir les droits des Macédoniens au Canada et bâtir un pont entre
le Canada et la République de Macédoine.
Steve Pliakes est né le 2 juin 1940 dans le village de Zeleniche, dans la région de
Lerin, en Macédoine égéenne. Il fut témoin du mouvement partisan macédonien pour la liberté et, en même temps, témoin du mouvement fasciste grec dont la
politique visait à effacer le peuple et l'identité macédoniens du nord de la Grèce. Cela commença
du temps du grand-père de Steve, pendant l'occupation ottomane avant 1912
et après 1913, au début de l'occupation et de l'assimilation grecques. Steve fut témoin de
l'assimilation grecque des Macédoniens, et c'est ce qui chassa son père et sa famille de leur
patrie.
Au Canada, Steve Pliakes et son épouse Lilly furent à l'abri de la discrimination et de l'oppression
de l'État grec. Ils se sont donc engagés envers la société canadienne démocratique et
multiculturelle. Cela leur a donné l'occasion d'être de grands bienfaiteurs et donateurs de nombreux
événements nationaux et culturels importants au Canada et aux États-Unis, où résident de nombreux Macédoniens
de toutes les parties de la Macédoine.
L'amour de Steve et de Lilly pour leurs compatriotes macédoniens du monde entier passe par des dons
à des fins humanitaires, comme des appareils de dialyse offerts à la République de Macédoine. Ils ont
parrainé des médias, des portails, des organisations, des églises et d'autres associations dans leur
patrie et ailleurs dans le monde là où vivent des Macédoniens.
Ils ont aussi incité d'autres gens d'affaires macédoniens à promouvoir le nom macédonien.
Leur contribution comprend le fait d'avoir nommé leur centre commercial « Macedonian Plaza » à Newmarket.
Il est donc juste de dire que Steve Pliakes est un véritable Macédonien qui s'est consacré
à notre cause nationale, guidé par l'amour de la Macédoine, de son peuple et de son histoire.
Depuis l'indépendance de la République de Macédoine en 1991, il défend la cause de la
Macédoine dans la diaspora, en particulier au Canada et aux États-Unis. Il s'est activement
engagé sur la scène politique et économique locale. À l'international, il s'est
directement employé à préserver et à favoriser les intérêts commerciaux des Macédoniens au
Canada et dans le monde.
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Steve et Lilly
Un pan de la vie de Steve Pliakes
Steve Pliakes, originaire de la Macédoine égéenne, est un Macédonien respecté, estimé et vertueux. C'est un amoureux reconnu et éprouvé de sa patrie ; un promoteur remarquable de son origine macédonienne, de ses racines, de son nom et de sa Patrie ; un homme d'affaires et un voyageur du monde.
C'est une figure extrêmement importante, très connue, aisément reconnaissable et incontournable de la diaspora macédonienne comme en Macédoine. Il est sans conteste l'un des Macédoniens les plus prospères du Canada. Bien qu'il vive depuis longtemps à Newmarket, en Ontario, il est profondément et solidement lié au destin, à la vérité et aux événements de la Macédoine, depuis son arrivée sur le continent américain jusqu'à aujourd'hui. Steve Pliakes est Macédonien de nationalité, Canadien respecté, l'un des francs-maçons macédoniens du continent nord-américain, et chrétien orthodoxe de confession. L'homme d'affaires Pliakes est un grand défenseur du nom macédonien et un promoteur de l'histoire et de l'honneur du peuple macédonien et de la Macédoine dans le monde entier, en particulier au Canada.
Steve (Stevo) Pliakes (Plakov) est né le 2 juin 1940 dans le beau village de Zeleniche, région de Lerin, en Macédoine égéenne, de son père Lambro et de sa mère Gena. Cette année, il célèbre sa soixante-dix-septième année de naissance, la 77e année d'une vie mouvementée et d'une carrière réussie. Steve vint au monde comme un enfant chéri, premier garçon dont les parents furent immensément heureux. Sa sœur Mary (Marika) naquit avant lui, tandis que sa sœur Toula et son frère George naquirent après lui. Tout petit, il était un enfant très vif et éveillé, qui charmait son entourage par ses observations et ses points de vue.
Dans le beau Zeleniche, à travers les vastes champs et les prairies en fleurs, par les ruelles et les cours, le long de la rivière et sur les collines autour du village, Steve passa ses douze premières années. C'est dans ce village qu'il vécut des journées d'enfance remplies de jeux et d'imagination, car au lieu d'insouciance, de joie et de tranquillité, ces premières années furent un temps d'angoisses et d'épreuves. D'abord pendant la Seconde Guerre mondiale, puis pendant la guerre civile grecque, lorsque survint le malheur des Macédoniens, qui connurent l'une des périodes les plus tragiques de leur longue et très riche histoire. Les événements vécus et les témoignages recueillis sur place au sujet de ces signes et de cette lutte pour subsister laissèrent des traces, des cicatrices et des souvenirs indélébiles dans l'âme fragile de l'enfant.
La famille Pliakes, pressée par de dures conditions économiques et confrontée aux terribles turbulences politiques que subissaient les Macédoniens de Macédoine égéenne, décida à contrecœur de laisser derrière elle son foyer séculaire. La séparation forcée d'avec la patrie, quittée pour toujours, fut une décision très difficile et une route ouverte vers des destinations inconnues sur le continent nord-américain.
Leur choix se porta sur le grand pays qu'est le Canada. Jeune garçon qui commençait à peine sa vie, Steve partit un petit matin, le 5 mai 1952, avec les siens — sa mère, ses deux sœurs et son frère —, laissant derrière lui sa patrie. Il se retourna une fois encore pour regarder et dire adieu à sa maison et à son jardin en fleurs, dont les fleurs, les arbres et les premiers fruits les avaient tous si souvent et si fort réjouis.
Ce matin-là, un flot de larmes coula sur le visage d'un enfant qui quittait sa maison et partait vers un monde nouveau et différent, parmi des gens inconnus et des contrées lointaines. Il serra dans ses bras les amis avec qui il avait joué dans les ruelles, dans la cour de l'école et à travers les champs, et qui étaient venus à cette aube naissante saluer leur camarade préféré. Scène d'adieu emplie de tristesse, souvenir inoubliable, car il allait quitter pour toujours le seuil ancestral vieux de plusieurs siècles et son précieux lieu de naissance. Comme l'autobus commençait à laisser derrière lui son village natal, Steve regarda en arrière et vit son petit-cousin Karl Nitsis qui menait les moutons sur le flanc de la montagne. Ce fut la dernière personne qu'il vit en quittant Zelenic
La saga du voyage de la famille Pliakes commença dès Zeleniche, sur la route d'Athènes, d'où ils partirent pour Halifax, dans le lointain Canada, en bateau par les eaux de la Méditerranée et le grand océan Atlantique. Durant les longs jours et les longues nuits de navigation sur ces étendues bleues, Steve monta bien des fois sur le pont et, le regard perdu dans cette immensité ouverte, tant de pensées lui traversèrent l'esprit, comme entre rêve et réalité.
Peu après Halifax, leur nouvelle destination fut la ville de Windsor, dans la province d'Ontario. Une ville qui est une porte d'entrée lorsque, depuis le Michigan américain et Detroit, la ville de l'automobile, on arrive au Canada par le tunnel sous-fluvial ou par le pont. À 30 km au nord de Windsor, au lieu-dit Colester, son père Lambro possédait déjà une ferme d'environ 3 hectares de terre, quelque 10 acres. En ce lieu, dans le comté d'Essex, on cultivait divers légumes qui, déjà à l'époque, étaient de véritables aliments écologiques ; il n'est donc pas étonnant qu'ils aient été très appréciés et constamment recherchés.
Gens sociables et bons pères de famille, les Pliakes se firent de nombreux amis et leur famille devint très estimée et respectée, surtout parmi les Macédoniens de Macédoine égéenne établis dans de nombreuses régions hors de Windsor. Cette famille « sortit du moule » et apporta un contenu nouveau, des rassemblements et des événements dans la routine quotidienne.
Ainsi, en 1953, la famille organisa avec d'autres familles macédoniennes un pique-nique dans sa ferme, geste extraordinaire d'amitié, de compréhension et d'unité pan-macédoniennes. Ils firent de leur mieux pour en faire un événement mémorable, car tous ceux qui y assistèrent repartirent satisfaits, souhaitant revenir chez d'aussi bons hôtes.
Avec le temps, mûrissait de plus en plus chez Steve la conviction que ce lieu, cette activité et les autres circonstances n'étaient pas le terrain des grands projets qu'il avait conçus pour son avenir. Pour plusieurs raisons, il mit fin à son activité agricole après six années passées dans la région de Windsor, afin de poursuivre une nouvelle quête et de chercher de nouvelles destinations qui s'ouvraient à lui.
Steve Pliakes et sa famille firent face à un nouveau défi. Après diverses analyses, réflexions et projets, ils prirent une décision familiale et, en 1958, quittèrent définitivement Windsor. Ils s'installèrent dans la grande ville de Toronto, ce qui fut un nouveau départ et un nouveau défi au Canada.
À 18 ans, garçon travailleur et très éveillé, Steve décida de lancer seul un commerce de garage, simplement pour commencer quelque part. Il s'en sortait très bien et, au bout d'un moment, devint représentant du géant de l'automobile « Ford » pour la vente de ses véhicules. Les dirigeants de ce secteur reconnurent le talent, la débrouillardise et les capacités de ce jeune garçon, Steve, et il obtint ainsi un engagement professionnel qui lui ouvrit les portes des affaires.
Cependant, à mesure que le temps passait, ses visions et ses projets pour un lendemain différent devenaient plus ambitieux et plus vastes, car Steve avait la capacité de créer de nouvelles valeurs et de se lancer dans une entreprise bien plus efficace. Toronto offrait de nombreuses options et des occasions attrayantes, mais il décida malgré tout de chercher le bonheur dans les villes voisines de l'agglomération torontoise.
Ainsi, en 1974, il fit ses bagages et partit pour la ville de Newmarket. Ce lieu est demeuré son port d'attache privé et familial de longue date. Et c'est là que se trouve Steve aujourd'hui. Avec sa fidèle compagne de vie au grand cœur, la charmante et sereine Lilly Pliakes, c'est précisément à Newmarket qu'ils vivent depuis des années. C'est le lieu qui a fait prospérer leurs affaires. C'est aussi l'oasis de leur paix personnelle et familiale, où ils vivent véritablement heureux et profitent de la compagnie des familles de Margaret et de Jeannie. Newmarket est en même temps leur point de départ pour tous leurs voyages aux quatre coins du monde.
Avec les fonds tirés de sa première entreprise dans l'automobile, comme prestataire de services et vendeur de voitures, Steve acquit un terrain à bâtir de l'autre côté de la rue, où ils construisirent leur maison familiale. L'âme inquiète de Steve ne se calmait pourtant pas. Il cherchait de nouvelles affaires, d'autres métiers, sa propre voie et son avenir. Aussi, au bout d'un certain temps, il vendit son centre de services automobiles, quittant une activité automobile plutôt prospère, et se lança dans l'immobilier, où son expérience de la vie et sa maîtrise de l'anglais se révélèrent pleinement ; inutile de dire que la vente de biens est une activité particulièrement lucrative au Canada. Dans le même temps, l'aide financière de la famille de son épouse fut d'une grande importance.
L'ensemble de ses activités dans plusieurs domaines formait un mélange intéressant. Cela lui permit en fin de compte de s'engager en politique, ce qui constituait déjà un pas important dans les pages riches et très impressionnantes de sa biographie. Ainsi, lors du cycle électoral de 1987-1988, Steve fut élu au sein du service « Police Service » comme membre du parti fédéral NPD (Nouveau Parti démocratique).
Comme dans chacun de ses engagements jusque-là, Steve s'en tira bien et connut de grands succès sur la durée. Il est donc un membre et un militant respecté à Newmarket, où il fut élu, mais aussi au-delà, recevant de nombreux compliments, marques de reconnaissance et satisfactions pour son engagement politique.
Son occupation première et principale demeurait pourtant les affaires. Avec Lilly, il ouvrit Lilcris Industries Limited à Newmarket, en compagnie de Jim, un Macédonien du village de Besvina, en Macédoine égéenne. En 2000, cependant, Steve et Lilly rachetèrent la part de leur associé et ami Jim et poursuivirent seuls vers leur avenir heureux. Après cette séparation, c'est-à-dire une fois devenu pleinement propriétaire de l'entreprise, Steve lui donna un nouvel élan, une nouvelle énergie, et lança de nouvelles activités et de nouveaux développements. Société de portefeuille, cette entreprise est devenue un puissant centre d'affaires de Newmarket, dont Steve Pliakes est le président et chef de la direction. Les mouvements boursiers, les transactions et les opérations relèvent également de son contrôle. En somme, un mélange très intéressant dans le domaine des affaires, que leur fille Jeannie et leur gendre Aleck dirigent avec succès en recevant un grand soutien de Steve et de Lilly.
Le célèbre militant et homme d'affaires macédonien Steve Pliakes et son épouse Lilly sont aussi de grands bienfaiteurs et philanthropes envers de nombreuses personnes, associations et manifestations culturelles macédoniennes importantes au Canada, aux États-Unis et en République de Macédoine.
Steve Pliakes travaille depuis de nombreuses années pour la Macédoine, les Macédoniens et la question macédonienne, en rassemblant les immigrants macédoniens et les Macédoniens des pays voisins. Ils parrainent nombre de manifestations socioculturelles, dont des festivals folkloriques, des événements sportifs et bien d'autres. Il est donc juste de dire que Steve Pliakes a parfaitement réussi au Canada. Poussé par l'amour de la Macédoine et de son fils, il est cependant resté actif en Macédoine à la manière d'Alexandre le Grand.
Steve Pliakes est en outre l'un des Macédoniens du continent nord-américain à être franc-maçon. Précisons que la franc-maçonnerie est une organisation fraternelle apparue à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Les francs-maçons existent aujourd'hui sous diverses formes dans le monde entier, avec environ cinq millions de membres, dont un demi-million en Angleterre, en Écosse et en Irlande, et près de deux millions en Amérique, où l'effectif est le plus important.
Selon Steve Pliakes, toutes les formes de maçonnerie partagent les mêmes idéaux moraux et métaphysiques, qui comprennent dans la plupart des cas une déclaration de foi en Dieu. La fraternité est administrativement organisée en grandes loges, dont chacune a ses propres juridictions. Il existe également des corps additionnels étroitement liés aux francs-maçons par leur organisation, mais dotés d'une administration indépendante.
La première Grande Loge d'Angleterre fut fondée le 24 juin 1717, lorsque quatre loges existantes se réunirent à Londres autour d'un dîner, tandis que les loges d'Irlande et d'Écosse furent constituées respectivement en 1725 et 1736. La franc-maçonnerie se répandit aussi dans les colonies britanniques d'Amérique du Nord et au Canada au cours des années 1730, où furent établies diverses grandes loges locales. Il faut souligner qu'il n'existe pas de véritables différences entre les pratiques maçonniques des loges d'autrefois et celles d'aujourd'hui.
La plus ancienne juridiction d'Europe continentale revient toutefois à la Grande Loge de France, établie en 1728. La plupart des loges des pays anglophones rompirent tout contact avec cette loge vers 1877 — lorsque la Grande Loge de France modifia l'exigence imposée à ses membres quant à la croyance en Dieu et admit l'athéisme. On dit donc habituellement que la franc-maçonnerie se compose de deux branches : la Grande Loge d'Angleterre (UGLE) et la Grande Loge de France (GLDF).
Au cours de notre longue conversation avec Steve sur la franc-maçonnerie, il a dit que l'on qualifie souvent les francs-maçons de « sociétés secrètes », ajoutant que ce terme convient mieux que celui de « société ésotérique », parce que la plupart de leurs activités sont secrètes. Parmi les pratiques secrètes des loges modernes figurent aussi les modes de reconnaissance entre membres, ainsi que certaines parties des rituels. Nous en avons eu la preuve à Izmir, en Turquie, lorsque Steve ne se sentait pas bien : lui et un autre maçon se reconnurent à leurs bagues maçonniques, et ce dernier promit qu'il ferait tout pour Steve.
Précisons que tout candidat maçon doit entrer dans la loge de son État. Il doit se voir demander par un membre maçon s'il souhaite devenir franc-maçon. Si la réponse est positive, il devient candidat à l'adhésion. Dans certaines loges, l'usage veut qu'un candidat éventuel soit interrogé trois fois. Les autres membres approuvent son adhésion en déposant des « boules blanches » dans une urne. S'il ne s'y trouve qu'une seule « boule noire », le candidat sera refusé. Le nombre de votes négatifs entraînant le rejet du candidat n'est pas le même dans toutes les loges, mais le plus souvent une seule voix contre suffit.
Parmi les conditions générales pour devenir franc-maçon figurent notamment : adhérer à l'organisation de son plein gré ; croire en un être suprême ; jouir d'une bonne réputation et avoir de bonnes valeurs morales ; être en bonne santé psychique et physique ; être capable d'accepter les règles fondamentales de la loge, et d'autres encore. Le manquement à l'une ou plusieurs de ces conditions est considéré comme un motif de rejet par l'organisation maçonnique.
Il est intéressant de mentionner que, depuis 1723, il est admis que seul un homme peut être franc-maçon. La plupart des loges n'admettent pas de femmes dans leurs rangs. Avant 1723, cependant, plusieurs femmes devinrent franc-maçonnes. De nos jours, les femmes maçonnes fondent leurs propres loges sur le modèle des loges masculines et en pratiquent les mêmes rituels. Les organisations maçonniques féminines sont répandues dans le monde entier.
Lilly Pliakes – la compagne de vie de Steve
Homme d'affaires, gentleman et en même temps homme dévoué à la Macédoine et au peuple macédonien, Steve Pliakes et sa compagne de vie Lilly écrivent ensemble une belle saga patriotique, personnelle, familiale, professionnelle et nationale, et sont unis depuis une cinquantaine d'années.
On dit souvent que la femme est le bras droit de l'homme. Cela se vérifie dans leur vie conjugale, dans cette vie commune de cinq décennies au cours desquelles ils ont partagé les joies et les peines, les réussites et les échecs, et de beaux moments, des voyages, des rassemblements, l'ouverture de nouvelles voies de vie et de survie, dont ils gardent de beaux souvenirs d'un mariage macédonien harmonieux et heureux.
Lilly Pliakes était une Canadienne d'origine macédonienne. Elle est née le 10 octobre 1947 dans le célèbre village macédonien de Zhelevo, dans la région de Lerin. Sur son acte de naissance, elle fut inscrite sous le nom de Lefa, de ses parents Michael (Mijajle) et Petsa, qui firent baptiser Lefa à l'église orthodoxe du village. Leur fille vint au monde dans les années troublées de la seconde moitié des années quarante du siècle dernier, quand se faisaient sentir en Macédoine égéenne les conséquences de la guerre civile en Grèce, quand commença le début de l'extermination des Macédoniens arrachés aux racines de leurs aïeux. Ce fut une époque où, à l'âge de deux ans à peine, Lefa quitta pour toujours, avec les siens, son Zhelevo natal et emporta des moments malheureux de son lieu de naissance en Macédoine égéenne.
En cette période de guerre, au lieu de grandir dans l'insouciance de l'enfance, elle quitta le seuil ancestral et se dirigea, avec sa grand-mère Tena (Trendafilka) et sa mère Petsa, vers le village de Porodin, dans la région de Bitola, en 1949, pour échapper aux troubles militaires. Elles y restèrent un an et demi puis revinrent à Zhelevo. Malheureusement, peu de temps après, en août 1949, elle fut de nouveau contrainte de quitter son Zhelevo natal en n'emportant qu'un sac contenant ses vêtements d'enfant déchirés et une fleur séchée de la cour de sa grand-mère, souvenir précieux gardé dans son âme fragile d'enfant. Elle se joignit au flot des réfugiés chassés de Macédoine égéenne, et la route les mena par la Prespa en Albanie, puis de là en Pologne.
Dans leur nouvelle patrie, la Pologne, elles furent hébergées au centre d'accueil pour réfugiés de Grèce dans la ville de Zgorzelec. C'est là que la famille de Lefa entreprit une nouvelle adaptation et affronta la vie dans un nouvel environnement. Les bases de leur vie nouvelle y furent posées. À Zgorzelec, Lefa apprit le polonais et le grec. Il semble que la sagesse, la bonté, la débrouillardise et le don naturel de sa grand-mère Tena (Trendafilka) les aient beaucoup aidées à connaître une vie meilleure et plus heureuse.
Leur vie de réfugiées se poursuivit aussi en Pologne. En fait, son père Michael (Mijajle) avait quitté son Zhelevo natal en 1952 et émigré au Canada avec son père Tanas, qui se trouvait déjà à Toronto depuis une quinzaine d'années. De là, il établit des contacts avec les siens en Pologne et entama les démarches pour faire venir sa famille au Canada. Et il en fut ainsi. Le 10 février 1955, Tena (Trendafilka), Petsa et Lefa quittèrent la Pologne avec l'aide de la Croix-Rouge et arrivèrent en avion, via l'Angleterre, comme des oiseaux migrateurs, à Toronto.
Leur joie fut sans bornes. Les retrouvailles de la famille Kostovci à Toronto, après sept années de séparation, furent à la fois heureuses et tristes, faites d'étreintes et de larmes nombreuses. En ces instants, la joie empêchait les membres de cette famille, désormais heureuse, de parler. C'était le début d'une nouvelle vie heureuse dans le nouvel environnement démocratique du Canada, loin du lieu de naissance dans leur Macédoine natale.
Le prénom « Lilly », transformation du prénom « Lefa » au Canada, fut une identité nouvelle dès le tout début dans le nouvel environnement. Ainsi, Lilly commença ses études primaires en anglais aussitôt après leur arrivée. Tout début est difficile, et Lilly eut du mal avec la langue, mais, jeune Macédonienne douée, elle surmonta rapidement la barrière linguistique.
Après avoir mené à bien ses études primaires, Lilly entra à l'école secondaire, où elle passa deux années fructueuses. En raison de la situation financière de la famille, elle dut cependant interrompre ses études à 16 ans et se mettre à travailler pour contribuer au budget familial en vue d'un avenir meilleur. Son premier emploi fut à la TTC (Toronto Transport Company), où elle travailla comme commis de bureau. Elle y apprit la dactylographie et la sténographie, ce qui lui ouvrirait plus tard les portes d'un meilleur poste lorsqu'elle devint secrétaire dans l'entreprise. Tout cela aida Lilly à s'intégrer avec succès aux affaires privées.
C'est à cette époque qu'elle rencontra Steve Pliakes, lorsque les premières étincelles de l'amour s'allumèrent entre ces deux beaux jeunes gens, ce qui fut l'introduction à de nouveaux défis, à la vie conjugale. Ainsi, l'année 1965 s'inscrirait en lettres d'or dans la vie de Lilly et de Steve Pliakes. Ce fut l'année de leur mariage à l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto, et celle où ils commencèrent une vie commune et un lendemain plus heureux pour les années à venir.
Lilly Pliakes était une noble Macédonienne qui, de toute son essence pure, de tout son cœur et de toute son âme, était dévouée à sa famille — à Steve, à ses filles Margaret et Jeannie, à ses gendres George et Alec, mais surtout à leurs petits-enfants Angela, Christopher, Steven et Stephanie, qui étaient ses joyaux éclatants, la beauté de sa vie. Elle est en même temps une Canadienne d'origine macédonienne qui s'est activement engagée dans la communauté macédonienne et canadienne de Toronto et de Newmarket.
Lilly Pliakes était donc une Macédonienne connue et reconnue, issue d'une famille patriote macédonienne. Elle comptait parmi les plus actives de la communauté macédonienne de Toronto, en particulier à l'église Saint-Clément-d'Ohrid. Elle occupa plusieurs fonctions au sein de l'Auxiliaire des dames. Elle siégea au comité de l'église Saint-Clément-d'Ohrid, où furent menées nombre d'actions qui enrichirent la vie religieuse et nationale de la communauté macédonienne. Lilly siégea aussi au conseil d'administration de la Place canado-macédonienne, où elle joua un rôle déterminant dans toutes leurs activités de financement et dans la promotion de la résidence pour aînés macédoniens. Lilly fut également membre du comité de la Société historique canado-macédonienne. Elle accorde une attention particulière à la préservation de l'identité macédonienne, des coutumes, du chant et de la danse, et de bien d'autres valeurs apportées de sa Macédoine natale. Ce faisant, elle consacre un soin méticuleux aux traditions que les Macédoniens conservent et enrichissent au Canada.
Il est indubitablement vrai que, lorsqu'on écrit l'histoire de l'évolution de la femme dans la communauté macédonienne de Toronto, le nom et l'œuvre de Lilly Pliakes sont étroitement liés aux activités et au travail accomplis sur le plan national et spirituel. Elle était une chrétienne appartenant à l'Église orthodoxe macédonienne et, par son application, sa droiture, son assiduité, son humanité et sa générosité, elle laisse une empreinte profonde parmi les jeunes générations et fut un guide pour la diffusion de l'esprit macédonien et de l'amour entre les gens.
Bien que Lilly ait quitté son Zhelevo natal à l'âge de deux ans seulement et n'en gardât que des souvenirs estompés, elle est fière du pays de ses ancêtres et de son ascendance macédonienne. Elle a transmis cette fierté aux membres de sa famille. Tous leurs départs vers son Zhelevo natal et leurs adieux à ce village, comme à la Macédoine, pays de leur origine et de leurs racines, sont très émouvants et touchants, et demeurent profondément gravés dans sa mémoire, dans son souvenir.
Lilly Pliakes était l'exemple d'une Canadienne d'origine macédonienne qui non seulement travaille dur dans sa propre entreprise, mais s'emploie aussi à organiser diverses visites, rassemblements et liens d'amitié, ainsi que des pique-niques et d'autres réunions macédoniennes. Elle était en même temps la femme qui soutient financièrement la communauté macédonienne, en particulier les églises orthodoxes macédoniennes, et fut une grande humaniste et bienfaitrice envers de nombreuses personnes et associations.
Elle fut l'instigatrice, l'organisatrice et le soutien financier de nombreux voyages des Macédoniens de Toronto, en particulier de l'Auxiliaire des dames. Entre autres, à l'occasion du 75e anniversaire de la partition de la Macédoine, elle organisa le voyage à l'ONU, à New York, pour défendre le nom macédonien et la Macédoine.
Cette personne noble et merveilleuse conservait avec des sentiments exceptionnels les souvenirs et les événements de son parcours, ceux de l'enfance comme ceux de la jeunesse, ceux des premiers combats qu'elle dut mener pour réussir à tout prix lorsque c'était difficile et, bien sûr, les sentiments et les souvenirs de sa plus belle période — la longue vie conjugale avec son Steve. Elle chérit ces souvenirs comme un héritage. Malheureusement, elle est décédée le 18 juillet 2016.
On pourrait écrire bien davantage sur cette idylle partagée, ces joies, ces réussites, ces moments de fardeau, cette réputation et ce statut enviables, depuis le milieu du XXe siècle jusqu'à ces premières décennies du siècle présent, ainsi que sur toutes les décennies suivantes que Dieu leur accorda pour vivre une vie heureuse avec leur famille — leurs filles, leurs gendres et leur plus grande joie, leurs petits-enfants.
Cinquante ans de vie conjugale
Dans le parcours de Steve Pliakes, une place particulière revient à son idylle conjugale, à ces années de mariage contenues dans la belle histoire vécue avec son épouse Lilly. C'est véritablement une « constellation » de vie de plusieurs décennies, qui demeure une histoire harmonieuse et belle — hier, aujourd'hui et pour toujours. Il y aurait beaucoup à écrire et à dire sur les années qu'ils ont partagées jusqu'ici, mais l'auteur de ces lignes s'efforcera ici de dépeindre au moins une part du bonheur conjugal de Steve et de Lilly.
Au commencement, l'amour entre le jeune Steve Pliakes, alors âgé de 25 ans, né à Zeleniche, et la toute jeune Lilly Gianou, âgée de 16 ans, du village de Zhelevo, région de Lerin, naquit lorsque leurs regards se croisèrent pour la première fois. La belle jeune fille et le beau jeune homme firent connaissance et les premières affinités du futur couple s'éveillèrent aussitôt. Un grand amour naquit, on échangea des bagues et les fiançailles furent annoncées. Peu après eut lieu un mariage fastueux, et leur joie fut redoublée par la naissance de leurs deux filles, Margaret et Jeannie, puis par leur mariage avec leurs gendres George et Alec. Les familles de leurs filles ont rendu leur histoire très intéressante et, à bien des égards, singulière, faisant de leur mariage un tout homogène et si heureux, enrichi surtout par la naissance de leurs petits-enfants : Angela, Steve, Christopher et Stephanie.
Puisque de nombreuses mosaïques personnelles, conjugales et familiales s'entrelacent et s'insèrent dans le récit de vie que contient cet ouvrage biographique, nous choisirons les événements pièce par pièce afin de les rassembler comme un film sur la saga familiale des Pliakes (Pljakovci) du Canada.
Revenons au mariage de Lilly et de Steve. Le 24 janvier, en plein hiver 1965, le jeune et beau couple que formaient Lilly et Steve se dit oui. Ils entraient enfin dans les eaux du mariage. Ils se tinrent devant l'autel et l'ambon mystique de l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto, recevant une bénédiction pour une vie commune longue, heureuse et féconde. Ce fut un très grand jour pour eux, pour les deux familles et pour leurs proches et amis. Ce fut un acte exceptionnel, lorsqu'ils prononcèrent un vœu de fidélité et adressèrent leurs prières à Dieu pour le bonheur, la joie et la réussite dans les années à venir, dans leur vie future.
Ils sont entrés dans l'histoire du temple Saint-Clément de Toronto comme le deuxième couple inscrit dans la première église orthodoxe macédonienne du Canada. Le prêtre qui célébra cet office, Atanas Popov, homme réputé de la Prespa né à Bitola, immortalisa ce moment de très grande joie par les paroles bibliques que l'on lit dans les canons lorsqu'un couple entre dans les eaux du mariage. Et lorsque Steve et Lilly apposèrent officiellement leurs signatures dans le registre de l'église, s'engageant à demeurer désormais ensemble pour toujours, de longs applaudissements retentirent spontanément.
Les proches et les amis présents à cet acte glorieux, plus de 200 personnes, les couvrirent d'un million de bons vœux et de félicitations sincères pour un mariage à vie. Ils souhaitèrent de tout cœur aux jeunes mariés des années heureuses ensemble et la continuation de la lignée familiale par leur descendance. Suivit un banquet assuré par le service de traiteur du célèbre Van Petroff, de Bitola. Les mets et les boissons du mariage étaient riches en spécialités macédoniennes, canadiennes et internationales variées. De quoi satisfaire les goûts les plus exigeants de tous les présents.
Les heureux mariés partagèrent leurs émotions avec leurs plus proches, avec leurs familles et leurs amis. Et tout cela se déroula devant l'icône du Dieu Très-Haut et de la Mère de Dieu, dans le temple macédonien et avec des prêtres macédoniens, devant les saints et les anges qui planaient au-dessus d'eux dans le temple. En somme, des moments mémorables qui demeurent profondément chéris dans les beaux souvenirs de mariage de Lilly et de Steve.
Au fil des années et des décennies, rien ne s'est estompé, bien au contraire. Ils se souviennent avec une grande émotion de presque chaque détail de ce jour glorieux, lorsqu'ils se tenaient devant l'autel du temple spirituel Saint-Clément de Toronto. Ils étaient jeunes et amoureux. Ils entrèrent dans une vie commune avec une confiance infinie et la promesse d'être et de rester ensemble pour toujours.
Ce fut le commencement. Ce fut le commencement de cinq décennies de mariage à ce jour, qui s'alignent les unes après les autres comme autant d'anniversaires, de noces de diamant, de jubilés, de rassemblements et d'autres joies familiales. Leurs cinquante années dans les eaux du mariage furent célébrées et commémorées solennellement ; c'est là une tout autre histoire pour Lilly et Steve Pliakes, une histoire que l'on célèbre aussi comme riche, intéressante et, en bien des points, hors du commun.
Leur date marquante fut le 24 janvier 1965. En plein hiver, dans le froid du Canada. Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, voici un document monographique sur le passé et le présent de ce couple macédonien célèbre et reconnu au Canada. Un livre qui immortalise une vie merveilleuse et qui sera probablement un puissant encouragement, une motivation et une inspiration pour les couples à venir. Pour qu'ils s'engagent l'un envers l'autre quand la vie est gaie, heureuse et exaltante, mais aussi quand les fardeaux, les situations difficiles et les jours pesants alourdissent l'existence. C'est pourquoi des œuvres littéraires comme cette monographie sont recommandées afin d'éclairer une histoire de vie et la vérité sur le peuple macédonien, pour que d'autres Macédoniens du monde entier suivent l'exemple de Lilly et de Steve Pliakes.
Le mariage à l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto aida Steve et Lilly à enrichir le sentiment et l'amour qu'ils se portaient l'un à l'autre, ainsi qu'envers la Macédoine, les racines macédoniennes et tout ce qui est macédonien.
Au cours des 50 dernières années, Steve et Lilly ont d'abord vécu à Toronto avant de s'installer à Newmarket. Depuis une dizaine d'années, cependant, ils passent l'été à Markham ou voyagent en Macédoine et dans de nombreux endroits du monde, tandis qu'à l'automne et en hiver ils comptent parmi les Macédoniens qui migrent comme des oiseaux du Canada vers la Floride. Il faut souligner que Lilly et Steve Pliakes sont parmi les personnes les plus actives de la communauté macédonienne de Toronto. Entre autres, Steve Pliakes, originaire du village de Zeleniche, district de Lerin, fut président des « Macédoniens unis » et l'un des plus actifs lors de la tenue de la rencontre des enfants réfugiés de Macédoine égéenne en 1988, tenue en République de Macédoine. Il fut président de l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto et est le premier Macédonien à s'être rendu à Hunza, au Pakistan, pour y faire des découvertes et laisser une marque durable chez chacun des descendants d'Alexandre le Grand le Macédonien et de l'Empire macédonien.
Lilly et Steve Pliakes comptèrent parmi les commanditaires des olympiens de la République de Macédoine aux Jeux olympiques d'Athènes et de Pékin, où Steve porta le drapeau macédonien et où, athlètes mis à part, il fut le plus fier de tous les fiers Macédoniens du monde.
Lilly Pliakes, compagne de vie de Steve, est quant à elle née dans le village de Zhelevo, district de Lerin ; âgée de moins de deux ans, elle quitta son lieu de naissance et les routes la menèrent en Pologne, puis au Canada. Elle est très active dans les sections féminines des églises orthodoxes macédoniennes du Canada et de Floride, ainsi que dans d'autres associations connues et reconnues des Macédoniens.
Lilly, avec Steve, a entre autres fait don d'un appareil de dialyse à un hôpital de Skopje ; ils soutiennent financièrement de nombreuses activités des Macédoniens au Canada et aux États-Unis, ainsi que les églises orthodoxes macédoniennes, des groupes folkloriques, des médias et diverses associations macédoniennes en Macédoine, en Macédoine égéenne, dans le Pirin, en Albanie et ailleurs dans le monde là où vivent des Macédoniens.
De même, Steve et Lilly Pliakes, leur famille et leurs entreprises jouent un rôle important dans la société canadienne. Il semble toutefois qu'ils soient surtout connus pour leur centre commercial nommé « Macedonian Plaza », à Newmarket, unique en son genre au Canada dans la diaspora macédonienne.
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Arbres généalogiques
Macédoine égéenne
Le père de Steve, Lambro (1912-1999), naquit lui aussi dans le village de Zeleniche, dans la région de Lerin. Confronté à une vie difficile et sans perspectives, il partit en 1948 travailler dans la ville américaine de Pittsburgh. Il y rejoignit ses frères Kole et Slave, qui s'y trouvaient déjà comme travailleurs migrants plus âgés et frères unis. Plus tard, ils aideraient Lambro à acheter une ferme au Canada.
Précisons que Lambro était très appliqué et travailla sans relâche pour gagner de l'argent et se frayer son propre chemin dans ce nouvel environnement ; quatre ans plus tard, il fit venir toute sa famille en Ontario. La tradition de la quête de fortune dans cette famille remonte à ses ancêtres.
Le grand-père de Steve, Vane, traversa la grande eau dans les premières années du siècle dernier vers les rives orientales du continent nord-américain, où il demeura environ trois ans. Avec l'argent gagné et de nombreuses idées pour améliorer leur vie, il revint au village.
Outre de l'argent, Vane revint toutefois avec un sentiment patriotique extrême. Il rentra avec un grand désir d'accomplir quelque chose, avec des gens partageant ses idées et des héros, pour la liberté de son peuple, pour la libération de la Macédoine. Les indicateurs étaient sans cesse à ses trousses. Ils pesaient chacun de ses mots, consignaient chaque contact et notaient ses agissements. En 1943, les gendarmes l'arrêtèrent et il fut condamné à trois ans de prison. La raison en était ses idées libertaires et patriotiques. Il purgea sa peine dans une prison effroyable, mais finit par sortir de derrière les barreaux. Le grand-père Vane ne resta pourtant pas inactif. Tout le monde le connaissait et le respectait. Vane créa un réseau de cellules patriotiques macédoniennes dans la partie égéenne de la Macédoine, avec dévouement et dans le secret, un très grand secret.
Soulignons simplement que, d'après l'arbre généalogique, l'arrière-grand-père de Steve, le père de Vane, venait d'Albanie.
Selon les mots de Steve, Vane fut le meilleur grand-père qui soit, celui qui tenait sur ses genoux Steve et ses frères. Il leur racontait longuement des histoires et les endormait contre sa poitrine.
Et il est certain que les ancêtres, par la lignée de son arrière-grand-père et de son grand-père, exercèrent une forte influence sur le développement et la formation du jeune Steve. Il absorbait tout simplement tout l'enseignement de ses aïeux. Et ce n'est pas par pur hasard qu'il porte en lui, sans relâche, cet esprit patriotique comme quelque chose de sacré, comme ce qu'il y a de plus fort. Son grand-père et son père disaient à Steve la vérité sur leur peuple à travers diverses légendes, histoires, chansons et événements, et lui transmettaient des idées et des serments, comme une sorte de tradition familiale.
Steve termina la sixième année à l'école du village avec ses nombreux camarades après la Seconde Guerre mondiale. Vinrent ensuite le déménagement et le départ pour le pays canadien. En 1958, alors qu'il avait déjà quitté son lieu de naissance en Macédoine égéenne, il reçut une convocation à rentrer pour faire son service militaire dans les formations de l'armée grecque. Il n'y alla pourtant pas, ce qui n'a rien d'étonnant. Rien n'aurait pu le faire revenir et devenir soldat dans le pays qu'il avait quitté. On trouva une solution de Salomon. Il paya l'amende et clôtura l'affaire.
Entre-temps, il franchissait avec succès les étapes de la vie et des affaires au Canada. Il se tirait vite d'affaire grâce à sa persévérance, son courage, son habileté et ses capacités, quel que fût le secteur dans lequel il se lançait. Il choisissait les activités qui lui offraient une belle perspective, du profit, un nom et une réputation, là-bas, dans le milieu de l'immigration.
Avec la femme de sa vie, Lilly, ils décidèrent pour la première fois, en 1972, de traverser l'océan Atlantique et de venir en Europe, et ainsi de visiter la République de Macédoine et leur foyer de Macédoine égéenne.
Ce fut aussi leur première arrivée sur le sol macédonien après la partition de ce pays ethnique. Ils arrivèrent d'abord en Croatie, et Zagreb fut leur étape ; de là, ils longèrent la côte adriatique en voiture, visitant Dubrovnik, Split et d'autres villes et bourgs de l'Adriatique. Ils gagnèrent la Macédoine par le Monténégro. Ici, ils se sentirent chez eux, comme s'ils y appartenaient depuis toujours.
Pendant leur séjour de 30 jours en Macédoine, ils passèrent la plupart des journées à parcourir les villages et à visiter les villes, émerveillés par la beauté de leur terre natale. Ils vécurent de grands et merveilleux moments à Skopje, Bitola, Ohrid, Prilep, Gevgelija, Héraclée, Pelister, Stobi, dans la Prespa et partout où ils allèrent. Les traces millénaires de civilisation dans le temps et l'espace étaient la carte d'identité la plus fidèle de leur peuple et de leur terre biblique.
Ils voyagèrent aussi en Macédoine égéenne. Pour la première fois depuis leur installation au Canada, ils visitèrent ensemble son village natal, Zeleniche, qui selon la littérature relève de Lerin comme municipalité, mais qui, spirituellement, relève de Kostur par son église. De nouveau, après bien des années, Steve parcourut les quartiers et les ruelles de son enfance, songea à ses premières années et se tint avec nostalgie sur le seuil de la maison, là où les larmes ne peuvent être retenues. À Zeleniche, il partagea avec Lilly ses souvenirs du passé, racontant détail après détail les réminiscences qui affluaient sans cesse en ces instants.
Lors des rencontres avec ses chers compatriotes du village, une grande peine demeura dans l'âme de Steve, car ils ne voulaient pas parler leur langue maternelle macédonienne, craignant d'être dénoncés aux autorités grecques — ce qu'il n'a jamais oublié, le vivant comme une malédiction lorsqu'on vous interdit ce qu'il y a de plus sacré.
Ils quittèrent l'Europe et rentrèrent au Canada, emportant de nombreux souvenirs appuyés par d'innombrables photographies. Tout cela fut raconté et montré à leurs proches et à de nombreux amis. Pour eux, ce voyage fut un mémorial impérissable qui ouvrit la voie de la vérité et de l'amour de la Macédoine.
ZELENICHE – LE VILLAGE NATAL DE STEVE
Après ces moments désagréables à Lerin, nous décidâmes de poursuivre notre voyage à travers la Macédoine égéenne et de visiter le village natal de Steve Pliakes. Et c'est ce que nous fîmes. Après avoir quitté Lerin, nous prîmes la nouvelle route vers Thessalonique, la ville qui porte le nom de la sœur d'Alexandre le Grand et que fit bâtir son époux Cassandre.
Pendant le trajet, nous nous mîmes à parler de l'une de nos visites à Thessalonique, belle ville maritime qui, centre commercial, attire et même séduit les visiteurs par sa beauté, son climat méditerranéen, les plages de sable voisines et ses nombreux monuments. Elle est située sur la péninsule de la Chalcidique et elle est célèbre pour ses nombreux espaces verts, la Tour blanche de Thessalonique (Beas Kule), les attentats de Salonique, ses nombreux autres monuments culturels, ainsi que pour les monastères du mont Athos (Sveta Gora), où bon nombre de moines de la République de Macédoine ont eux aussi passé une partie de leur vie.
Mais ce n'est pas seulement Thessalonique, avec sa situation, son commerce et son littoral et comme capitale de la Macédoine de la mer Égée, qui est admirable : c'est tout le pays macédonien. Qu'admirer le plus ? La mystique Pella — l'antique métropole macédonienne — en passant par les cascades divines de Voden, les paysages de Kostur, la beauté des églises et des fresques bâties dans les rochers tout au long des rives de la Mala Prespa ? Cette sérénité et cette ouverture sont encore enrichies par la verdure des montagnes que sépare la frontière, et le visiteur peut se réjouir de l'éclat des nombreuses montagnes macédoniennes qui ressemblent à des perles.
C'est la raison pour laquelle les anciens Macédoniens avaient bâti leur métropole à Pella, située à une centaine de kilomètres de Zeleniche, le village natal de Steve Pliakes. Une partie de Pella est aujourd'hui accessible aux visiteurs, mais sa plus grande partie, selon les habitants les plus âgés de Postol (Pella), est toujours sous terre. En raison de la gloire de l'antique métropole des rois macédoniens Philippe et Alexandre le Grand, qui semèrent la graine macédonienne, les Grecs appellent dans les brochures touristiques toute cette région Pella, avec pour capitale Voden (Édessa).
Chaque jour, de nombreux touristes traversent Pella et gardent des années durant leurs souvenirs et le parfum du marbre sur lequel avaient marché le grand Philippe et son fils, chefs des anciens Macédoniens.
Nous quittâmes rapidement Lerin et prîmes la route qui nous mena vers Voden, Pella et Thessalonique. Nous longeâmes plusieurs villages et atteignîmes Banica, par l'ouest. Nous empruntâmes la nouvelle route pour entrer dans ce grand village macédonien qui n'est ni un village ni une ville. Au centre de Banica, nous remarquâmes plusieurs bâtiments récemment construits, dont un hôtel, et nous nous rappelâmes notre dernière visite, il y a une vingtaine d'années. Nous nous rappelâmes aussi le visage de nos amis de Toronto originaires de Banica, fiers d'avoir été, en tant que gens de Banica, les premiers Macédoniens à fonder une banque au Canada. Banica est un village aux nombreuses beautés, et ses habitants se distinguent non seulement par leur prestige et leur essor, mais aussi par leurs controverses.
Nous laissâmes Banica derrière nous et prîmes la route qui longe la carrière, puis poursuivîmes notre voyage par la route à trois voies qui grimpe sur la colline et mène vers Kostur. À une dizaine de kilomètres de Banica, nous rejoignîmes l'embranchement vers l'ancienne route qui nous conduisit droit à Ajtos. Il nous fallut peu de temps pour arriver dans ce grand et beau village macédonien que nous avions également visité il y a une vingtaine d'années, et où nous avions passé un moment agréable dans le restaurant de nos amis, voisins de nos parents à Toronto. Dès leur retour du Canada, ils ouvrirent un restaurant à Ajtos, mais pour certaines raisons ils fermèrent leur commerce et repartirent au Canada.
Nous roulâmes le long de la rue principale d'Ajtos et nous arrêtâmes pour demander à une jeune femme de nous indiquer la route de Zeleniche. Elle parlait anglais, mais lorsqu'elle comprit d'où nous venions, elle se mit à parler macédonien, dans un dialecte caractéristique de la région de Lerin. Elle fut très aimable et nous informa que le village de Zeleniche était le deuxième village en partant d'Ajtos vers Kostur. Nous la remerciâmes et poursuivîmes le voyage vers notre destination finale.
Nous nous dirigeâmes vers Zeleniche par la route qui traverse un petit canyon pittoresque dont les collines sont pour l'essentiel dépourvues de forêt. Malheureusement, sur cette route nous ne vîmes ni véhicule ni passant, ce qui s'explique par le fait que, par de tels après-midi de chaleur, les Grecs, comme les Espagnols, préfèrent se reposer ou rester au restaurant.
Nous montâmes rapidement jusqu'au plateau où se trouve le village de Zeleniche. La première chose que nous remarquâmes fut le panneau portant le nom changé de Zeleniche — Sklithron, écrit en alphabet grec et latin. Au cours de ce long voyage, par moments désagréable, seul notre grand désir de visiter le village natal de notre ami Steve Pliakes nous donnait une forte motivation, et nous arrivâmes enfin dans le célèbre Zeleniche.
Le village de Zeleniche se trouve à environ 50 kilomètres au sud-ouest d'Ajtos (dont il relève) et à 3 kilomètres à l'ouest du lac de Zazerci, dans la vallée qui s'étend au pied du mont Kereta, lequel fait partie du massif du Vich, sur la route principale de Sorovich (Amindeo) à Kostur. Le village est situé dans une vallée entourée de tous côtés de hautes collines. On considère que le village de Zeleniche doit son nom à l'abondance de la végétation verte qui l'entoure. Il est peuplé de Macédoniens et de Turcs orthodoxes (Prosvigi).
Zeleniche est l'un des plus anciens villages de la région, fondé avant 1300. Ce village est mentionné pour la première fois dans le registre ottoman (defter) de 1481 sous le nom de Zhelenich. Au XIXe siècle, Zeleniche est un grand village multiethnique peuplé d'une population macédonienne et turque.
D'après certains documents bulgares, en 1900 Zeleniche comptait environ 1 800 habitants macédoniens orthodoxes, environ 500 Turcs et environ 70 Roms, soit au total quelque 2 400 habitants. À cette époque, les chrétiens macédoniens de Zeleniche relevaient de la juridiction de l'Exarchat bulgare. D'après les données grecques, en revanche, il y avait au début du siècle dernier 150 familles musulmanes, 150 exarchistes et 65 patriarchistes. Mais la vérité est une et unique. Zeleniche fut dès l'origine peuplé de Macédoniens, et c'est pourquoi l'on y trouve deux églises — « Saint-Démétrios » (1864) et « Saint-Georges » (1867) — qui, sous toutes ces juridictions, ont persisté à veiller sur la population macédonienne de ce grand, beau et important village macédonien.
D'après les documents écrits, Zeleniche comptait 2 232 habitants en 1912 et 2 219 habitants en 1920. Après l'émigration de 170 familles, soit 1 100 membres de la population turque, en 1924, le village fut peuplé de réfugiés d'Asie Mineure, mais il y eut aussi quelque 350 réfugiés du Caucase et d'Istanbul. En 1927, comme tous les toponymes de la Macédoine égéenne, le village fut rebaptisé Sklitron. Bien que le village eût été peuplé de réfugiés, dans les années 1930 du siècle dernier le nombre d'habitants des villages accusa une baisse en raison de l'émigration massive des Macédoniens vers les pays d'outre-mer ainsi que vers la Bulgarie.
En raison de la guerre civile, environ 60 familles quittèrent le village, dont une trentaine passèrent en ex-Yougoslavie et une trentaine émigrèrent vers les pays d'Europe de l'Est. En conséquence, selon le recensement de 1951, le village comptait 1 153 habitants, 1 084 en 1961 et 853 en 1971. Aujourd'hui, le village compte environ 600 habitants, pour la plupart des chrétiens macédoniens. L'activité des habitants de Zeleniche est principalement liée à l'agriculture, surtout à la culture de la pomme de terre et du trèfle, et plusieurs familles pratiquent l'élevage. Il est intéressant de mentionner que se tient chaque année au mois d'août une fête de la pomme de terre.
Le peuple macédonien de Zeleniche, comme celui de toute la partie égéenne ou « de la mer Égée » de la Macédoine, est, par ses caractéristiques et ses coutumes, linguistiquement et ethniquement étranger aux Grecs (Prosvigi). Telle fut la raison pour laquelle la bourgeoisie grecque, dès le premier instant après avoir établi son autorité sur la Macédoine égéenne, orienta sa politique vers l'extermination physique du peuple macédonien et la modification de la composition ethnique dans l'intérêt grec. La composition nationale de la population de cette partie des Balkans a donc connu d'importants changements ethniques, surtout après les guerres balkaniques et la partition de la Macédoine.
Avant les guerres balkaniques, la population macédonienne était dominante en Macédoine égéenne. Les Macédoniens sous domination grecque ont été et demeurent exposés au supplice de l'assimilation et à l'émigration forcée, afin de modifier la composition ethnique de la Macédoine. Néanmoins, les Macédoniens n'étaient pas seulement là : ils y sont encore et y demeureront, car il n'est pas aisé d'arracher un peuple au lieu où il vit depuis des siècles, malgré toutes les violences et la dénationalisation.
Dans la partie égéenne de la Macédoine, comme à Zeleniche, village natal de Steve Pliakes, les crimes, la politique d'assimilation à l'égard des Macédoniens et l'installation d'étrangers (Turkmènes) de confession orthodoxe uniquement se poursuivirent, le tout afin de modifier la composition ethnique de la population et de réduire le nombre de Macédoniens. Des milliers de Macédoniens expulsés et déplacés se voient interdire de visiter leurs lieux de naissance dans ce pays de « démocratie et de miracles », formule employée par un journaliste du quotidien « New York Times ».
Arrivés à Zeleniche, nous nous arrêtâmes au stationnement de l'hôtel qui se trouvait des deux côtés de la route de Kostur ; il y avait un restaurant du côté droit, et les chambres d'hôtel du côté gauche. La vue depuis l'hôtel était magnifique et l'on apercevait le mont Vich, qui s'élève vers le ciel et recèle bien des secrets sur la vérité de la Macédoine égéenne et du peuple macédonien, sur les victoires et les pertes de la guerre civile en Grèce.
Nous montâmes par la rue escarpée vers le village, en longeant les installations de l'hôtel. Nous eûmes l'occasion de profiter de la belle vue sur le village, sur son église et sur la rue caractéristique de ce type de villages groupés. La route mène vers les deux côtés du village. Nous choisîmes le côté droit et approchâmes de la rivière. On y trouve des maisons anciennes et neuves, une garderie et plusieurs constructions diverses, dont trois passerelles mobiles. Nous allâmes jusqu'au bout du village et visitâmes la maison d'un éleveur, un Turc d'Asie, qui fut très courtois. Lorsque nous lui posâmes une question en macédonien, il nous expliqua en grec, à grand renfort de gestes et de mimiques, comment regagner la route principale, croyant que nous nous étions perdus dans le village.
Nous revînmes par la rue ouest du village, qui nous fit passer devant de belles maisons neuves, dont celle du prêtre du village. On voyait de grandes maisons à droite et un champ fertile à gauche, et nous atteignîmes rapidement la route principale de Kostur, où se trouvait un autre restaurant.
À cet instant, nous comprîmes pourquoi Steve Pliakes, comme toute autre personne, éprouve un désir si fort pour son village natal. Mais Dieu est tout-puissant. Dieu récompense et punit ; en même temps, Dieu entretient la semence macédonienne dans le monde entier, car elle est répandue depuis le temps de Philippe et d'Alexandre, depuis le temps de l'apôtre Paul, et Dieu l'entretient jusqu'à nos jours. Aussi quiconque a décrit la Macédoine — que ce soit par les traditions et les légendes, par les traces sur les rochers, les constructions, les objets archéologiques, les papyrus, ou en tant qu'auteur de récits de voyage et historien, ou encore en simple mortel — éprouve ce pays comme un pays biblique et se trouve fasciné par sa richesse et sa beauté, sa magie et sa fierté.
Nous étions curieux de revoir le village une fois encore. Cette fois, nous passâmes devant l'église du village et tournâmes à gauche. Nous fîmes demi-tour du côté nord de Zeleniche et revînmes sur la route principale où se trouvait l'hôtel. Nous entrâmes dans le restaurant, où le gérant courtois et ses collaborateurs nous accueillirent, conscients que nous étions étrangers. Nous lui expliquâmes que nous étions venus visiter le village de Steve Pliakes et que celui-ci nous avait recommandé ce restaurant. Je souhaitai et demandai à parler au directeur général de l'hôtel. Le jeune homme, fils du propriétaire de l'hôtel, parlait anglais et nous dit que nous étions les bienvenus ; il nous offrit de délicieuses boissons et les spécialités de la maison. Nous parlâmes ensuite en macédonien avec le propriétaire, qui fut très aimable et qui, bien que très occupé, consacra un peu de son temps à nous parler du village de Steve et à répondre à quelques questions qui nous intéressaient.
Après ce copieux déjeuner, nous remerciâmes le jeune homme de son amabilité, réglâmes notre note et lui remîmes les livres qui nous avaient causé des difficultés au poste frontière. Nous lui demandâmes de les offrir à son père afin qu'il les dépose dans l'hôtel, car nous voulions apporter une contribution en l'honneur de ce village macédonien qui est le lieu de naissance de notre grand ami Steve Pliakes.
C'était l'après-midi, alors que le soleil descendait sur les montagnes à l'ouest, lorsque nous laissâmes derrière nous le village de Zeleniche, lieu de naissance de Steve Pliakes. Nous fîmes encore un tour du village, simplement pour voir de quoi il avait l'air aux heures de l'après-midi, puis nous prîmes la route de Kostur, en chemin vers le village natal de Lilly Pliakes, Zhelevo.
De Zeleniche à Kostur, nous traversâmes les versants colorés du mont Vich, où se trouvent plusieurs villages, dont le village valaque de Vlahovi. C'est le village natal de nombreuses personnalités en vue de la société grecque qui furent des ennemis du peuple macédonien, comme le fut Dora Bakoyani, la plus grande femme ministre grecque des Affaires étrangères, d'origine valaque. Mais s'y trouve aussi le village révolutionnaire de Zagorichani. C'est un village macédonien célèbre, surtout depuis le massacre des Andartes de 1905. Nous évoquâmes et nous rappelâmes notre ami le docteur Lefter Manche, originaire de Zagorichani et établi à Ottawa, au Canada. C'est un homme du monde qui, par son savoir, son intelligence, son esprit patriotique et son amour pour sa terre natale macédonienne, a créé la fondation « Frères Dzidrovi » à la mémoire de ses frères qui donnèrent leur vie pour la Macédoine.
Cette partie de la Macédoine égéenne abonde en lieux magnifiques qu'il faut absolument voir. Il semble bien que ce soit le village de Zeleniche qui nous ait laissé la plus forte impression, belle contrée macédonienne dont Steve Pliakes est originaire. Il peut être fier d'être un Macédonien venu précisément de Zeleniche.
LES NOCES SANGLANTES DE ZELENICHE
Le 13 novembre 1904, lors d'un mariage célébré au village de Zeleniche, dans la région de Florina, les Andartes grecs tuèrent 13 Macédoniens. Parmi les victimes figuraient le marié, ses amis, deux enfants et le militant de l'Organisation révolutionnaire macédonienne Pando Mechkarov, soit 13 personnes au total. Cent treize ans ont passé depuis, mais la politique génocidaire grecque à l'égard du peuple macédonien n'a pas changé. Aujourd'hui encore, on demande au peuple macédonien de changer son nom, son identité, son histoire... !?
L'apparition de troupes grecques en Macédoine remonte au soulèvement d'Ilinden de 1903, mais sans la méthode systématique de la période qui le suivit. Sous la direction directe du gouvernement grec furent combinés les efforts de la diplomatie, de l'Église, de l'enseignement et des armes. Durant cette période, l'action armée grecque, généreusement financée par les fonds du budget de l'État, fut massive et s'exerça avec une vigueur particulière dans les parties méridionales de la Macédoine.
L'objectif d'Athènes était d'imposer la domination grecque en Macédoine. L'intervention armée, dirigée contre l'Organisation révolutionnaire macédonienne, procédait de la fameuse Megali Idea, qui prévoyait l'extension de l'État grec à des territoires où il n'y avait pas de population grecque ou, s'il y en avait, en nombre infime. Après l'île de Crète, la Thessalie et l'Épire, les aspirations territoriales de l'État grec se tournèrent vers la Macédoine.
Germanos Karavangelis (1866-1935), métropolite patriarcal à Kostur (Castoria) de 1900 à 1907, fut particulièrement actif dans la lutte contre l'Organisation révolutionnaire macédonienne. Il entretenait des liens étroits avec les autorités ottomanes et fut l'un des organisateurs des premières troupes grecques d'action armée en Macédoine.
De 1904 à 1908, profitant des bonnes relations de la Grèce avec la Turquie, la propagande ecclésiastique et scolaire fut complétée par un envoi encore plus intensif de troupes armées qui semaient la dévastation dans les villages macédoniens, contraignant la population qui avait quitté l'Église grecque à revenir sous son autorité et à se déclarer grecque.
Se heurtant à la résistance de la population chrétienne macédonienne ainsi que des troupes de l'Organisation révolutionnaire macédonienne, la propagande armée grecque prit un caractère génocidaire envers une partie de la population macédonienne de souche. Quiconque ne voulait pas être membre du Patriarcat grec, c'est-à-dire ne se déclarait pas grec, était la cible de tortures et soumis à une purge ethnique, qu'il fût macédonien, valaque ou albanais.
De fait, la Grèce tenta par les armes de ramener les Macédoniens dans le Patriarcat, ce qui aurait démontré le caractère grec de la Macédoine. Pour faire revenir tous ceux qui s'étaient tournés vers l'Exarchat, où l'office se célébrait en langue slave, la propagande armée grecque, outre les tortures et la terreur, assassinait ceux qui ne se déclaraient pas grecs — patriarchistes.
Les premières attaques d'envergure des troupes armées grecques contre les Macédoniens, dont le résultat final fut le meurtre d'une population macédonienne innocente, eurent lieu à l'automne 1904. Il s'agit de la célèbre attaque du village de Zeleniche, district de Lerin (Florina), connue sous le nom de Noces sanglantes de Zeleniche.
Le 13 novembre 1904, lors d'un mariage célébré au village de Zeleniche, dans la région de Lerin, les Andartes grecs tuèrent 13 Macédoniens. Le motif en était la vengeance pour la défaite du fondateur du mouvement des Andartes, Pavlos Melas, qui se suicida, assiégé par l'armée turque. Les Grecs optèrent en effet pour la vengeance, croyant que les Macédoniens avaient trompé les Turcs en leur disant qu'il s'agissait de la troupe de Mitre Vlaot.
La proposition d'attaquer le village de Zeleniche vint du capitaine Evtimios Kaudis et fut appuyée par son adjoint Georgios Katehakis (capitaine Rouvas), qui disposait d'un détachement de 60 hommes entré en Macédoine le 20 octobre 1904 et installé au village de Lehovo. De là, le 13 novembre, ils se dirigèrent vers le village de Zeleniche, où un habitant du village, Suljo, d'origine turque, leur indiqua la maison où se tenait le mariage, celle où le marchand Stefan Gatev célébrait les noces de son fils. Nombre de ses parents, de ses amis et de Turcs du lieu assistaient au mariage.
Les Andartes attaquèrent le soir à 22 h 30 et se mirent à tirer sur toutes les personnes présentes dans la maison. Dans le même temps, une partie de la troupe abattit ceux qui étaient parvenus par hasard à s'enfuir. Ce soir-là, les Andartes grecs tuèrent 13 personnes. Parmi ces 13 victimes se trouvaient :
1. Stefan Gotev – 44 ans – père du marié ;
2. Grigor Gotev – 19 ans – le marié ;
3. Dosi Stojnov – 38 ans ;
4. Vladimir Stojnov – 13 ans ;
5. Mihail Puchov – 32 ans ;
6. Lambro Stoykov – 23 ans ;
7. Pando Mechkarov – 35 ans, militant de l'ORM ;
8. Dori Almanov – 42 ans ;
9. Argir Pandilov – Babata – 45 ans ;
10. Maria Pandilova – 10 ans ;
11. Lazar Kostavichin – 11 ans ;
12. Dosta Lazova – 50 ans, et
13. Hussein Abdullah Kerim – 50 ans.
Elena Gotoveva, de Zeleniche, dira plus tard : « Ce mariage était un mariage villageois ; il n'y avait pas de comitadjis, pas un seul. C'étaient tous de paisibles paysans. Il n'y avait pas un seul Grec dans notre village. Il n'y avait que quelques maisons grecques qui recevaient de l'argent de l'évêque grec Germanos Karavangelis, de Castoria. Les Andartes grecs nous tuaient pour que nous ayons peur et que nous disions que nous étions grecs... »
À cette époque, le membre de l'Organisation révolutionnaire macédonienne Georgi Pop Hristov se trouvait à Ekshi Su et apprit l'attaque du village de Zeleniche. Avec d'autres représentants de l'ORM, il décida de renforcer les milices villageoises et ordonna que tous les villages soient protégés et que l'on attaque les troupes d'Andartes dès qu'on les apercevrait.
Le nombre de troupes grecques augmenta cependant rapidement, surtout avec des mercenaires venus de Crète. Au cours de l'année 1905, de 800 à 1 000 hommes opéraient dans le vilayet de Bitola, et les attaques ne cessèrent de croître les années suivantes. Rien que lors des attaques du village de Zagorichani, le 25 mars 1905, et lors de l'attaque des secondes noces sanglantes au village de Nevoliani en octobre 1905, environ 110 Macédoniens furent tués. Les attaques s'étendirent ensuite à toutes les parties du sud et du centre de la Macédoine, où la propagande armée grecque se comporta avec une férocité et une agressivité croissantes envers la paisible population villageoise macédonienne.
L'attitude de la Grèce envers la population macédonienne n'a jamais changé. Pendant des décennies, les Macédoniens ont été exposés aux menaces, au chantage, à la terreur, aux expulsions et à un génocide ethnique perpétré par la Grèce, sans que celle-ci soit jamais parvenue à briser le peuple macédonien.
Plus de 114 ans (en 2018) se sont écoulés depuis les noces sanglantes du village de Zeleniche, dans la région de Lerin, et la question macédonienne demeure ouverte. Hier comme aujourd'hui, Athènes exige du peuple macédonien qu'il change son nom, son identité, son histoire... Mais Athènes croit-elle que les noms des victimes de sa politique génocidaire puissent être oubliés ? Certainement pas ! Tant que le peuple macédonien ne sera pas reconnu par les Grecs, ces noms resteront à jamais gravés dans leur mémoire, quel que soit le nombre de manuels d'histoire réécrits, quel que soit le nombre de monuments macédoniens détruits sous la dictée de la politique du moment.
ZHELEVO – LE VILLAGE NATAL DE LILLY PLIAKES
Le but de notre voyage à travers la Macédoine égéenne était de visiter non seulement le village de Zeleniche, lieu de naissance de Steve Pliakes, mais aussi le village de Zhelevo, lieu de naissance de Lilly Pliakes. Le village de Zhelevo se situe exactement entre les municipalités de Lerin et de Kostur, mais du côté ouest. C'est pourquoi, depuis Zeleniche, nous nous dirigeâmes droit vers Kostur afin de nous renseigner sur son évolution historique et de voir la nature magnifique qu'offre cette belle ville macédonienne.
Kostur, ville de l'industrie de la fourrure et du cuir, est située sur la presqu'île qui divise le lac de Kostur en deux moitiés également attrayantes. La partie de la ville qui s'élève sur la presqu'île se reflète dans l'une des moitiés, et l'autre partie se reflète dans la seconde moitié du lac. Les maisons sont bâties en gradins les unes au-dessus des autres et, la nuit, lorsqu'on les regarde depuis la rive du lac, on croit voir un immense sapin de Noël aux milliers de lampions qui se reflètent dans le lac doré.
Par sa position géographique, avec sa vallée fertile pleine d'arbres fruitiers, le bleu éclatant du lac de Kostur et ses monuments culturels et historiques, Kostur est une région touristique, culturelle et économique importante, attrayante en toute saison. Kostur est un lieu agréable pour y vivre, s'y reposer et se détendre. En raison de ses conditions climatiques favorables, de son air pur et frais, de son altitude et de toutes les beautés naturelles du lac de Kostur et de ses environs, la restauration et le tourisme y occupent une place de plus en plus importante.
Du point de vue historique, la région de Kostur est connue dans l'Antiquité sous le nom d'Arestida ; elle s'étendait le long du cours supérieur de la rivière Bistrica, et sa capitale, Art, se trouvait au village de Rupishte. Il importe de le mentionner, car ce fut le lieu d'origine de la dynastie macédonienne des Argéades, c'est-à-dire la dynastie du roi macédonien Philippe, qui s'installa plus tard à Pella.
Du point de vue limnologique, il faut souligner que le lac de Kostur est un exemple typique des lacs de la zone égéenne. Il appartient au groupe des lacs désarétiques, comme les lacs d'Ohrid et de Prespa, et présente toutes les caractéristiques de ce type de lacs : température élevée de l'eau en été, large zone littorale à la faune et à la flore riches et développées, configuration caractéristique, aspect particulier, conditions climatiques uniques et passé historique intéressant.
Quand on est à Kostur, sur la rive du lac, on a le sentiment d'être à Ohrid, au bord du lac d'Ohrid, car Kostur ressemble à Ohrid tant par sa situation que par ses beautés naturelles. La nature s'est montrée très généreuse envers les beautés de Kostur, qui malheureusement ne sont pas assez mises en valeur.
La ville de Kostur se trouve dans la partie sud-ouest de la Macédoine, sur la rive du lac de Kostur. Certains érudits estiment que son nom vient du rare animal qu'est le castor, jadis élevé dans la région du lac de Kostur et dont la peau servait à confectionner de très beaux et luxueux manteaux de fourrure. Kostur compte aussi de nombreuses églises, des basiliques réputées et d'autres monuments historiques et culturels.
Nous fîmes le tour de la ville et du lac. Nous vîmes de nombreuses boutiques de fourrures et d'articles en fourrure, ce qui atteste que la fourrure est la vie même de Kostur. Les piétons pouvaient à peine circuler dans les rues étroites en raison d'une circulation dense qui semblait mettre les visiteurs au défi de voir et de ressentir les beautés de cette ville lacustre, belle en toute saison. Nous gagnâmes ensuite la partie est de la ville et nous installâmes dans le jardin d'un restaurant convenable au bord du lac, pour nous reposer un moment, profiter et admirer les beautés de la ville.
Nous étions curieux d'obtenir le plus de renseignements possible sur les fourreurs de Kostur, sur les fourrures luxueuses et coûteuses suspendues dans les nombreuses boutiques de la ville, sur le lac et sur les cygnes qui complétaient sa beauté comme au lac de Prespa, et nous éprouvions le désir de les entendre parler la langue macédonienne dans le dialecte de Kostur.
Le temps nous manquait toutefois et nous ne pouvions rester beaucoup plus longtemps. Après cet agréable moment passé à Kostur, nous décidâmes de gagner Zhelevo, mais cette fois par l'autre côté, depuis la direction du Gramos, afin de voir cette partie de la Macédoine égéenne où un grand nombre de Macédoniens perdirent la vie pendant la guerre civile. Nous prîmes la route du légendaire village de D'mbeni, village natal de nombreuses personnalités célèbres et reconnues, dont le donateur et humaniste Atanas Blizakoff. Il vivait à Gary, en Indiana, aux États-Unis, et il a créé la plus grande fondation destinée à la jeunesse macédonienne — les étudiants de l'Université « Saints-Cyrille-et-Méthode » de Skopje. L'auteur de ce livre est fier de souligner qu'il est membre à vie de cette fondation. Mon bon ami dont je suis fier, le célèbre académicien Antonie Shkokljev Doncho, est également de D'mbeni. Nous sommes coauteurs de quatre ouvrages historiques sur la Macédoine.
Le village de D'mbeni se trouve à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Kostur, au creux méridional des monts Lokvata et Vinjari, à une altitude d'environ 1 000 mètres. Il est entouré de montagnes couvertes de calcaire, ce qui nous amène à conclure qu'il fait partie de la chaîne montagneuse de Macédoine occidentale.
Malheureusement, les autorités officielles grecques s'employèrent avec persévérance à effacer les traces rappelant que la Macédoine était un ancien pays slave. Elles inventent sans cesse des lois, des décrets, des règlements, des amendements... Après les guerres balkaniques et le traité de « paix » de Bucarest, suivi de la partition de la Macédoine, tous les noms des localités ainsi que les toponymes de la partie égéenne de la Macédoine furent remplacés par des noms helléniques (grecs). Par suite de cette politique gouvernementale, en novembre 1926, le village de D'mbeni fut rebaptisé Dendrohorion.
Le village de D'mbeni se trouve dans la contrée de Koreshta, où l'on comptait autrefois 34 villages répartis de part et d'autre de la rivière Bistrica. Tous les villages de Koreshta sont exclusivement macédoniens, à l'exception d'un seul dont, dans les années troublées, la population macédonienne fut entièrement expulsée et remplacée par des Albanais musulmans.
D'mbeni n'a jamais perdu son esprit et son empreinte macédoniens, bien qu'il ait été constamment asservi par des étrangers. Pendant des siècles, sa population a porté en elle son esprit combatif et son amour pour sa terre natale et les foyers de ses ancêtres, ce qui attirait sans cesse les Macédoniens dispersés dans le monde entier. Grâce à cela, la population de cette partie de la Macédoine égéenne est restée à jamais fidèle aux traditions combatives, révolutionnaires et patriotiques.
La large route asphaltée qui monte sur la colline du côté nord de Kostur, sur une dizaine de kilomètres seulement, plus précisément depuis l'embranchement vers le village de Kostur, se poursuit vers Gabresh, Drenoveni et d'autres villages. Ce sont des villages macédoniens, mais la plupart de leurs habitants ont émigré après la guerre civile. Aujourd'hui, on ne voit plus en ces lieux que les hauts murs de maisons aux fenêtres brisées et sans toiture. Cette vue suscite tristesse, effroi et horreur. Nous nous arrêtâmes au bord de la route et regardâmes les maisons aux tiroirs ouverts et aux balcons brisés, qui pleuraient leurs propriétaires. Cette image affligeante donne le frisson au passant, qui ne souhaite qu'une chose : l'oublier au plus vite. Il nous sembla là-bas que les fenêtres ouvertes nous saluaient et nous disaient qu'il y avait eu là autrefois une vie, et que les murs des vieilles maisons macédoniennes pleuraient avec les ruines et le grondement de la rivière qui résonnait dans ce désert pour nous rappeler les guerres menées sur le Gramos.
Depuis le village de Gabresh, village natal de nombreux gens d'affaires célèbres et reconnus comme Steve Stavro, John Bitoff, Kosta Nikoff et bien d'autres, d'où nos regards embrassèrent la vallée, nous prîmes la route de Zhelevo, village natal de Lilly Pliakes.
Le village de Zhelevo est un village purement macédonien, situé à la limite des municipalités de Lerin et de Kostur, mais rattaché administrativement à Kostur. C'est l'un des plus grands villages de la région. Zhelevo est situé au pied du mont Bigla, à une altitude d'environ 1 000 mètres. Ce fut dès l'origine une localité purement macédonienne. Pour des raisons politiques et économiques, cependant, après le soulèvement d'Ilinden et la Première Guerre mondiale, et surtout après la défaite de l'Armée démocratique de Grèce dans la guerre civile, de nombreux habitants de Zhelevo partirent vers les pays d'outre-mer — Canada, États-Unis et Australie — ainsi que vers d'autres pays européens.
Il faut noter que les gens de Zhelevo furent actifs dès leur arrivée au Canada. D'après les documents écrits, ils fondèrent en 1907 une association de bienfaisance « Zhelevo » à Toronto. La fraternité auxiliaire actuelle « Zhelevo » fut quant à elle constituée le 1er octobre 1921. Elle a mené de nombreuses activités, dont le lancement en 1928 de la construction de la célèbre Maison de Zhelevo. En 1929 fut créée une association de jeunesse nommée « Patrie ». La « Maison de Zhelevo » fut relancée en 1946 et, le 26 août de la même année, un terrain fut acheté. La Maison fut officiellement inaugurée le 10 juillet 1948. Elle possède des terrains pour des chalets, des terrains de golf et d'autres biens.
Il est intéressant de noter que c'est à la « Maison de Zhelevo » que se tint la réunion où il fut décidé de bâtir l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » à Toronto. Le premier président de la première église macédonienne du Canada fut Spiro Sander, de Zhelevo.
Lorsque l'on parle du village de Zhelevo, il faut souligner qu'il s'agit d'un village de montagne pittoresque situé sur la route Lerin – Kostur. Là, sur le mont Bigla, au-dessus du village, se trouve la source de la rivière Bistrica, qui traverse la contrée de Koreshta et se jette dans le golfe de Thessalonique. C'est une rivière de montagne aux petites cascades et aux truites, dont l'eau sert à irriguer les prairies vertes et grasses et les champs fertiles des deux côtés du pied de la montagne.
À l'entrée du village, nous remarquâmes un panneau indiquant le nom du village, Andartikon, écrit en alphabet grec et latin. Zhelevo est pourtant un grand village macédonien et une municipalité autonome du district de Lerin. Il s'étend derrière la route qui va de Kostur à la Prespa et dont une autre branche mène vers Lerin. Selon la légende, l'ancien village se trouvait plus haut encore dans la montagne, au lieu-dit Lazina. Ce village est très ancien et il est mentionné dans les plus vieux documents turcs. Il fut macédonien dès l'origine et n'a subi aucun changement jusqu'à ce jour.
D'après les documents bulgares, Zhelevo était mentionné comme une localité peuplée d'environ 1 200 habitants et de plus de 250 maisons. Il compta le plus grand nombre d'habitants en 1913 (1 415 habitants), puis ce nombre commença à décroître : environ 1 000 habitants en 1940, 605 en 1961 et 418 en 1971. Selon les gens du lieu, le village compte aujourd'hui quelque 400 habitants.
Le nombre d'habitants accuse une baisse en raison de l'émigration massive de l'entre-deux-guerres, lorsque beaucoup de familles partirent pour Bitola, pour le village de Porodin, pour la Bulgarie ainsi que pour les pays d'outre-mer. Pendant la guerre civile, environ 200 familles quittèrent le village et s'installèrent principalement en ex-Yougoslavie et dans les pays d'Europe de l'Est. Les habitants de Zhelevo partirent surtout pour le Canada, en particulier pour Toronto, où existe une importante colonie de Zhelevo.
Zhelevo est un village de type groupé, aux maisons macédoniennes typiques et aux balcons spacieux. Il ressemble aux autres villages macédoniens des régions de Lerin et de Kostur, tels que Oshchima, Rulja, Besfina, Breznica, Smrdesh, Gabresh, Pozdivishte, D'mbeni, ou encore aux villages de l'autre côté du Preval, vers la Prespa.
Selon les vieilles traditions, le village de Zhelevo tire son nom du mot « zhilevo ». Plus précisément, à l'endroit où se trouvait l'ancien village poussaient de grands et hauts arbres aux racines longues et épaisses (« zhili » en macédonien). D'après le mot « zhila », le village fut appelé Zhilevo, puis remplacé par Zhelevo. Ce n'est cependant qu'une légende. La vérité est que les gens de Zhelevo et de toute cette contrée de Macédoine égéenne ont étendu leurs racines dans le monde entier et que le sang macédonien circule dans leurs veines (veine = zhila).
Les mains laborieuses des habitants de Zhelevo ont bâti les deux églises du village : l'ancienne « Saint-Nicolas », qui date de 1713, et « Saint-Athanase », plus récente, dont les murs sont ornés de fresques pittoresques dues aux mains appliquées du fresquiste, l'artisan Gjorgji, et de son fils Nikola, de Lazaropole. Nous visitâmes Zhelevo dans l'après-midi et vîmes toutes les beautés du village. Nous parlâmes aussi avec plusieurs habitants, dont un couple de Zhelevo vivant à Toronto. La rencontre fut vraiment chaleureuse, à la macédonienne, et elle eut lieu dans l'un des trois restaurants au bord de la route.
À cette occasion, il faut souligner que Zhelevo est le village natal de nombreux émigrants célèbres, surtout à Toronto, parmi lesquels le premier Macédonien diplômé à Toronto, le peintre Foto Tomev, auquel l'auteur de ce livre a consacré des textes particuliers. C'est aussi à Zhelevo qu'est né le premier président de l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto, le célèbre Spiro Sanders, ainsi que son fils Jimmy Sander, qui fut le premier président de l'organisation nationale « Macédoniens unis » à Toronto.
Nous quittâmes Zhelevo en silence et nous dirigeâmes vers Lerin. Nous atteignîmes la crête de la montagne où se trouve la station de ski « Bigla ». De là, nous pouvions voir les nouvelles éoliennes installées sur la colline au-dessus du village de Psoderi. Nous nous arrêtâmes ensuite sur un plateau d'où l'on découvrait une grande partie de Lerin, le village d'Armensko, une partie de la Pélagonie et plusieurs villages alignés le long de la route de Lerin vers Voden et Thessalonique. Là, nous savourâmes ces beautés, présent de la mère nature, et nous rappelâmes les récits sur les comitadjis (soldats) qui versèrent leur sang pour la Macédoine, quelque part sur le mont Bigla, trahis par le prêtre Stavros du village de Psoderi.
En ces instants, nous voulions oublier les vérités historiques hideuses et tout le mal fait au peuple orthodoxe macédonien de Macédoine égéenne, en espérant que cela ne se reproduira pas. Nous priâmes Dieu d'être juste et d'aider le peuple macédonien tourmenté de la Macédoine égéenne de Dieu à jouir de tous les droits, devoirs et bienfaits humains décrits dans les déclarations de l'ONU.
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Le Nouveau Monde
Selon les mots de Steve Pliakes, fier Canadien d'ascendance macédonienne, le Canada est le « pays de l'avenir ». C'est un pays de plus de 35 millions d'habitants, principalement d'origine anglaise et française. On y compte cependant plus d'une centaine d'autres nationalités, dont environ 150 000 Macédoniens de toutes les parties de la Macédoine. Il se compose des 10 régions, ou provinces, suivantes : Alberta, Colombie-Britannique, Québec, Manitoba, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, Ontario, Île-du-Prince-Édouard et Saskatchewan ; et de deux territoires autonomes : le Yukon et la région du Nord-Ouest sur l'archipel Arctique (français). Les langues officielles sont l'anglais et le français. Les membres des diverses nationalités parlent leur langue maternelle et possèdent leurs propres écoles, églises et associations...
La capitale est Ottawa, qui compte environ 800 000 habitants. Elle se trouve en Ontario, province qui abrite aussi d'autres grandes métropoles importantes telles que Montréal, Toronto, Vancouver, Edmonton, Hamilton, Winnipeg, Québec, Calgary, Halifax, Windsor et d'autres. Le Canada connaît un climat continental, subarctique au sud et polaire au nord. Les fleuves les plus connus sont le Saint-Laurent, le Mackenzie et le Nelson. Parmi les lacs, on connaît le lac Supérieur, le Huron, l'Érié, l'Ontario, le Winnipeg et d'autres. Les montagnes les plus connues sont les Rocheuses, qui s'étendent dans la partie occidentale du Canada.
Avant l'arrivée des Européens, le Canada était peuplé principalement d'Iroquois et d'Esquimaux. On croit que les Normands y parvinrent pour la première fois au XIe siècle. On estime cependant que Giovanni Caboto, marin italien au service de l'Angleterre, découvrit le premier les côtes orientales et la péninsule du Labrador en 1497. Les premiers immigrants venus d'Europe furent les Français, qui fondèrent Québec en 1608 sous la conduite de Samuel de Champlain. En 1620, le Canada était connu sous le nom de « Nouvelle-France ». Cette année-là, ils fondèrent une compagnie spéciale afin de coloniser la nouvelle terre et d'exploiter ses immenses ressources naturelles.
Au cours du XVIIe siècle, les colons anglais arrivèrent eux aussi au Canada. Ils combattirent également les Iroquois et conquirent peu à peu des territoires en s'étendant vers l'ouest. Au début du XVIIIe siècle, la guerre franco-anglaise en Europe provoqua aussi certains conflits au Canada. Comme la politique de conquête en Europe, menée par Louis XIV, négligeait quelque peu le Canada, la domination commença à passer des Français aux Anglais. Pendant la guerre de Succession d'Espagne, les Anglais parvinrent à s'emparer de certains territoires. Le traité de paix d'Utrecht, en 1713, leur reconnut le droit sur les territoires autour de la baie d'Hudson. Pendant la guerre de Sept Ans, les Anglais conquirent l'ensemble du territoire canadien, qui leur fut attribué par le traité de paix de Paris en 1763. Au XIXe siècle eut lieu une grande migration et une expansion des colons vers l'ouest, qui aboutit à la formation de la confédération canadienne avec le statut de dominion en 1867.
Steve Pliakes, homme des affaires et du progrès canadiens, déclare : « Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le Canada était un pays agricole et d'élevage dont la richesse fondamentale résidait dans les forêts et d'immenses étendues de terres portant le fameux blé canadien destiné à l'exportation. L'agriculture dominait cette structure économique, comme c'était le cas aux États-Unis. L'industrie commença toutefois à se développer vers la fin du XIXe siècle. D'excellentes conditions de développement industriel permirent à cette branche économique importante de connaître un essor considérable. Aussi le Canada est-il aujourd'hui une puissance mondiale industrielle et agricole dans laquelle le capital étranger, en particulier celui des États-Unis, exerce une influence considérable. Le Canada possède de grandes ressources hydroénergétiques et des industries alimentaire, métallurgique, automobile, du bois, du cuir et chimique très développées, des raffineries de pétrole et d'autres branches. Il possède aussi une agriculture, une chasse et une pêche très développées. Après la Russie, il occupe le deuxième rang mondial pour la richesse en forêts de conifères. Il dispose également de transports ferroviaires, routiers, aériens, lacustres et de voirie très développés.
Le Canada est aujourd'hui considéré comme un exemple mondial de société multiculturelle. Depuis la Seconde Guerre mondiale, ce pays démocratique et multinational a connu de nombreux changements culturels et économiques importants, ce qui a signifié une grande transformation de sa structure ethnique. Il fut le premier pays au monde à reconnaître officiellement la diversité multiculturelle et à soutenir une politique non discriminatoire constante et cohérente. Aussi ont-ils fait du multiculturalisme la politique du gouvernement canadien. Cela signifie que chaque personne a droit à la liberté de conscience, de religion, d'opinion, d'expression, de réunion pacifique et d'association, à la liberté de cultiver sa propre culture, de propager et de pratiquer sa propre religion et d'employer sa langue maternelle.
La législation et la politique multiculturelle du Canada se montrent particulièrement tolérantes envers toutes les communautés religieuses nationales, y compris l'Église orthodoxe macédonienne. Les communautés religieuses macédoniennes sont devenues de véritables ponts pour l'avancement global des relations entre les Macédoniens et les autres nationalités vivant au Canada », affirme Steve Pliakes.
C'est pourquoi l'on qualifie souvent le Canada de « Terre promise » pour les Macédoniens, en particulier ceux de la partie égéenne de la Macédoine, qui jouissent au Canada de tous les droits de la personne. Dans leur propre pays, en revanche, ils sont traités comme des étrangers ; on leur refuse leur identité nationale ; ils sont soumis à l'assimilation, à la dénationalisation et à une extermination systématique hors de leur propre terre. C'est pour cette raison que les Macédoniens du Canada chantent à juste titre et avec fierté l'hymne « Ô Canada… »
L'IMMIGRATION AU CANADA
Dans l'ouvrage « Les Macédoniens aux États-Unis et au Canada », « Makedonska iskra », Skopje, 2002, 1-380 (en macédonien et en anglais), de l'auteur de ce texte, il est dit que l'émigration macédonienne a pour l'essentiel coïncidé avec les événements des Balkans et qu'elle dépendait, plus encore, des événements en Macédoine. Le rythme des départs et de l'expatriation pour gagner sa vie était par conséquent conditionné avant tout par de dures difficultés économiques, et très rarement par des raisons nationales ou politiques. Les conditions de vie misérables, difficiles et souvent impossibles, et la lutte constante pour la survie contraignirent de nombreux Macédoniens à choisir, entre autres, de quitter leur propre pays pour s'établir ailleurs.
Le processus de départ à l'étranger pour gagner sa vie et d'émigration de la Macédoine vers les États-Unis et le Canada était caractéristique des régions d'émigration traditionnelles : celles de Lerin, Bitola, Prespa, Kostur, Ohrid, Voden, Prilep, Struga, Solun, Tetovo et d'autres parties de la Macédoine.
Les vagues d'immigration issues de ces régions s'accrurent après le soulèvement d'Ilinden de 1903, mais elles s'intensifièrent après les guerres balkaniques et la Première Guerre mondiale qui, au lieu d'apporter la libération d'une servitude de cinq siècles, aboutirent à la triple partition, à l'oppression, à l'assimilation, à la dénationalisation et à la destruction physique de l'identité et de la culture macédoniennes. Tout cela fut l'œuvre des voisins tout juste libérés de la Macédoine : la Bulgarie, le Royaume de Yougoslavie, la Grèce et l'Albanie.
Ce qui s'était produit durant les siècles précédents et ce qui advint après la Première Guerre mondiale entraînèrent, en un laps de temps relativement court, d'importants mouvements migratoires et des changements ethniques dans certaines parties de la Macédoine, aux conséquences désastreuses pour la population macédonienne.
Ainsi, d'après un rapport du 13 mai 1949 du Comité spécial des Nations unies pour les Balkans, 232 000 Macédoniens de Macédoine égéenne, dont les familles de Steve et de Lilly Pliakes, émigrèrent, et les autorités grecques peuplèrent et colonisèrent la Macédoine égéenne à leur place avec des réfugiés d'Asie Mineure.
La période postérieure à 1960 fut elle aussi particulière. Par suite de l'ouverture de la RSF de Yougoslavie sur le monde et de son insertion dans la division internationale du travail, conjuguées à la formation d'une population urbaine dans les villes et à la libéralisation de la politique du travail à l'étranger, de nombreux ouvriers et intellectuels de l'ancienne RS de Macédoine émigrèrent et s'établirent en Amérique du Nord. Les vagues d'émigration de la Macédoine vers tous les coins du monde se poursuivent aujourd'hui encore, mais leur intensité varie selon la conjoncture économique et politique en Macédoine, dans les Balkans et dans le monde.
Des estimations plus réalistes indiquent que, du milieu du XIXe siècle à nos jours, plus d'un million de Macédoniens de toutes les parties de la Macédoine se sont installés dans divers pays. Faute de données statistiques et autres complètes, il est très difficile d'établir le nombre exact, mais on estime qu'environ 500 000 immigrants macédoniens vivent aux États-Unis, au Canada et en Australie, dont quelque 150 000 aux États-Unis, environ 150 000 au Canada et plus de 200 000 en Australie et en Nouvelle-Zélande. On estime que plus de 150 000 Macédoniens vivent en Europe et dans d'autres pays. On estime également qu'environ 50 000 immigrants d'origine macédonienne vivent en Amérique du Sud, en Égypte, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud et dans les pays d'Europe de l'Est, ainsi qu'en Turquie, où l'on compte plus de 300 000 Macédoniens musulmans et Turcs de souche originaires de Macédoine.
Selon Steve Pliakes, les premiers travailleurs immigrants macédoniens d'autrefois, puis les expatriés macédoniens plus tard, venaient surtout du monde rural et vivaient dans une situation économique plus difficile, avec moins d'instruction et de faibles qualifications professionnelles, à la différence des immigrants d'aujourd'hui, qui ont pour la plupart fait des études supérieures et reçu une formation professionnelle. L'objectif principal de l'émigration était donc d'assurer une subsistance de base et de gagner de l'argent pour la famille. Le nombre de travailleurs immigrés ayant quitté leur patrie pour des raisons politiques ou par simple tradition du départ pour gagner sa vie était très faible.
Parmi les générations récentes, cependant, comme parmi les nouveaux venus de l'époque récente, en particulier de la République de Macédoine, on compte de plus en plus d'immigrants très instruits, dotés d'un statut culturel et social plus élevé, ce qui a instauré un nouveau niveau structurel dans la diaspora macédonienne. On y trouve ainsi des intellectuels de différents domaines d'activité qui se sont imposés non seulement en Macédoine, mais aussi dans le monde entier.
Steve Pliakes déclare : « Le mode de vie des émigrants macédoniens de la diaspora a connu une transformation partielle en raison de l'évolution de leur situation économique et sociale, de leur instruction, de leurs qualifications et de leur potentiel financier accru. En outre, beaucoup d'entre eux, surtout ceux de la partie égéenne de la Macédoine, se sont frayé un chemin dans la haute société des pays où ils vivent. Mais pour ce qui est de la vie politique dans leurs nouveaux milieux et sociétés, les colons macédoniens accusent un net retard sur les autres groupes ethniques, comme c'est le cas des immigrants venus des autres pays balkaniques. Leurs réalisations sur les plans économique, spirituel, éducatif, culturel et sportif contribuent toutefois de plus en plus à ce qu'ils ne soient pas traités comme des citoyens de seconde zone, mais comme un facteur intégral et important des nouvelles communautés de la diaspora, en particulier dans les sociétés multiethniques comme l'est le Canada », et il poursuit.
« Les formes les plus anciennes de rassemblement des expatriés macédoniens remontent à l'époque de leur arrivée massive dans de nouveaux milieux, lorsqu'ils apportèrent avec eux leur culture, leurs traditions, leur religion et leurs coutumes. Ils formèrent en conséquence leurs associations religieuses et culturelles, ainsi que des associations d'entraide. Leur but était de préserver la culture, les coutumes et les traditions religieuses macédoniennes, de fournir de l'argent aux Macédoniens défavorisés et de recueillir des fonds pour construire des églises, des écoles et d'autres bâtiments dans leurs nouveaux milieux comme dans leurs villages natals en Macédoine ».
C'est en Union soviétique que se rendit la plus importante population macédonienne pendant la guerre civile en Grèce, et elle s'établit dans les régions du Caucase. Le nombre de Macédoniens de la Macédoine de la mer Égée s'élevait à quelque 7 000 ou 8 000 rien qu'à Tachkent et dans ses environs, à partir de 1949. Ce nombre chuta ensuite rapidement en raison du grand nombre de retours vers la Grèce, la Macédoine et d'autres pays.
Aujourd'hui, plusieurs milliers de Macédoniens, surtout originaires de Macédoine égéenne, vivent dans les anciens pays d'Europe de l'Est : Roumanie, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, Pologne, Ukraine, Russie et autres. À cela s'ajoutent de nombreux immigrants issus de mariages mixtes de Macédoniens venus de toutes les parties de la Macédoine.
Outre les pays d'outre-mer, l'Union européenne et d'autres pays, les Républiques de Croatie et de Slovénie sont des pays où tous les droits sont garantis aux Macédoniens en tant que minorité nationale. Ce sont des pays dont les gouvernements, par une aide matérielle et financière, soutiennent le développement des minorités afin de promouvoir leurs valeurs nationales, culturelles et linguistiques. Les Macédoniens servent ainsi de pont pour développer des relations amicales entre la Croatie, la Slovénie et la Macédoine, faisant valoir ces deux pays comme des sociétés démocratiques et civiles. Le sort des Macédoniens en Serbie et au Monténégro est semblable, sinon identique, à celui des Macédoniens de Croatie et de Slovénie. Ici, toutefois, en raison du problème posé par l'Église orthodoxe serbe, les Macédoniens n'ont pas leurs propres temples religieux ; ils sont cependant organisés en sociétés culturelles et artistiques et en d'autres associations.
« Il y a aussi des Macédoniens qui vivent au Pakistan et qui se considèrent comme les descendants des soldats et des généraux d'Alexandre de Macédoine (le Grand) ». Nous l'avons constaté avec Michael Keathley. « Dans l'Himalaya, dans la partie orientale du Pakistan, vit une tribu qui diffère des autres. Ses membres sont grands et ont le teint clair. Ils possèdent leur propre territoire autonome, qu'ils appellent Hunza ou Hunzacut, parlent le bourouchaski et se disent Macédoniens. Le soleil de leur drapeau rouge compte huit rayons d'or. Ils ont récemment adopté l'islam, mais ont conservé les anciennes traditions macédoniennes.
Il y a en outre des Macédoniens en Israël dont le sort ressemble à celui des Juifs. Leur vie difficile, l'ensemble des conditions qu'ils ont connues, leur amour intense pour leur religion, leur nation, leur pays, leur passé et leur avenir ont conduit Macédoniens et Juifs à fonder leurs États souverains et indépendants. J'en fais partie, moi qui ai appris des Juifs combien il est laborieux et difficile, et combien de sacrifices il faut, pour fonder un État : combien il est plus difficile encore de conquérir la liberté, et comment l'État nouvellement fondé, la République de Macédoine, doit être défendu, bâti, protégé et développé avec noblesse, avec une foi solide, un grand amour et la meilleure espérance », déclare Steve Pliakes.
NEWMARKET – LE LIEU DE VIE ET D'AFFAIRES
La famille de Steve Pliakes a quitté Toronto pour Newmarket, ville de la région d'York dans la province d'Ontario. La ville de Newmarket fut la ville nouvelle, mais aussi la ville d'avenir de Steve Pliakes et de sa famille. Elle compte environ 80 000 habitants, dont 77 % ont l'anglais pour langue maternelle ; on y parle ensuite l'italien, le français, le russe, l'espagnol et le macédonien. Elle est située sur la rivière Holland, qui fit depuis longtemps de cette région une voie naturelle de passage entre le lac Ontario et le lac Simcoe, à une altitude d'environ 250 mètres.
D'après les documents écrits, en juin 1800, Timothy Rogers, un quaker de Virginie, explora la région autour de la rivière Holland pour trouver un emplacement convenable à une nouvelle colonie quaker. Certains quakers des États-Unis souhaitaient se déplacer vers le nord, troublés par la violence à laquelle on attendait qu'ils prennent part durant la Révolution américaine. En 1801, Rogers revint avec plusieurs familles quakers qui avaient quitté leur foyer du Vermont et gagné ce nouveau lieu au Canada.
Puis, à Noël 1801, Joseph Hill avait construit un moulin sur la rivière Holland, l'endiguant pour former un étang de moulin aujourd'hui connu sous le nom de Fairy Lake. Le bourg de « Upper Yonge Street » surgit autour du moulin, ce qui explique pourquoi son principal centre-ville était établi sur la rivière Holland et non sur la Yonge Street toute proche. Hill construisit aussi une tannerie juste au nord du moulin, ainsi que le premier magasin et la première maison, et d'autres moulins encore. Dès 1802, Elisha Beman commença à créer des commerces et à acheter des terres à Newmarket. Un moulin d'abord, puis d'autres entreprises suivirent bientôt. La localité continua de croître au début du XIXe siècle, parallèlement à la formation d'Aurora et de Holland Landing, et un marché tenu à l'emplacement de l'actuel centre-ville donna naissance au nom de « Newmarket ».
Armitage fut la première colonie de King, nommée en l'honneur de son premier habitant, Amos Armitage. Il avait été recruté par Timothy Rogers, un loyaliste du Vermont qui, en 1801, avait parcouru Yonge Street et trouvé la région attrayante ; il demanda et obtint une concession de terres représentant au total 40 fermes de 200 acres chacune (0,8 km2).
La maison John Bogart, sur l'avenue Leslie, est le plus ancien bâtiment résidentiel de Newmarket et le plus ancien immeuble résidentiel de deux étages au nord de Toronto. Construite en 1811, elle sert encore aujourd'hui d'habitation. Pendant une grande partie du XXe siècle, Newmarket se développa selon l'axe est-ouest de Davis Drive, limité à la zone comprise entre Yonge Street à l'ouest et Bayview et Leslie Street à l'est, et s'étendant d'un peu au nord de Davis jusqu'au secteur de Fairy Lake au sud. Dans les années 1950, Newmarket connut un essor de la construction en banlieue grâce à sa proximité de Toronto. La population passa de 5 000 à 11 000 habitants entre 1950 et 1970.
Au début des années 1980, le centre-ville historique d'origine souffrit du fait que la plupart des commerces s'étaient installés autour du Upper Canada Mall, avec des centres commerciaux linéaires supplémentaires apparus directement de l'autre côté des intersections au sud et au sud-est. Un effort concerté de revitalisation du centre-ville historique à la fin des années 1980 fut couronné de succès. La Ville consentit en 2004 un investissement important dans l'aménagement des rues et l'amélioration des infrastructures routières et des trottoirs du centre-ville historique. Le secteur historique de la rue Principale du centre-ville est de nouveau un point de convergence majeur de la Ville.
L'arrivée de l'autoroute 404 inversa le mouvement vers l'ouest, ramenant le développement vers l'est et englobant le hameau jusque-là distinct de Bogart town, à l'intersection de Mulock Drive et de Leslie Street. Depuis lors, Newmarket s'est considérablement agrandie, s'étoffant dans toutes les directions. Les limites de la ville s'étendent désormais de Bathurst Street à l'ouest jusqu'à l'autoroute 404 à l'est, et d'un peu au sud de Green Lane jusqu'à un peu au nord de St. John's Sideroad, absorbant l'ancien hameau d'Armitage sur Yonge Street au sud de Mulock Drive. La limite extérieure de la Ville jouxte Aurora au sud.
C'est à Newmarket que se trouve Lilcris Industries Limited, en activité depuis le milieu des années 1970. Steve Pliakes souligne avec fierté que cette entreprise est la première dans la location d'espaces industriels à Newmarket. Ayant établi qu'il existait un besoin d'espaces pour les petites entreprises dans la Ville de Newmarket, ses fondateurs entreprirent d'acheter un acre de terrain sur Twinney Drive et d'y construire un premier bâtiment de 14 000 pieds carrés comportant des unités industrielles d'environ 1 000 pieds carrés chacune. Comme on pouvait le prévoir, toutes les unités furent louées alors que la construction était encore en cours. D'autres terrains furent achetés et d'autres bâtiments construits à mesure que croissait le besoin d'espaces industriels, commerciaux et de bureaux dans cette communauté prospère. Aujourd'hui, Lilcris Industries Limited possède 6 propriétés à Newmarket, 4 à Orillia et 1 à Gormley, avec plus de 130 unités répondant à des besoins allant des petites unités d'entreposage, du commerce de détail et des bureaux de direction aux grands espaces industriels. Steve Pliakes ajoute que l'équipe interne de gestion immobilière assure une administration et un entretien attentifs et efficaces. Forts de plus de 30 ans d'expérience, ils aident les locataires éventuels à définir leurs besoins en espace.
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Défendre la cause de la Macédoine
UN MILITANT CANADIEN DES DROITS DE LA PERSONNE REFOULÉ À LA FRONTIÈRE GRECQUE
Steve Pliakes, militant macédonien de souche bien connu au Canada, a été refoulé par les agents frontaliers grecs à la frontière entre les Républiques de Macédoine et de Grèce. M. Pliakes a tenté de franchir le poste frontalier de Bogorodica-Negocani (Niki) le 6 juillet 2002 pour visiter sa terre natale.
Les agents frontaliers grecs ont informé M. Pliakes que son nom figurait sur la « liste des personnes non admissibles » de ce pays, sans pouvoir expliquer pourquoi. Ils lui ont remis un document officiel attestant que son nom est inscrit sur la « liste des personnes non admissibles » de la Grèce.
Ce n'est pas la première fois que l'entrée en Grèce est refusée à M. Pliakes. La première fois remonte à 1992 et, depuis, l'entrée en Grèce lui a été refusée cinq fois, dont en 1996, alors qu'il faisait partie de la délégation accompagnant le groupe de danse « Makedonka » de Toronto. À cette occasion, l'épouse de M. Pliakes, Lilly Pliakes, fut autorisée à entrer en Grèce avec la troupe de danse, tandis que lui dut rester en arrière.
M. Pliakes est né le 2 juin 1940 dans le village de Zeleniche (Sklithron en grec) et a émigré légalement de Grèce vers le Canada en 1952. Depuis, il n'a été autorisé à visiter son lieu de naissance que deux fois.
M. Pliakes croit avoir été inscrit sur la liste noire de la Grèce aussitôt après être devenu militant pour les droits des Macédoniens de souche en Grèce et ailleurs. En 1988, en effet, il est devenu président de l'Organisation des Macédoniens unis du Canada, organisation qui défend l'unité ethnique, culturelle et spirituelle de tous les Macédoniens de souche nés dans la Macédoine ethnogéographique ainsi que de leurs descendants. Ces deux dernières années, M. Pliakes a également été président de la cathédrale orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto.
M. Pliakes a déclaré : « Réclamer un traitement juste pour la minorité macédonienne en Grèce ne devrait pas être un crime. Par cette mesure, la Grèce s'est une fois de plus montrée l'antithèse d'un pays démocratique où l'échange ouvert de points de vue divergents est accepté et encouragé. Un tel comportement autoritaire fait de la Grèce une honte pour l'Union européenne. »
Le Mouvement macédonien des droits de la personne du Canada est actif sur les questions relatives aux droits des Macédoniens depuis 1986. Il poursuit son double rôle de défense et d'éducation partout au Canada et dans les Balkans, entre autres en mettant en lumière des cas de violations des droits de la personne ou d'injustices commises contre des membres des minorités macédoniennes dans les pays des Balkans.
Bill Nikolov – Macedonian Human Rights Movement International, 31 juillet 2002
LES VISAGES DE LA VÉRITÉ
Steve Pliakes se souvient d'innombrables événements du passé et en parle avec une éloquence remarquable, comme s'ils s'étaient produits aujourd'hui. Revenant sur sa vie en Macédoine égéenne, sur la période des premières années d'immigration et sur sa confrontation au nouveau et à l'inconnu, il fait preuve d'une connaissance approfondie des événements, des faits, de la vérité et du destin : rien n'est omis ni oublié, tout est resté dans sa mémoire.
Au fil de ces pages se détachent des événements et des faits particuliers qui composent la mosaïque du temps et de la vérité. S'agissant du héros de la monographie, Steve Pliakes, de son épouse et des autres personnes qui lui sont proches, les faits montrent qu'il s'agit d'une source d'énergie inépuisable et d'un miroir unique de la démarche de l'auteur, soucieux de présenter un récit authentique et une réalité objective.
Précisons que Steve a affronté la dure vérité dès son enfance, lorsqu'il fut témoin du « Mouvement pour la liberté » partisan macédonien, né au sein des enfants et des contrées macédoniens. C'était leur espoir de liberté, d'affirmation de soi, de survie et de persistance dans la partie égéenne de la Macédoine, où le patriotisme était puni le plus durement et où les régimes grecs employaient toutes sortes de moyens pour anéantir la moindre étincelle, pensée ou action progressiste et nationale dans leur région de la mer Égée.
Steve dit que les Grecs haïssaient les Macédoniens. Ils voulaient simplement les faire disparaître à jamais du pays. Les effacer de la carte ethnique. Il souligne qu'ils retenaient trois chefs d'accusation distincts contre les Macédoniens. Le premier était d'être communiste. Le deuxième, d'être bulgare. Et le troisième, le plus dur — celui qui vous fouille jusqu'à la pupille de l'œil — d'être macédonien.
Assurément, l'un de ces trois chefs d'accusation pouvait être imposé à quiconque. Et une fois qu'un homme se trouvait pris dans le tourbillon de la cruauté des îles grecques, ou puni en prison pour avoir seulement réclamé justice et vérité, alors, presque toujours, il n'y avait plus d'espoir de rentrer chez lui.
Témoin du malheur de son peuple, Steve, tout enfant encore, aspirait à rejoindre le Mouvement. Il souhaitait que cela advienne au plus vite. Par un enchaînement de circonstances, il était toutefois trop tard pour lui, car dès 1949 tout ce qui touchait à la conduite de la guerre et aux entreprises de libération avait pris fin. Il vit et entendit à quel point étaient terrorisés et maltraités les Macédoniens qui refusaient de devenir grecs ou de renoncer à leur code macédonien et de l'oublier. Leur langue macédonienne. La peur était grande, car les autorités grecques usaient de tous les moyens possibles pour punir la moindre pensée progressiste et anéantir la moindre idée nouvelle. C'étaient des méthodes cruelles. Jusque sous les fenêtres de leurs maisons, des indicateurs venaient écouter si l'on y parlait macédonien, si l'on y chantait une chanson macédonienne.
Même les personnes âgées étaient contraintes de suivre des cours et des écoles du soir pour apprendre le grec. Mais les Macédoniens endurèrent cet effroyable cauchemar et cette agonie avec courage, fermeté et patriotisme, sans renoncer à leur trait le plus sacré : leur identité macédonienne.
Steve Pliakes est un homme qui lit beaucoup et se tient bien informé. Il a dit un jour que l'un des plus grands commandements chrétiens énonce : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Ce commandement ne s'appliquait cependant pas au temps de Philippe et d'Alexandre de Macédoine, surtout après la bataille de Chéronée. Malheureusement, depuis lors — disons, par convention, depuis le premier Ilinden pour les Macédoniens et jusqu'à aujourd'hui —, l'antagonisme entre Macédoniens et Grecs se maintient à un niveau très élevé.
Steve Pliakes dit aussi qu'il est écrit dans la littérature que la haine comme l'amour, la foi comme le combat, la soumission comme la coopération, et les mauvaises pensées à l'égard du prochain et de tout ce qu'il possède, n'ont cessé de croître entre les deux peuples chrétiens — le grec et le macédonien.
Une part de cette vérité subsiste encore aujourd'hui, et les multiples visages de la vie de voisinage influencent parfois l'avenir de la coexistence, tandis qu'à d'autres moments ils jettent une lumière sombre sur ces chemins et les transforment en labyrinthes.
Pour étayer ce qui précède, reprenons depuis le début. Il est un fait qu'aujourd'hui la Macédoine égéenne recouvre une grande partie du sud de la Macédoine et qu'en son sein la composition nationale de la population a subi d'énormes changements ethniques, surtout après les guerres balkaniques et la partition de la Macédoine. Les Macédoniens sous domination grecque ont été, et demeurent, soumis aux tortures de l'assimilation et à l'émigration forcée, dans le seul but de modifier la composition ethnique de la Macédoine. Cela tient à ce que le peuple macédonien, par ses caractéristiques et ses coutumes, linguistiquement et ethniquement, diffère du peuple grec.
Pour cette raison, dès le tout premier instant où la bourgeoisie grecque étendit son pouvoir sur la Macédoine égéenne, elle instaura une politique d'extermination physique du peuple macédonien et de modification de la composition ethnologique à son propre avantage. Ainsi, avec l'intention d'effacer toute trace possible rappelant le caractère macédonien de la Macédoine égéenne, la bourgeoisie grecque adopta en novembre 1926 une loi donnant des noms grecs aux villages et aux villes, aux montagnes, aux champs, aux toponymes, aux rivières, et ainsi de suite. À tout ce qui subsistait de la Macédoine et du peuple macédonien.
Selon Steve Pliakes, pendant la guerre civile en Grèce, dans la période 1946-1949, on poursuivit l'exode de nombreux Macédoniens et de membres du parti communiste grec. Dès cette époque, les Macédoniens étaient considérés comme potentiellement déloyaux envers l'État grec. C'est pourquoi, le 1er octobre 1947, fut adopté un décret retirant le droit à la citoyenneté, suivi de mesures visant à les expulser de ce qui était alors la Grèce du Nord, aujourd'hui la Macédoine, mais de caractère grec.
Il est également un fait que, pendant la guerre civile en Grèce, environ 30 000 enfants âgés de 2 à 14 ans, en majorité macédoniens, furent chassés vers l'ex-Yougoslavie et d'autres pays d'Europe de l'Est. À cette époque, plus de 50 000 Macédoniens furent contraints d'émigrer en raison des représailles dures et pénibles auxquelles étaient soumis les membres de la minorité nationale macédonienne. Plus de 17 000 périrent en Grèce du Nord.
Il est aussi un fait que, le 23 août 1953, fut adopté un décret visant à coloniser les régions frontalières avec de « nouveaux colons dotés d'une saine conscience nationale ». Des Grecs s'installèrent donc dans les localités d'où les Macédoniens avaient émigré. Le même décret signifiait que de nombreux Macédoniens, réfugiés de Grèce, étaient privés de la citoyenneté grecque et voyaient leurs biens confisqués.
Steve Pliakes déclare : « En 1959, le gouvernement grec adopta une loi prévoyant des déclarations obligatoires de loyauté. Les autorités grecques exigèrent ainsi que la population des villages entourant Lerin (aujourd'hui Florina) et Kostur (aujourd'hui Kastoria) confirme publiquement qu'elle ne parlait pas la langue macédonienne. De telles mesures furent également prises à l'égard des émigrants de Macédoine égéenne en Australie et au Canada. À cela s'ajouta, en 1967, un curieux arrêté interdisant l'usage de la langue macédonienne, ce qui équivalait à un retrait de citoyenneté, ainsi que d'autres mesures d'assimilation des Macédoniens », déclare-t-il, et il poursuit.
« Il est également un fait que l'assimilation des Macédoniens par les autorités grecques se poursuit aujourd'hui encore, par le système d'enseignement. Par l'impossibilité de trouver un emploi dans quelque institution d'État que ce soit pour ceux qui se déclarent macédoniens, et par toute une nouvelle série de lois et de règlements discriminatoires à l'égard de la minorité nationale macédonienne.
Nous soulignerons par exemple la décision de 1982 relative au rapatriement des citoyens grecs et des réfugiés politiques, qui n'autorisait que les « Grecs de naissance » à rentrer en Grèce, c'est-à-dire ceux qui renonceraient à leur identité macédonienne et adopteraient des noms grecs. La loi de 1985 contient elle aussi une clause discriminatoire qui empêche les Macédoniens de la République de Grèce d'accéder au droit de propriété.
Pour couronner le tout, en 1986, le gouvernement grec a rayé l'université « Saints-Cyrille-et-Méthode » de Skopje de la liste des établissements universitaires étrangers dont les diplômes sont reconnus en Grèce, au motif que les cours y étaient donnés dans une langue qui n'était pas « internationalement reconnue », dit Steve Pliakes.
Cela montre que la négation officielle de l'existence de la minorité nationale macédonienne est demeurée constante dans la politique grecque, quel que soit le gouvernement au pouvoir : de gauche, de droite ou profasciste.
Ces derniers temps, la politique grecque se retourne une fois de plus contre les membres de la minorité nationale macédonienne. Les minorités turque, albanaise, valaque, rom et autres qui vivent en Grèce connaissent des sorts semblables. Certaines récidives de la « démocratie » grecque restent manifestes.
Selon Steve Pliakes : « Il est également un fait que la République de Grèce a refusé de reconnaître la République de Macédoine sous son nom constitutionnel, au motif que l'usage de ce nom témoignerait de ses visées territoriales sur des parties de la Macédoine grecque. Faisant pression sur la République de Macédoine, la Grèce imposa un sévère blocus commercial officieux à l'automne 1992 en fermant sa frontière avec la Macédoine en février 1994, dans le but de causer des dommages économiques, de dégrader l'infrastructure et de mettre à genoux son voisin du nord, la République de Macédoine. »
Il est un fait que la Grèce refoule avec grossièreté et de manière offensante les Macédoniens nés dans la partie égéenne de la Macédoine ou qui en sont originaires lorsqu'ils veulent entrer dans ce pays de l'Union européenne, même s'ils détiennent un passeport américain, canadien ou australien. Or tous ces citoyens du monde sont loyaux, bien connus et reconnus, et beaucoup d'entre eux sont des gens d'affaires, des acteurs culturels et des citoyens en vue dans leurs nouveaux milieux aux États-Unis, au Canada, en Australie, dans l'Union européenne et ailleurs.
Cette politique grecque envers la République de Macédoine, assortie de diverses activités diplomatiques, a ralenti le processus de sa reconnaissance internationale et contribué au précédent de son admission aux Nations unies sous un nom provisoire. Et la Grèce est forte parce qu'elle est membre de l'Union européenne.
Elle oublie cependant qu'elle n'est pas homogène sur le plan national, mais qu'elle est en réalité un pays multinational avec toutes les conséquences politiques que cela peut emporter ; qu'il lui faut accepter les règles européennes relatives au traitement des minorités et à la protection de leurs droits humains et culturels ; qu'elle est le pays d'où vient le mot « démocratie » ; qu'elle est un pays aux vastes potentiels commerciaux, culturels et autres ; qu'avec la Macédoine elle est un pays du passé, avec l'espoir qu'elle sera aussi un pays de l'avenir ; et enfin qu'elle est la voisine de la République de Macédoine, à laquelle elle devrait être le bras droit vers un lendemain meilleur », déclare Steve Pliakes.
Il nous faut souligner ici que les peuples macédonien et grec, quelles qu'aient été leurs politiques, ont toujours collaboré dans les bons comme dans les mauvais moments. Cela s'est confirmé ces dernières décennies avec la coopération croissante entre les deux pays et leurs peuples dans les domaines culturel et autres. À cet égard, de nombreuses traductions du macédonien vers le grec et inversement ont été publiées, et une grande collaboration s'est établie entre les groupes de divertissement populaire, les associations théâtrales et d'autres encore. Un grand nombre d'intellectuels grecs condamnent l'injustice politique infligée à des citoyens macédoniens connus et reconnus originaires de Macédoine égéenne. Nous devons aussi souligner l'importance du Comité Helsinki grec et des autres associations qui protègent les droits humains et autres de chaque citoyen de la République de Grèce.
La signature par la Grèce, en septembre 1997, de la Convention du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales a montré de bons signes de changements positifs progressifs dans l'attitude envers les minorités en Grèce. Cette convention conduira probablement à la disparition des motifs du refus grec du nom de la République de Macédoine et des droits de la minorité macédonienne et des autres minorités en Grèce.
C'est encore un fait que, tout récemment, la Grèce devance de loin tous les autres investisseurs étrangers ayant placé leurs capitaux en Macédoine. Ainsi, la participation d'entreprises grecques à plus de cinquante projets d'investissement pour un montant de plus de 230 millions de dollars représente, d'une part, un puissant potentiel et un redressement, et signifie d'autre part une dépendance économique de l'économie macédonienne à l'égard des investisseurs grecs.
Les bonnes relations économiques entre la République de Macédoine et la République de Grèce continuent de laisser espérer que la coopération et la politique d'investissement des deux pays se poursuivront à l'avenir.
PRÉSIDENT DES « MACÉDONIENS UNIS »
Au Canada, Steve suit de près les activités de l'une des plus anciennes et des plus reconnues des organisations d'immigrants macédoniens, les « Macédoniens unis ». Son programme et son engagement fort impressionnant incitèrent Steve à y adhérer peu après son mariage à l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto. Il en devint l'un des membres et des soutiens les plus actifs, ardent défenseur de l'affirmation de la cause macédonienne et de la communauté multiethnique macédonienne au Canada. Nombre de ses engagements, sa persévérance et ses actions concrètes ont été effectivement mis en œuvre. Cela se fait par des formes, des contenus et des moyens variés, et par des manifestations directes durant la présidence de Steve.
En 1988, lorsqu'il fut élu président des Macédoniens unis, une nouvelle page s'ouvrit sur les plans programmatique, organisationnel et événementiel. Le président, avec ses collaborateurs, ses proches par les idées et de nombreux membres fidèles, a véritablement franchi un cap. Il est un fait que Steve a déployé des efforts considérables pour renouveler l'organisation et rendre son action plus dynamique. Pour introduire des approches modernes propres à montrer et à prouver que la nation et le pays macédoniens ont des racines profondes. Que leur civilisation et leur dignité nationale sont attestées et confirmées depuis des siècles.
L'année 1988 est marquée comme très importante par deux événements majeurs, auxquels assista une délégation des « Macédoniens unis ». Le premier a déjà été mentionné : la première rencontre mondiale des enfants réfugiés dans la métropole macédonienne de Skopje. Le second eut lieu à New York, le 10 août. Un groupe de patriotes vertueux organisa alors une marche vers le bâtiment de l'assemblée mondiale — vers les Nations unies, sur l'East River. Le conseil des « Macédoniens unis » donna son accord lorsque Steve Pliakes sollicita aide et soutien. Et, de fait, ils furent le groupe de tête qui représenta les Macédoniens aux Nations unies. Le même jour, marquant 75 années tragiques depuis la partition de la Macédoine, la délégation de six membres monta au 33e étage, où elle fut reçue au Secrétariat général des Nations unies. Ils y exposèrent toute l'histoire : ils voulaient que notre Macédoine soit de nouveau unie et forme un seul tout sous le ciel du Vardar, du Pirin, de la Macédoine égéenne et de la Mala Prespa.
Au fil du temps et des activités, Steve et ses amis se sont en outre attachés à montrer et à prouver, au Canada et en Amérique, que le peuple macédonien est un peuple biblique et que ce n'est pas par hasard qu'il est mentionné plusieurs fois dans les Écritures ; que la continuité de son existence en est une preuve indélébile ; ou que ce n'est pas par hasard que le plus grand stratège et chef de guerre se nommait Alexandre de Macédoine. Migrations, guerres, violences et exodes les ont constamment poursuivis. Mais les Macédoniens étaient et demeurent macédoniens sur leur propre territoire et dans la péninsule balkanique, au flanc méridional du continent européen.
En 1991, Steve Pliakes fut de nouveau réélu président de la célèbre organisation « Macédoniens unis » du Canada. La même année, le 8 septembre est le jour le plus important de l'histoire macédonienne contemporaine. L'événement le plus important pour les Macédoniens où qu'ils soient dans le monde, eux qui avaient si longtemps attendu d'avoir leur propre pays d'origine indépendant. Le 6 septembre, en effet, se tint un référendum pour une République de Macédoine indépendante et souveraine. Après tant de guerres, de destructions dues à l'occupation et de morts indicibles, vint le jour où le peuple macédonien allait décider par lui-même — et il le fit : il décida d'être maître de lui-même.
Au référendum organisé en République de Macédoine et dans les grandes communautés d'émigrants macédoniens du monde entier, le résultat fut impressionnant. Pas moins de 96 pour cent du peuple macédonien votèrent pour un État macédonien indépendant.
Steve a parlé de la participation des émigrants macédoniens au vote au Canada. Des bureaux de scrutin furent ouverts à Toronto et à Windsor, dans les églises « Saint-Clément d'Ohrid », « Saint-Élie » et « Saint-Nicolas », ainsi qu'au parc « Macédoniens unis ». Après le dépouillement, le résultat fut plus impressionnant encore : 99 % se prononcèrent en faveur d'une Macédoine indépendante. La reconnaissance internationale suivit. La reconnaissance de la Macédoine commença par Sofia, puis vinrent Ankara, Moscou...
Les reconnaissances affluèrent du monde entier. Il était très important que les États-Unis se rangent aussi de notre côté. L'Organisation des Macédoniens unis ne disposait pas des relations américaines nécessaires ; aussi, selon Steve Pliakes, prirent-ils contact avec l'Organisation patriotique macédonienne (MPO) de Gary, en Indiana. Ils s'adressèrent à eux par ce message : « Si vous êtes, comme vous le prétendez, une organisation macédonienne, alors travaillons ensemble. »
« Nous avons préparé une résolution et nous sommes convenus d'œuvrer avec plus de vigueur à la reconnaissance de notre pays », dit Steve. Les deux organisations apposèrent leur signature sur la Résolution — Steve Pliakes pour l'Organisation des Macédoniens unis du Canada et Ivan Lebamov pour l'Organisation patriotique macédonienne des États-Unis, indiquent les annales.
À compter de ce jour, c'est-à-dire du 8 septembre, le gouvernement de la République de Macédoine et le peuple macédonien ont navigué sur leur voie souveraine et indépendante. Et nous, dit Pliakes, avons fait valoir notre cause et, jusqu'à ce jour, nous œuvrons tous pour le bien des Macédoniens, pour la prospérité de l'État macédonien. L'espoir meurt en dernier. Et nous espérons qu'un jour la Macédoine sera unie.
Sans surprise, mais ce fut pour nous un jour triste, souligne Steve, car en 1992 la Macédoine a trahi notre histoire et changé le drapeau aux seize rayons du roi Philippe et d'Alexandre de Macédoine. Nous savons sous quelle contrainte et quel chantage, dans quelles circonstances cela s'est fait. Mais il faut garder à l'esprit que la Macédoine ne sera jamais unie sans notre drapeau au soleil. Nous nous tournons avec espoir vers notre nouvel État souverain de Macédoine, mais nous devons revenir en arrière sans oublier nos racines dans la Macédoine ethnique.
Jusque dans les années 1950, les émigrants macédoniens du Canada s'organisaient au sein d'associations villageoises et de groupes régionaux, qui développaient des activités sociales et culturelles parmi leurs membres. Il existait à l'époque des organisations sous l'influence de la propagande bulgare et grecque, qui rassemblaient les Macédoniens de toutes les parties de la Macédoine.
Surtout après la Seconde Guerre mondiale, certains individus et groupes de Macédoniens du Canada et des États-Unis commencèrent à envisager sérieusement d'organiser les Macédoniens sur une base clairement nationale. Ils soulevèrent en même temps la question de la préservation de l'identité nationale macédonienne et de l'unification nationale macédonienne des immigrants macédoniens. À cette époque, un groupe de Macédoniens prit l'initiative de fonder une organisation nationale et patriotique macédonienne. Dans ce cadre, la première entreprise fut l'organisation du pique-nique de 1958, d'un succès inattendu pour ses organisateurs.
Le pique-nique d'Ilinden est devenu traditionnel et il est organisé chaque année le premier dimanche d'août. Ce pique-nique revêt une importance particulière pour la vie nationale des Macédoniens de Toronto et d'ailleurs. Il symbolise l'unité de tous les émigrants macédoniens.
Après le succès du pique-nique de 1958, le comité d'organisation décida de s'adresser aux Macédoniens par une lettre et d'expliquer pourquoi il était nécessaire de fonder une organisation nationale macédonienne qui défendrait les intérêts de tous les émigrants macédoniens d'Amérique du Nord.
Ainsi, le 28 avril 1959, une conférence macédonienne ouverte à tous les Macédoniens se tint à l'hôtel King Edward. La constitution de l'organisation y fut adoptée et il fut décidé de fonder l'Organisation des « Macédoniens unis ».
Dès l'instant de sa fondation, l'organisation « Macédoniens unis » adopta une démarche active pour régler nombre de questions et de revendications importantes revêtant une signification nationale particulière pour les émigrants macédoniens du Canada. L'une des tâches et des besoins les plus importants pour les émigrants macédoniens était la construction de plusieurs églises orthodoxes macédoniennes afin de satisfaire les besoins religieux, culturels et nationaux de l'ensemble des Macédoniens.
Les « Macédoniens unis » entreprirent un large éventail d'activités culturelles et éducatives. Cette organisation était d'ailleurs enregistrée comme organisation nationale, culturelle et éducative macédonienne. Dans ce cadre, elle apparaît comme l'organisatrice de nombreuses manifestations culturelles importantes pour les émigrants macédoniens de Toronto.
Les « Macédoniens unis », au cours de leur existence, sont parvenus à unir les Macédoniens tant sur le plan national que spirituel. L'organisation a développé de nombreuses activités dans la vie des émigrants et a su se défaire des influences de la propagande étrangère. Elle est devenue un noyau solide d'unification des émigrants macédoniens de toutes les parties de la Macédoine.
Le 16 novembre 1968, les « Macédoniens unis » entreprirent de créer leurs propres sections à Hamilton et à Windsor, au Canada, ainsi qu'à Detroit et à Columbus, aux États-Unis. Ces activités se poursuivirent lors des réunions de Detroit, le 7 juin 1969, et de Hamilton, le 17 mai 1970. Après l'élargissement de l'action de l'organisation comme organisation nationale des « Macédoniens unis pour l'Amérique du Nord », un congrès se tint à Toronto du 4 au 6 septembre 1970, au cours duquel une Résolution fut adoptée.
Les « Macédoniens unis » organisèrent de nombreuses manifestations devant les représentations consulaires grecques, bulgares et de l'ex-Yougoslavie, réclamant la protection des droits nationaux des Macédoniens dans ces pays. Cette organisation fut en outre l'un des organisateurs de la manifestation devant le siège des Nations unies, ainsi que devant l'Assemblée législative de la province d'Ontario à Toronto, réclamant la reconnaissance de la République de Macédoine. En septembre 1991, elle organisa par ailleurs un référendum pour une Macédoine souveraine et indépendante, ainsi que des collectes de fonds destinées à soutenir la Macédoine, en particulier la Macédoine du Pirin et la Mala Prespa.
Jusqu'à la fondation du cercle littéraire « Frères Miladinov », les « Macédoniens unis » furent aussi les organisateurs de la manifestation « Journées de la littérature et de l'alphabétisation macédoniennes », qui se tenait en mai et était consacrée à l'œuvre des premiers éducateurs macédoniens et panslaves, les saints Cyrille et Méthode. Cette manifestation culturelle était organisée afin de rapprocher la culture du peuple macédonien du public culturel canadien.
L'organisation « Macédoniens unis » fut également l'organisatrice des « Journées de Goce », consacrées au révolutionnaire et animateur culturel macédonien Goce Delčev. Cette manifestation fut organisée pour la première fois sous le nom de « Soirée des comitadjis de Goce » en 1972. L'intérêt pour cette manifestation n'a cessé de croître ces dernières années. En 1999, les « Macédoniens unis » célébrèrent leur 40e anniversaire. À cette occasion, le métropolite Kiril fut un invité de marque et prononça une allocution inspirée.
En février 1979, lors de l'assemblée annuelle des membres, il fut décidé d'ériger un monument aux combattants tombés pour la Macédoine. Malgré certains malentendus, le monument fut érigé devant l'église Saint-Clément-d'Ohrid et officiellement dévoilé le 26 janvier 1980. Les membres des « Macédoniens unis » se rendent à ce monument chaque année, le premier samedi d'août, à midi précis, en l'honneur d'Ilinden. Ainsi, depuis 1980, les Macédoniens déposent toujours des couronnes à ce mémorial à chaque Ilinden, le 11 octobre, lors des « Journées de Goce », des « Journées de la culture » et d'autres fêtes. Il est aussi d'usage que les prêtres célèbrent un office religieux pour tous les combattants tombés pour la Macédoine au cours de chaque année.
Au sein des « Macédoniens unis », il existait jusqu'à récemment deux écoles : l'une pour l'étude de la langue et de la littérature macédoniennes, l'autre pour l'étude du folklore et de la culture macédoniens. L'école de langue et de littérature macédoniennes n'existe plus, tandis que celle de folklore et de culture est devenue la société culturelle et artistique « Goce Delčev ».
Le groupe de danse folklorique « Goce Delčev » fut fondé en 1986 et compte parmi les groupes les plus actifs du Canada. Il a participé à presque toutes les manifestations multiculturelles de Toronto ; il a pris part aux célébrations de la fête du Canada, le 1er juillet, ainsi qu'à divers défilés et bals étudiants ; ses membres furent des invités fréquents chez les Macédoniens de Kitchener et de Hamilton ; le groupe a participé à la caravane des nations et aux manifestations dites CHIN, ainsi qu'à bien d'autres rassemblements et manifestations. En 1988, il a participé aux « Ilindenski denovi » à Bitola.
Le club de soccer « Solun », qui évoluait dans la ligue macédono-canadienne, fonctionnait par ailleurs au sein des « Macédoniens unis ». Cette organisation possède une propriété connue sous le nom de « parc macédonien », où se trouve le monastère macédonien Saint-Élie, dont la première pierre fut posée par le métropolite Kiril, invité souvent cher aux « Macédoniens unis ». Il était convié à toutes les célébrations et manifestations, et sa présence enrichissait le contenu de cette organisation nationale macédonienne.
Steve Pliakes dit donc à juste titre que l'organisation « Macédoniens unis » est le socle des perspectives de développement futur possible de l'émigration macédonienne dans la région nord-américaine — une organisation relevant du domaine national, culturel et ecclésial. Les « Macédoniens unis » furent le facteur le plus important pour unir les Macédoniens et pour présenter et promouvoir le nom, l'honneur et la gloire sacrés et inaliénables de la Macédoine. Cette organisation est la gardienne du patrimoine culturel et spirituel du peuple macédonien. C'est la première organisation nationale patriotique macédonienne, et c'est dans ses rangs et lors de ses grandes manifestations (surtout pour le grand jour d'Ilinden) que se rassemblent le plus de Macédoniens de toutes les parties de la Macédoine.
L'œuvre que les « Macédoniens unis » ont accomplie et qu'ils continuent d'enrichir et d'étendre est vaste, lumineuse et immuable. Le droit et les mérites qui reviennent à cette organisation macédonienne sont donc particuliers et très importants dans l'histoire récente des émigrants macédoniens du Canada.
PRÉSIDENT DE LA CATHÉDRALE ORTHODOXE MACÉDONIENNE « SAINT-CLÉMENT D'OHRID » DE TORONTO
Au début du nouveau siècle, en 2000, se tinrent à l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto des élections parmi les plus importantes pour le conseil. La cathédrale « Saint-Clément d'Ohrid » se dota ainsi d'un nouveau conseil de 21 membres. Fut élu président l'homme d'affaires et donateur en vue Steve Pliakes. Furent également élus au conseil : aux postes de vice-présidents, Bill Popovski et Mihajlo Dika ; comme secrétaire, Mitko Roshtankovski ; comme secrétaire adjoint, le docteur Andy Plukovski ; et comme trésoriers, Danny Globochki et Ilya Shuklinovski. Outre le bureau exécutif, 10 membres furent élus au conseil.
La nouvelle direction, conduite par Steve Pliakes, s'employa dans son programme à affirmer la communauté macédonienne à Toronto et au-delà, à raviver les activités de toutes les sections existantes, à former un comité chargé du travail auprès des jeunes, à coopérer avec le Synode de l'Église orthodoxe macédonienne, à intensifier les activités d'information et d'éducation, et à préparer et imprimer les statuts de « Saint-Clément d'Ohrid ».
L'église dont Steve Pliakes fut président de 2000 à 2002 est le pivot de la plupart des activités que les Macédoniens développent à Toronto et au-delà, et un motif de plus d'exprimer l'amour et le respect pour leur pays natal, la Macédoine. L'église Saint-Clément-d'Ohrid est le plus grand centre des Macédoniens venus de toutes les parties de la Macédoine. C'est un lieu d'amitié pour les Macédoniens de sept à soixante-dix-sept ans. Autrement dit, c'est un centre macédonien pour les générations à venir.
L'initiative de fonder la communauté ecclésiale macédonienne et d'en construire l'église naquit lors du quatrième pique-nique d'Ilinden de l'Organisation nationale « Macédoniens unis », tenu le 29 juillet 1962. Ce fut l'expression du profond amour pour le pays des ancêtres, la Macédoine, que tout expatrié porte au fond du cœur. Plus de huit mille Macédoniens de Toronto et des environs se rassemblèrent dans le secteur de Don Mills. Ce pique-nique suscita une grande émotion chez tous les présents, car pour la première fois se trouvait à Toronto un évêque macédonien — l'évêque du diocèse de Zletovo et de Strumica, Son Éminence Naum. Avec le très révérend père Kiril Stojanovski, ils s'adressèrent aux personnes présentes et célébrèrent un office commémoratif en langue maternelle macédonienne. Ce fut une expérience inoubliable qui laissa des traces positives dans la vie religieuse des Macédoniens. On dit donc à juste titre que cette rencontre lors de la célébration organisée d'Ilinden signifia la foi, le désir, l'unité et l'amour de la patrie pour les immigrants macédoniens de Toronto et des environs. Plus tard, avec le rétablissement de l'Archevêché d'Ohrid, une étincelle jaillit pour la vie religieuse et nationale séculaire du peuple macédonien.
Lors du grand rassemblement tenu le 7 août 1962 à l'hôtel « King Edward », il fut cependant décidé de construire une église qui porterait le nom de Saint-Clément-d'Ohrid. L'expatrié en vue Spiro Sanders, du village de Zhelevo, région de Lerin, fut désigné président, tandis que Kosta Andrus et Paul Bazel-Vasilevski furent élus vice-présidents. Le conseil d'administration comprenait en outre Peter Floroff et Dan Pappas comme secrétaires, Mike Neshevich et Paul George furent élus trésoriers, et le conseil de surveillance comptait : Jim Sanders, Stevo Todorovski, Van Petroff, Viktor Paskaloff, John Cervenko, Blagoja Todorovski et Louis Misios.
Plusieurs centaines d'immigrants macédoniens assistèrent à la cérémonie, ainsi que l'évêque du diocèse de Zletovo et de Strumica, Son Éminence Naum, et le très révérend Kiril Stojanovski. Ils furent les premiers missionnaires ecclésiaux et nationaux macédoniens dans la plus grande colonie macédonienne du Canada et célébrèrent pour la première fois, le 12 août 1962, dans la salle de Zhelevo à Toronto, à la fois un office religieux en langue macédonienne et le premier baptême. Ce fut un événement qui demeure dans les mémoires et qui est inscrit en lettres capitales dans l'histoire de la communauté ecclésiale.
Parmi les dates les plus importantes et les plus marquantes de la communauté ecclésiale de Saint-Clément-d'Ohrid figure bien sûr le 12 décembre 1962, jour où l'église fut enregistrée auprès des autorités canadiennes et où le document correspondant fut envoyé à de nombreuses familles macédoniennes. Le but était de relever le moral et la confiance des émigrants macédoniens, quelle que fût la partie de la Macédoine dont ils venaient, eux qui, sans faute de leur part, avaient satisfait leurs besoins religieux dans des temples non macédoniens, dont la plupart avaient précisément été bâtis grâce au soutien financier des Macédoniens, en particulier de ceux de Macédoine égéenne.
Les activités des membres de la communauté ecclésiale nouvellement formée et de l'organisation « Macédoniens unis » se firent de jour en jour plus intenses et plus décisives pour réaliser la grande idée d'une Église orthodoxe macédonienne à eux. En l'espace de deux ans, ils réunirent ainsi une somme importante et achetèrent un terrain pour le futur temple dans le quartier central et cossu de Thorncliffe Park, à East York, ville jumelée avec Skopje. Aussi, le 5 avril 1964, sur ce lopin de terre sacré pour les Macédoniens, en présence de plus de 500 personnes, d'amis des Macédoniens et de représentants municipaux de la communauté de Leaside, la première pierre de l'église fut posée. À cette occasion, une inscription particulière portant les noms de tous les membres du conseil de l'église et leurs lieux de naissance en Macédoine fut rédigée en macédonien et en anglais, placée dans un coffret spécial et déposée elle aussi. Le modèle du peintre Peter Stoyanoff, de Zhelevo, région de Lerin, qui avait proposé l'image de l'actuelle cathédrale, servit de projet.
Un an plus tard, le 18 avril 1965, l'archevêque d'Ohrid et de Skopje et premier métropolite macédonien, Dositej, avec l'évêque de l'évêché de Zletovo et de Strumica, Naum, les très révérends Nestor Popovski et Atanas Popov, ainsi que l'archidiacre métropolite Kiril du diocèse de Polog et de Kumanovo, consacrèrent le temple de Saint-Clément-d'Ohrid en présence de plusieurs centaines d'immigrants macédoniens venus de toutes les parties de la Macédoine.
Avec l'ouverture de la communauté ecclésiale, les immigrants macédoniens commencèrent à vivre leur propre vie religieuse macédonienne. Chaque année, leur vie religieuse est plus riche, plus variée, plus importante, plus consciente d'elle-même et plus attirante. Car c'est un lieu ouvert à tous les nouveaux venus. Les Macédoniens de tous les quartiers de Toronto s'y rendent pour prier devant l'autel de Dieu pour la vie et la santé, la réussite et le bonheur. Les offices religieux réunissent beaucoup de monde, et les mariages et les baptêmes enrichissent l'âme des Macédoniens : ils sont le meilleur indice que la communauté ethnique macédonienne a progressé et qu'elle devient plus nombreuse et plus développée. Bien que le peuple macédonien soit divisé en plusieurs parties dans sa patrie d'origine, bien que le destin l'ait dispersé sur bien des méridiens, ici au moins, à Toronto, il se retrouve rassemblé en un seul lieu.
Au fil des années écoulées, l'église orthodoxe macédonienne Saint-Clément-d'Ohrid est devenue un second foyer pour de nombreux immigrants macédoniens. La communauté ecclésiale compte des membres qui aident et donnent, beaucoup d'enthousiastes dont un grand nombre ne veulent même pas que leur nom soit mentionné, et qui travaillent et contribuent avec un amour et une ardeur intenses. Ils le font parce qu'ils croient en leur cause et en la bonté de tous ceux qui gardent fièrement la tête haute et le cœur plein, et ils parlent avec une vive admiration du chemin parcouru par les Macédoniens pour parvenir à disposer aujourd'hui de tels édifices nationaux et de réalisations aussi impressionnantes.
Les activités de ce temple sont remarquables, magnifiques, durables. L'église a accueilli de nombreux congrès, rassemblements, actions caritatives et humanitaires, rencontres de jeunes et réunions internationales. Dans les trois salles de l'église, on donne des pièces de théâtre, on chante, on danse les danses macédoniennes et l'on conserve la langue maternelle macédonienne. C'est ici que les enfants apprennent les premières lettres de l'alphabet cyrillique, celui que les Macédoniens lisent, écrivent et étudient dans leur pays et dans le monde entier.
Dans l'église Saint-Clément-d'Ohrid eut lieu, le 1er août 1969, l'intronisation du nouvel évêque Kiril du diocèse américano-canado-australo-macédonien nouvellement créé. Cet événement est inscrit en lettres capitales dans l'histoire de l'Église orthodoxe macédonienne de la diaspora. Puis, en octobre de la même année, se tint dans ce temple la première assemblée diocésaine, tandis qu'en septembre 1975 il accueillit le premier congrès de l'évêché, manifestation que les communautés ecclésiales du Canada et des États-Unis organisent depuis plus de quatre décennies.
Au sein de l'église Saint-Clément-d'Ohrid, plusieurs associations et sections sont actives et apportent une grande contribution à l'ensemble de la vie communautaire ; elles affirment la communauté macédonienne à Toronto, au Canada et au-delà, et ajoutent par là à la gloire de la Macédoine. Ce sont : l'Auxiliaire des dames, le groupe folklorique « Makedonka », l'association littéraire « Braka Miladinovci », la chorale de l'église, le club de théâtre, l'association de jeunesse avec ses clubs de récitation, d'histoire-géographie, d'échecs et de sport, l'école du dimanche macédonienne, les clubs de retraités et d'autres sections.
Il semble toutefois que l'activité du groupe folklorique « Makedonka » joue un rôle particulier dans l'ensemble de la vie des jeunes générations macédoniennes de Toronto et d'ailleurs. Depuis sa fondation en avril 1960 jusqu'à ce jour, il est la pépinière des jeunes d'origine macédonienne qui font connaître et représentent le riche folklore macédonien au Canada et dans le monde entier. On dit donc à juste titre que « Makedonka » est l'ambassadeur de la danse et du chant du peuple macédonien et de la Macédoine.
PRÉSIDENT DU COMITÉ OLYMPIQUE
Le nom et l'œuvre de Steve Pliakes sont étroitement liés aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004 et de Pékin en 2008. Il fut l'un des principaux commanditaires des athlètes macédoniens. Auparavant, en raison de ses activités et de sa contribution auprès des athlètes macédoniens du Canada, Steve Pliakes avait été élu président du Comité olympique des Macédoniens du Canada.
Pour les Jeux olympiques d'Athènes, Steve fit des préparatifs particuliers, car il devait se rendre dans le pays de ses racines ancestrales. Au village olympique d'Athènes, en effet, parmi les autres athlètes du monde, étaient logés les olympiens de Macédoine défendant les couleurs de notre pays. Ils étaient conduits par le secrétaire général et directeur du Comité olympique macédonien Zoran Gapich et par Nase Nasev, et y séjournèrent du 13 au 29 août 2004.
À Athènes, la Macédoine fut représentée par dix olympiens dans cinq disciplines sportives. Les nageurs étaient les plus nombreux, mais pour tous les quatre ces Jeux n'étaient pas une première expérience du genre. Vesna Stojanovska, Alexander Miladinovski et Zoran Lazarevski avaient également nagé à Sydney, tandis qu'Aleksandar Malenko revenait aux Jeux après une interruption de huit ans, à la suite de ses performances aux Jeux olympiques d'Atlanta en 1996. Concoururent ensuite le kayakiste Laze Popovski, les athlètes Alexandra Vojneski et Vane Stojanov, Divna Pesich à la carabine à air comprimé, et les lutteurs Mohammed Ibragimov et Shihamir Osmanov, ainsi que les arbitres de handball Marjan et Dragan Nacevski.
Le drapeau macédonien fut hissé au village olympique le jour d'Ilinden, comme prévu, et la Macédoine faisait partie de la Maison olympique balkanique. Le porte-drapeau à la cérémonie d'ouverture était Steve Pliakes.
Les Jeux olympiques sont une grande manifestation internationale réunissant sports d'été et d'hiver, à laquelle des milliers d'athlètes prennent part dans diverses épreuves. Les Jeux sont considérés comme la plus grande compétition sportive au monde, avec la participation de plus de 200 pays. De nos jours, les Jeux olympiques ont lieu tous les deux ans, en alternant Jeux d'hiver et Jeux d'été. Il est intéressant de mentionner que les premiers Jeux olympiques se tinrent à Olympie, en Grèce, au VIIIe siècle av. J.-C., mais que les Macédoniens ne furent pas autorisés à y participer pour plusieurs raisons. Seul Alexandre III de Macédoine prit part aux Jeux.
D'après les données historiques, le Comité international olympique (CIO) fut créé en 1894, lorsque cette institution devint l'organe exécutif du Mouvement olympique. Les Jeux olympiques furent ensuite rétablis en 1896. Les guerres mondiales entraînèrent cependant l'annulation des Jeux en 1916, 1940 et 1944. En outre, d'importantes protestations pendant la guerre froide conduisirent à une participation limitée aux Jeux de 1980 et de 1984.
Le Mouvement olympique se compose des fédérations sportives internationales, des comités olympiques nationaux et des comités d'organisation de chaque édition des Jeux. La célébration comporte de nombreux rituels et symboles, ainsi que les cérémonies d'ouverture et de clôture. Le nombre de participants dépasse 13 000 athlètes concourant aux Jeux d'été et d'hiver dans 33 sports différents et 400 épreuves. Les trois premiers athlètes de chaque épreuve reçoivent des médailles olympiques : l'or pour la première place, l'argent pour la deuxième et le bronze pour la troisième.
Les Jeux ont pris une telle ampleur que presque toutes les nations y concourent ; aussi la Macédoine, État souverain et indépendant, figure-t-elle parmi les pays participant aux Jeux olympiques. Tous les deux ans, l'exposition médiatique des Jeux permet à des athlètes moins connus d'acquérir une renommée nationale et, dans certains cas, internationale. Les Jeux représentent aussi une occasion majeure pour la ville hôte de montrer au monde entier ce qu'elle a de meilleur.
Les Jeux olympiques d'été de 2004 se tinrent dans la capitale de la Grèce, Athènes, berceau des Jeux modernes, ce qui représenta un grand défi pour Steve Pliakes. Il avait le désir, après Alexandre III de Macédoine, de prendre part lui aussi aux Jeux olympiques d'Athènes.
Aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004 participèrent 202 pays de tous les coins du monde et 5 501 équipes. Les athlètes remportèrent 301 médailles dans 28 sports différents. C'était la deuxième fois qu'Athènes avait l'honneur d'accueillir les Jeux modernes. La première remontait à 1896.
Au village olympique d'Athènes étaient logés les athlètes de Macédoine qui défendaient les couleurs de notre pays, parmi les autres athlètes du monde. Ils étaient conduits par le secrétaire général et directeur du Comité olympique macédonien, Zoran Gapich, et par Nase Nasev, et y séjournèrent du 13 au 29 août 2004.
Steve Pliakes gagna les Jeux olympiques d'Athènes via Vienne et entra dans son pays natal sans le moindre problème, malgré le fait qu'il lui était interdit de s'y rendre. Heureusement, et comme convenu avec Nase Nasev, l'arrivée de Lilly et de Steve Pliakes, principaux commanditaires des Jeux olympiques d'Athènes, fut marquée par un accueil grandiose et chaleureux.
Le jour de l'ouverture des Jeux, on remit à Steve le drapeau macédonien et il se plaça devant l'équipe olympique macédonienne, submergé par l'émotion. Après l'annonce de l'équipe macédonienne, Steve entra le premier dans le stade. Ses mains tremblaient d'émotion tandis qu'il portait le drapeau macédonien dans sa patrie, mais il le tenait fermement et avançait fièrement. Il porta le drapeau jusqu'à la fin de la cérémonie d'ouverture des Jeux.
Ces instants de joie, d'émotion, de fierté et de plaisir sont demeurés dans les souvenirs durables de Steve Pliakes. Aussi, après les Jeux olympiques d'Athènes, Steve Pliakes déclara-t-il qu'en ces instants il était le Macédonien le plus heureux du monde.
Précisons que les Jeux olympiques d'Athènes en 2004 furent jugés très réussis, la sécurité et l'organisation ayant été excellentes et seuls quelques visiteurs ayant signalé des difficultés mineures, liées pour l'essentiel au transport ou à l'hébergement. Le seul problème notable fut la faible affluence aux tours préliminaires.
Steve Pliakes fut aussi la personne qui porta le drapeau macédonien en 2008 aux Jeux olympiques de Pékin, capitale de la République populaire de Chine. C'est l'une des villes les plus peuplées du monde, avec environ vingt millions d'habitants en 2010. Pékin est le centre politique, culturel et éducatif du pays et abrite les plus grandes entreprises d'État de Chine. Cette métropole se situe dans le nord de la Chine et est organisée politiquement comme une municipalité placée sous l'administration directe du gouvernement.
Pékin est un nœud de transport majeur du pays, doté de nombreuses lignes ferroviaires et routières, et où le seul métro transporte deux millions de passagers par jour. C'est une métropole reliée par des liaisons aériennes directes au reste du monde, où la famille Pliakes arriva pour les Jeux olympiques.
Selon les mots de Steve Pliakes, Pékin est l'une des quatre grandes capitales anciennes de la Chine. La ville fut pendant des siècles au cœur de l'histoire chinoise et compte donc de nombreux monuments de différentes époques historiques, tous d'une valeur nationale. La ville est connue pour ses palais, ses temples et ses grandes murailles et portes de pierre. Ses trésors artistiques et ses universités ont fait de cette ville un centre culturel du peuple chinois, tant à travers l'histoire qu'aujourd'hui.
Les Jeux de Pékin furent un grand défi pour Steve Pliakes. Là, comme l'un des principaux commanditaires des athlètes macédoniens, il exprima à travers eux son profond amour pour le pays de ses ancêtres, la Macédoine. Porter le drapeau macédonien aux Jeux olympiques de Pékin, comme il l'avait fait à Athènes, fut un moment intense pour Steve et sa famille, et lui valut de nombreux hommages et distinctions. Pour Steve Pliakes, porter le drapeau macédonien restera une expérience inoubliable et unique.
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Sur la route d'Alexandre le Grand
Sur les traces d'Alexandre le Grand, par Steve Pliakes
Après trois années de préparation, d'étude et de rêves autour de ce voyage, le commencement du rêve devint enfin réalité. Le 25 juillet 1995, Michael Keathley et moi atterrissions à l'aéroport de l'ancienne capitale du Pakistan, Rawalpindi. Une petite bruine tombait ; il était environ 9 heures du matin. Nous ignorions que c'était la saison de la mousson dans cette partie du monde. Nous avions le sentiment que tout était sous contrôle.
Nous avions un billet prépayé de Pindi à Gilgit, soit un vol de 700 kilomètres. Nous prîmes un taxi jusqu'au bureau de la compagnie aérienne pakistanaise. Là, à notre surprise, nous apprîmes que tous les vols vers Gilgit ou la vallée de Chitral étaient annulés. Nous demandâmes si nous pouvions embarquer le lendemain et l'on nous répondit d'être à leur bureau à 11 heures du matin, et que l'on verrait, si le temps le permettait. Déçus, nous demandâmes au chauffeur de nous conduire à un hôtel. En arrivant à l'hôtel, nous remarquâmes qu'il n'y avait aucune femme dans le hall ni nulle part dans la rue. Nous nous rappelons que dans l'avion, les femmes montées à Manchester, en Angleterre, étaient habillées de façon décontractée et que, à l'approche de l'atterrissage, elles se rendirent toutes aux toilettes et revêtirent la tenue musulmane, chargées de bijoux de la tête aux pieds. Les hommes portaient des pantalons très amples et bouffants et une chemise ou une tunique tombant de l'épaule jusque sous le genou.
Notre première rencontre avec une autre culture eut lieu avec le gérant de l'hôtel. Nous demandâmes s'il avait une chambre pour deux ; oh oui, répondit-il, ce serait trente dollars américains, mais pourquoi ne prendriez-vous pas d'abord un petit-déjeuner, et nous préparerons la chambre entre-temps. Après le petit-déjeuner, le gérant dit que la chambre qu'il croyait disponible ne l'était pas, mais qu'il en avait une meilleure à 38,00 dollars américains. Très bien, dîmes-nous, et nous l'acceptâmes.
Après nous être reposés, nous décidâmes de sortir faire un tour. Les rues étaient très animées, la circulation allait dans tous les sens — voitures, calèches, bicyclettes et piétons —, un embouteillage permanent, mais personne n'a d'accident et il semble aussi que personne ne s'écarte pour laisser passer qui que ce soit. De petites voitures Suzuki partout, mais aucun mendiant ; gardez à l'esprit qu'il s'agit à peu près du centre du Pakistan. Si l'on descend vers le sud, où la population est énorme, on trouverait, m'a-t-on dit, des mendiants et des voleurs. Les hommes étaient très polis, tous vêtus de la même façon, et je veux dire exactement de la même façon. Rien que des hommes, partout, jeunes et vieux, mais pas une femme.
Le niveau de vie est très bas, mais il est le même pour tous, de sorte que personne ne se sent lésé. Nous étions heureux d'avoir reçu tous les vaccins avant de partir. Je crois que c'est la seule chose qui nous ait préservés. Les choses ne sont pas très propres, il n'existe aucune aide publique d'aucune sorte et la scolarité n'est gratuite que jusqu'à la troisième année. Pas d'alcool d'aucune sorte, c'est purement et simplement illégal, ni aucune autre drogue. Mais la seule et unique drogue, ce sont les cigarettes, et elles sont exploitées à coups de publicité.
Le lendemain, sachant que l'aéroport était de nouveau fermé, nous louâmes un taxi privé pour nous emmener à Gilgit. À environ 300 km de route, la circulation s'immobilisa. Nous allâmes voir et, à notre triste surprise, la montagne s'était éboulée et la route était coupée par de gros rochers et de la boue. Nous demandâmes aux militaires quand la route serait dégagée ; ils nous répondirent : pas avant deux jours au moins. Je sortis donc ma caméra et me mis à jouer les touristes. Le paysage était spectaculaire, tout simplement magnifique. Des montagnes vertigineuses avec une rivière impétueuse au fond de la gorge. Des gens partout ; certains décidèrent de passer l'éboulement à pied et de poursuivre vers leur destination. Nous décidâmes de faire demi-tour, faute de mieux savoir.
Nous rebroussâmes chemin ; nous étions furieux, en colère, très en colère. Nous nous croyions perdus : retour à Pindi, de nouveau sans vols, sans routes. Le lendemain — deux jours plus tard, donc —, après le petit-déjeuner, nous nous rendîmes dans un bureau du gouvernement pakistanais. Nous y racontâmes notre histoire et le but de notre voyage. L'homme fut très aimable ; il nous dit d'oublier l'avion, car même si le ciel se dégageait brièvement, les fonctionnaires embarqueraient les premiers et, comme aucun vol n'était parti depuis une semaine, une file d'attente s'était accumulée. Prenez un 4x4, c'est-à-dire une jeep, ou restez ici pour toute la durée de vos vacances. Merci à Visa, plus 20 % pour son usage, car nous n'avions pas d'American Express et ils n'acceptaient aucune autre carte ni chèque de voyage. Nous fixâmes un autre itinéraire : au lieu d'aller d'abord dans la vallée de Hunza, nous irions vers l'ouest, dans la vallée de Chitral, à la rencontre du peuple kalash. C'était la destination parfaite, car j'avais beaucoup lu sur les Kalash.
Le premier point d'intérêt sur la route de la vallée de Chitral nous fut indiqué par le chauffeur : la route construite par Alexandre le Grand et son armée. Cette route allait de Kaboul, en Afghanistan, à Calcutta, en Inde. Nous nous arrêtâmes pour prendre des photos et je marchai sur les pas mêmes d'Alexandre. Je fus très ému : 2 300 ans plus tard, les premiers Macédoniens, Steve Pliakes et Michael Keathley, se sentaient une part d'Alexandre. Il faut y être pour ressentir ces émotions.
Alors que nous poursuivions notre voyage, le chauffeur nous montra encore l'un des cols étroits qu'Alexandre avait empruntés. Ce col s'appelait le col de Malakand, et non loin se trouvait la passe de Khyber. Ce sont des sentiers de montagne ; par endroits ils sont pavés, mais la plupart ne dépassent pas quatre pieds de large. Mais la route bâtie par l'armée d'Alexandre le Grand était solide. Je crois que les Macédoniens furent les premiers constructeurs de routes — et comment une armée pourrait-elle voyager autrement ? La plus grande partie de cette route a été pillée et il n'en subsiste que de petits tronçons intacts.
Les gens de ces régions du pays sont très travailleurs. Ils prennent la montagne et la transforment peu à peu en belles terrasses et en champs luxuriants. De plus, les méthodes d'adduction d'eau qu'ils emploient sont extraordinaires. Chaque village et chaque foyer dispose de l'eau jusque chez lui. Le tout par des procédés d'ingénierie détournant la rivière et créant ces aqueducs.
En regardant ces gens de plus près, ils ont les yeux bleus et le teint clair. Ils sont totalement différents des Pakistanais musulmans ; en fait, ils ne veulent pas qu'on les appelle Pakistanais, parce qu'ils ne le sont pas — ils nous l'ont déclaré. Michael et moi plaisantions même pour savoir lequel de ces hommes était notre frère. Comme la journée touchait à sa fin, nous décidâmes de passer la nuit dans une localité appelée Dir. À notre étonnement, d'autres de nos frères et sœurs étaient de nouveau visibles. Nous parcourûmes la rue principale de Dir. Nous y vîmes les petites échoppes où les gens vendaient tout ce qu'ils pouvaient vendre. Au restaurant, nous prîmes du thé de montagne et un pain fin appelé chapati, un pain plat et bombé au milieu. En Orient, on l'appelle pain pita. On nous servit aussi du yaourt — que j'appelle de la crème sure — et une délicieuse assiette de concombres, de yaourt et d'ail.
Le lendemain matin, en route pour Chitral, une ville et une vallée du même nom. Il y avait environ 100 km jusqu'à Chitral, une région très reculée, sans route au sens où nous l'entendons. Une rivière qui coule, des rochers qui tombent, des cours d'eau à traverser et qui bloquent la route. Je comprends maintenant comment ces gens sont restés isolés. Nous montâmes jusqu'à une altitude de 10 500 pieds. Il faisait froid et venteux, et l'on ne pouvait se tenir au bord de la route de peur d'être emporté.
Les gens vivent et tirent leur subsistance des montagnes. Nous nous arrêtâmes pour le thé chez une famille qui y vivait et travaillait. Nous achetâmes aussi du fromage de chèvre pour la longue route. Nous ne roulions pas à plus de 10 à 20 km/h.
Nous atteignîmes la vallée de Chitral. Elle est magnifique. La rivière coule au milieu de la vallée. Les gens ont le teint très clair et les yeux bleus ; il faut dire qu'il y avait aussi des personnes plus brunes parmi les plus claires, ou Kalash comme ils se nomment eux-mêmes. Malheureusement, la civilisation qui gagne du terrain n'est pas toujours une bonne chose pour certaines populations et certaines régions du monde. Mais ils doivent accepter le changement et, à mesure qu'il vient, nous perdons l'innocence et les anciennes traditions. Pour ce qui est de Michael et de moi, nous sommes venus ici juste à temps. Les premiers Macédoniens et, espérons-le, pas les derniers.
Chaque jour, je consignais mes observations, à mesure que nous étions témoins de tout. Tôt le lendemain matin, le 29 juillet 1995 précisément, nous quittons Chitral pour une autre vallée appelée vallée de Kalash. Il fallut deux heures et demie, sur la route la plus périlleuse que l'on puisse imaginer. Encore une fois, ce ne sont pas des routes, mais des sentiers à chèvres. Sans la jeep, nous ne serions jamais arrivés nulle part. Des pierres jonchaient la route, il en tombait de partout, c'était très effrayant. À un moment, notre chauffeur, un musulman, demanda s'il pouvait arrêter la jeep pour prier. Nous acceptâmes et lui demandâmes même de prier pour nous tous. À l'approche de la vallée de Kalash, un fonctionnaire nous arrêta et nous demanda de consigner le but de notre voyage, le numéro de passeport et la durée de notre séjour. Naturellement, il fallut le payer. On nous dit qu'il s'agissait d'un territoire frontalier et que les habitants n'aimaient pas les Pakistanais ; nous obéîmes donc aux instructions.
En entrant dans la vallée de Kalash, nous pûmes voir la beauté qui s'offrait à nous. Le paysage luxuriant, les rivières qui coulent et se rejoignent, les arbres fruitiers — surtout des abricotiers, des pruniers, des mûriers et des vignes. Les légumes qui poussent partout. Ils font deux récoltes par an sur les mêmes parcelles, ce qui leur permet de subsister malgré le manque de terres. Pour créer une parcelle, ils doivent d'abord en retirer toutes les pierres et bâtir un muret de pierre à l'horizontale afin d'éviter l'érosion du sol ; vient ensuite le lent travail de plantation, l'herbe d'abord, pour retenir la couche arable. Pendant tout ce temps, il faut construire un aqueduc pour irriguer le sol, puis on bâtit une maison pour loger le reste de la famille. Nous fûmes accueillis par un jeune homme nommé Dawoo, qui parlait anglais. Il nous conduisit au cimetière et nous montra leur manière d'inhumer les morts. Il dit qu'il y a encore une cinquantaine d'années environ, on déposait le cercueil à même le sol. C'était une coutume venue d'Afghanistan, mais récemment ils enterrent leurs morts sous terre.
Il nous montra un lieu où ils se rassemblent lors de leurs fêtes. Un espace ouvert doté d'un toit. C'est pour l'été. Ils y dansent et se font la cour. Il y avait de nombreuses sculptures sur des poteaux ou des piliers de bois. Nous vîmes sur ces sculptures la fleur macédonienne, le zdravets, bien que cette fleur ne pousse nulle part dans la vallée de Kalash ni dans celle de Hunza.
Nous nous rendîmes à leur lieu de culte. Une salle fermée, de nouveau ornée de sculptures sur les murs et les poteaux, toujours les mêmes, et aussi des figures du soleil rayonnant, le drapeau d'Alexandre. Nous demandâmes quelle religion ils pratiquaient et ils répondirent qu'ils croient en Dieu et que, si l'on est bon dans cette vie, on monte vers un lieu magnifique, et si l'on est mauvais, on descend vers de mauvais lieux et l'on souffre à jamais. Ils ne sont pas Pakistanais et ils n'aiment même pas les Pakistanais. Dans leur lieu de culte, j'ai bel et bien vu des signes de croix ; ici on ne prie pas, on chante et on danse. Notre promenade achevée, nous nous arrêtâmes enfin pour nous reposer et manger un peu. Tout en parlant et en mangeant, nous apprîmes que leurs anciens et des étrangers leur avaient parlé d'Alexandre le Grand. On leur avait aussi parlé de leurs yeux bleus et de leur teint clair, et dit qu'ils étaient les descendants d'Alexandre le Grand. Dans tous les pays conquis par Alexandre vivaient des Macédoniens. Je leur demandai s'ils savaient où Alexandre était enterré et ils répondirent : peut-être à Bagdad.
Chaque semaine, ils organisent des danses dans différents villages. La vallée de Kalash compte trois villages. Ce soir-là, on nous demanda si nous voulions aller danser dans leur village. Bien sûr, nous acceptâmes et, vers vingt et une heures, nous arrivâmes dans une cour ouverte où se déroulait la danse. Seules les jeunes filles non mariées dansent, de huit à quinze ou seize ans environ. Elles dansent toutes comme tous les Macédoniens : dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, avec un meneur et une personne en queue de file. Toutes épaule contre épaule, les bras tendus. Les plus jeunes filles au centre de l'oro, réparties par groupes, et les plus âgées à l'extérieur. Les hommes ne font qu'observer. Je dois préciser qu'il n'y a ni droit d'entrée ni aucun commerce : tout est très innocent. Toutes les filles portaient leurs plus beaux costumes. De superbes broderies et coiffes. L'orchestre se composait de deux joueurs de tambour, l'un petit et l'autre plus grand. Les tambourinaires chantaient et frappaient leurs tambours. Les filles chantaient et dansaient. Les hommes dansent le jour, m'a-t-on dit. La danse dura jusque vers minuit ou une heure du matin, et au travail le lendemain matin.
Le lendemain matin, nous retournâmes à leur temple, bien que ce ne soit pas ainsi qu'ils l'appellent. Nous prîmes encore quelques photos, puis en route vers une autre vallée et d'autres gens à rencontrer. Mais il fallut reprendre la même route, elle était affreuse. C'est alors que me revint à l'esprit le film « Les Horizons perdus » et Shangri-La. Dans le film, c'étaient des tempêtes de neige et des blizzards ; pour nous, c'étaient des rochers et des crues.
En route vers Hunza, en suivant la chaîne de montagnes appelée Hindou Kouch. Nous arrivâmes à un vieux fort d'environ 300 à 400 ans nommé Massooch. Nous y rencontrâmes le propriétaire du domaine, qui était prince avant que le Pakistan ne leur retire leur titre et n'en fasse de simples citoyens. Nous parlâmes de religion et, surtout, d'Alexandre le Grand. Il nous dit que tout jeune homme, en grandissant, veut être aussi sage et fort qu'Alexandre. Ils l'étudient même à l'école, et il nous confia qu'il se sentait descendant d'Alexandre de Macédoine, qui avait conquis Athènes, l'Égypte, la Perse, l'Afghanistan et jusqu'aux actuels Pakistan et Inde. Après environ quatre tasses de thé de montagne, nous regagnâmes notre tente pour la nuit. Le lendemain matin, je découvris que les chiens avaient rongé l'une de mes chaussures. Le petit-déjeuner fut des œufs brouillés et du thé. De nouveau sur la route. Quelle route : 10 km/h fut la vitesse la plus élevée encore une journée durant.
Nous suivons la chaîne de l'Hindou Kouch, la rivière Gilgit coulant au milieu entre les deux versants. Le premier arrêt fut à un hôtel sur la route de Gilgit. L'hôtel se composait de trois tentes : une pour le personnel et deux pour les clients. Les installations sanitaires : la rivière. Pour le déjeuner, nous eûmes deux petits poissons de la taille d'un éperlan, du pain plat, une soupe de maïs et du thé. Après quelques heures de route, nous nous arrêtâmes au bord de la rivière pour nous laver le visage. L'eau était si froide que dix minutes dedans vous auraient tué. Nous repartîmes en cahotant à 10 ou 20 km/h, plus ou moins, jusqu'à l'arrêt suivant. En chemin, nous trouvâmes des garçons en train de pêcher. Nous achetâmes du poisson au fur et à mesure jusqu'à en avoir une dizaine. Nous finîmes par trouver où loger, une cabane sans électricité, bien entendu. Le chauffeur fit cuire le poisson que nous avions acheté. Nous achetâmes aussi des concombres et des tomates, et nous bûmes la meilleure boisson qui soit, du thé de montagne. Tandis que je rédige ce compte rendu, trois jeunes garçons nous observent en se demandant ce que nous faisons ici, sur leur terre ; mais il nous faut repartir après une nuit de sommeil. Je suppose que toutes les bonnes choses de la vie se paient cher, physiquement et financièrement, pour être vues ou ressenties.
De nouveau sur la route. Les monts de l'Hindou Kouch deviennent maintenant le Karakoram. Vue spectaculaire comme toujours, et la route s'appelle la route du Karakoram, construite par la Chine et le Pakistan. Nous atteignons enfin Gilgit et nous reposons au Chinar Inn. Nous commandâmes enfin une canette de bière chacun, fraîche et délicieuse. Après l'avoir bue, nous découvrîmes qu'elle était sans alcool, ce qui nous convenait parfaitement. Nous avions oublié que l'alcool est illégal au Pakistan. J'admire la religion musulmane : pas d'alcool. Le lendemain matin, nous partons vers une localité appelée Karimabad. Comme vous le savez, Gilgit se trouve dans la vallée de Hunza. En chemin, nous nous arrêtâmes pour acheter des abricots, des mûres et du raisin, des mangues et des légumes. Nous trouvâmes un beau ruisseau et nous y arrêtâmes pour pique-niquer. À Karimabad, il n'y avait pas de place ; nous roulâmes donc 2 km et arrivâmes à un village appelé Altit. Nous y trouvâmes une chambre dans un hôtel nommé Kissar Inn. Un endroit de rêve, un magnifique abri couvert de vigne s'étendant sur toute la cour. En face, la montagne Rakaposhi, couronnée de neige. Nous fûmes même témoins d'une avalanche. Un spectacle magnifique tout autour de nous. Nous décidâmes de prendre une douche, une douche très froide naturellement. Le même jour, nous visitâmes un fort appelé fort d'Altit. En y entrant, nous vîmes des sculptures représentant la fleur zdravets et le soleil rayonnant. Après le fort, nous allâmes acheter des souvenirs — et je veux dire de véritables antiquités, des sculptures et tout ce que l'on pouvait souhaiter.
Le lendemain matin, nous allâmes rendre visite au Mir de Hunza. Nous avions rendez-vous à 9 h 30. Un véritable gentleman, mais un homme riche aussi. Nous lui dîmes que nous étions macédoniens, et il répondit qu'il était un descendant d'Alexandre le Grand. Notre entretien dura environ deux heures. Nous abordâmes beaucoup de sujets, dont les musulmans de Macédoine. Il ignorait qu'il y avait des musulmans en Europe. Je lui offris les présents que j'avais apportés. Je dois dire que j'offrais des présents partout où je rencontrais des gens qui m'intéressaient. Il aima beaucoup le drapeau macédonien. Il dit qu'il ferait tout son possible pour l'adopter comme drapeau de Hunza. Il demanda ce que la Macédoine exportait, car il s'intéressait beaucoup à nous. Je lui dis que nous exportions du tabac, des chaussures, des vêtements, de la confiture et des vins. Il souhaite des liens plus étroits avec nous et avec la République. En attendant, il veut que nous lui envoyions tout ce qu'il pourrait exposer dans l'ensemble de ses hôtels. À notre départ, il nous dit de séjourner à l'auberge de son frère sur notre route, car elle abritait un musée. Quelle boutique : de nouveau, nous vîmes des souvenirs anciens, le zdravets, le drapeau et de véritables œuvres d'art. La personne du musée nous dit qu'une pierre en particulier datait de l'époque d'Alexandre. Je la tins dans ma main, j'étais très ému.
Le jour suivant, nous partîmes pour la Chine. Nous sommes sur la chaîne du Karakoram et sur la route du Karakoram, et la rivière Gilgit devient la rivière Hunza. Quelle route : on l'appelle la route du Ciel, très pittoresque et très dangereuse, avec des éboulements de rochers et des coulées de boue. Nous atteignîmes enfin la Chine. L'altitude était de 17 000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Impossible de courir ici. J'essayai et pris le vertige ; je compris alors que l'air y est très raréfié. Nous rencontrâmes des touristes chinois et, naturellement, nous leur dîmes que nous étions macédoniens, du pays d'Alexandre le Grand. À ce stade, nous n'étions plus surpris d'entendre que tout le monde connaissait Alexandre le Grand. En repartant pour Gilgit, nous nous arrêtâmes pour acheter de la soie pour des robes et des chemises. Plus loin, nous fîmes halte au bord d'une magnifique rivière d'un vrai bleu turquoise ; nous achetâmes ensuite du poisson qu'un jeune homme fit cuire pour nous, et il nous prépara du thé. Je crois que l'on nous a estampés dans la localité suivante, ce qui est normal : de petites sommes pour nous, mais importantes pour eux.
Le lendemain, le chauffeur nous emmena voir sa maison. À cinq milles dans la montagne, une maison d'une seule pièce, au sol en terre battue, des poules vivant sous le lit, l'étable dans la pièce voisine. Il avait un taureau, un buffle d'eau et deux petits. Il avait trois filles et deux garçons. Sa femme et sa mère nous préparèrent le dîner : viande frite, gombos, yaourt et thé. Inat, le chauffeur, voulait que nous dormions chez lui cette nuit-là, mais il n'y avait pas de place. Il aurait dormi dans l'étable si nous étions restés. Nous décidâmes donc de gagner la localité la plus proche, appelée Balakose. Nous y prîmes une chambre d'hôtel, nous nous douchâmes et fîmes notre dernière lessive dans un seau. Le lendemain serait notre dernier jour au Pakistan.
Nous nous rendîmes dans une localité appelée Taxila, riche en histoire. Un monastère offrant une immense documentation macédonienne, une trouvaille formidable pour nous. Où que nous regardions, nous trouvions l'histoire d'Alexandre. À la boutique de souvenirs, nous offrîmes au propriétaire le drapeau macédonien. Il n'y crut pas d'abord, mais lorsqu'il ouvrit un livre présentant tous les pays du monde, la Macédoine y figurait bel et bien avec son drapeau.
J'exhorte tous les Macédoniens, où que vous soyez : n'attendez pas que quelqu'un d'autre écrive votre histoire. Sortez et dites la vérité au monde, voyez par vous-mêmes ce qui vous attend là-bas. Nous devons changer le cap que d'autres ont pris pour falsifier notre histoire. Nous sommes aussi anciens que les Égyptiens. Nous avons eu un Empire, qui a duré 500 ans. L'aventure d'Alexandre le mena sur quelque 7 000 milles, pour propager la culture. Nous n'avons parcouru que 200 milles sur ses traces. Imaginez ce qui nous attend là-bas, toujours plus de nos racines à découvrir.
LIVRE : À LA RECHERCHE DES MACÉDONIENS AU PAKISTAN, PAR MICHAEL A. DIMITRI (1995)
Le voyage de Steve Pliakes et de Michael A. Dimitri à travers les vallées de Kalash et de Hunza, au Pakistan, révèle des successeurs d'Alexandre de Macédoine
Alexandre de Macédoine est le Grand pour ses successeurs, les Macédoniens d'aujourd'hui, et le Grand pour toutes les nations du monde. Il a créé et légué la philosophie du rapprochement des nations, des cultures, des religions... Alexandre représente donc un grand défi pour de nombreux chercheurs, scientifiques, auteurs de récits de voyage, journalistes et simples mortels, qui le traitent avec respect, amour et une foi solide dans le passé, le présent et l'avenir.
Il en va de même du défi que se lancèrent Steve Pliakes et Michael A. Dimitri en partant pour le nord du Pakistan. Le livre intitulé « À la recherche des Macédoniens au Pakistan » est le fruit de ce voyage long, éprouvant et passionnant. Cet ouvrage, modeste par le nombre de pages mais riche en événements, constitue une sorte de récit de voyage sur la « campagne » de Steve Pliakes, Macédonien du Canada, et de Michael A. Dimitri, Américain d'ascendance macédonienne. Le livre parut d'abord en anglais, mais il a récemment été publié en macédonien, ce qui représente une contribution importante à l'éclaircissement de la vérité et des énigmes liées à Alexandre de Macédoine. Publié par la maison d'édition « Alexandra », P.O. Box 5321, Fort Wayne, Indiana, le texte a été traduit par Ilina Jakimovska et édité par Alexandar et Pavlinka Georgiev.
L'auteur de cette publication intéressante, Michael A. Dimitri, est né aux États-Unis en 1960. Les racines de ses grands-parents remontent au village de Nevolyani, près de Lerin, et au village d'Olishta, près de Kostur. Il a grandi avec des récits sur la Macédoine, ce qui lui a donné le désir et les moyens d'en apprendre davantage sur lui-même et sur la riche histoire du peuple macédonien. Après avoir obtenu un diplôme en études classiques à l'université d'État du « Michigan » et une maîtrise à l'université d'État « Wayne », il a commencé à enseigner dans plusieurs établissements importants aux États-Unis. Il est historien, archéologue, auteur de récits de voyage et amoureux de la vérité macédonienne. Il est en même temps l'auteur de plusieurs livres, dont « La splendeur des anciens Macédoniens », « La fille de Néoptolème », « Recueil d'articles 1989-1999 » et « Nevolyani : portrait d'un village macédonien ».
Son compagnon de route et ami de pensée, Steve Pliakes, fut l'instigateur et le commanditaire de ce long voyage au Pakistan. C'est un émigrant macédonien connu et distingué de Toronto, dont les racines remontent au village de Zeleniche, près de Kostur. Steve et son épouse, la charmante Lilly Pliakes, sont des Macédoniens vertueux et des donateurs. Ils ont offert un appareil de dialyse à l'hôpital de Skopje et apportent un soutien financier aux activités des organisations macédoniennes, des sociétés folkloriques, des clubs et d'autres types d'associations. Entre autres, Steve Pliakes a aussi été président de l'organisation macédonienne « Macédoniens unis » au Canada, et il est aujourd'hui président de l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » de Toronto. C'est l'homme qui porte la Macédoine dans son cœur, et un respect sincère.
Le livre « À la recherche des Macédoniens au Pakistan » est l'expression exacte de l'amour que portent des Macédoniens de la diaspora — Steve Pliakes et Mihail A. Dimitri — à leurs racines et à leurs lointains ancêtres. Comme l'auteur l'indique dans son introduction, leur voyage était en fait nécessaire pour réunir des témoignages prouvant que la culture macédonienne est l'une des civilisations les plus anciennes et les plus influentes du monde. C'est ainsi que ces deux enthousiastes se mirent en route sur les traces d'Alexandre de Macédoine
Il semble toutefois que Mihail A. Dimitri ait tiré cette idée d'une femme rencontrée lors d'une réunion macédonienne, qui lui signala qu'un groupe de personnes vivant au Pakistan se disent descendants d'Alexandre de Macédoine. Selon cette femme, ils avaient la peau claire et des costumes et des coutumes semblables à ceux qui nous sont familiers, à nous, Macédoniens. Elle lui dit aussi : « Vous devriez y aller et voir par vous-même. »
Cela occupa l'esprit de Steve Pliakes, qui invita Mihail A. Dimitri en 1995 à prendre part à la recherche au Pakistan. Ils y arrivèrent en juillet 1995, d'abord dans la ville de Rawalpindi, puis à Chitral, pour atteindre enfin les vallées de Kalash et de Hunza, où vivent aujourd'hui, selon certaines sources, des descendants des soldats d'Alexandre de Macédoine. Le but du voyage était de rassembler des témoignages en vue de connaissances et de relevés sur la culture macédonienne à travers le monde, afin de prouver que la langue, les coutumes, les traditions et les autres traits macédoniens y sont reconnaissables.
La conclusion du livre « À la recherche des Macédoniens au Pakistan » nous apprend qu'il ne s'agit pas d'une recherche exhaustive, mais seulement du témoignage des premiers pas accomplis vers une meilleure compréhension et un éclairage de la culture et de l'histoire macédoniennes. Des recherches plus profondes et bien plus vastes sont donc nécessaires. L'auteur espère que son voyage en suscitera d'autres. Steve Pliakes se prépare maintenant à entreprendre des recherches semblables en Anatolie, en Perse... Il continue de souligner que des Macédoniens demeurèrent dans le nord du Pakistan au cours des conquêtes d'Alexandre de Macédoine et qu'ils y ont conservé leur culture.
Le livre indique que Steve Pliakes et Mihail A. Dimitri ont trouvé des traces et des symboles caractéristiques de la culture macédonienne. Ils ont ainsi retrouvé, dans les vallées de Kalash et de Hunza, la même fleur de géranium que l'on trouve en Macédoine depuis le règne de Philippe II jusqu'à nos jours. L'auteur indique que le symbole du soleil macédonien flamboyant aux rayons était visible aussi dans la vallée de Kalash et à Taxila, que la vigne est un symbole tant en Macédoine que dans les deux vallées pakistanaises, et que l'on retrouve également le symbole des serpents représenté de diverses manières. Les costumes traditionnels de Taxila étaient très semblables à certains costumes de Macédoine. Il en allait de même de certaines danses populaires traditionnelles de la région. Ils ont aussi relevé un grand nombre de mots des langues kalash et hunza semblables à ceux employés en macédonien. Cela aussi peut servir de motivation à des recherches ultérieures.
Selon l'auteur, l'influence d'une culture macédonienne définie et autonome sur les populations du nord du Pakistan est indiscutable. Le voyage de Steve Pliakes et de Mihail A. Dimitri montre clairement que ce lien existe bel et bien et qu'il mérite des recherches plus poussées en vue de résultats plus importants.
L'auteur conclut donc son texte en disant : « La splendeur de la culture macédonienne ne sera comprise et pleinement libre que si son peuple demeure fort et uni comme la fleur de géranium qui le représente. »
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Voyages
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DEVANT LE SARCOPHAGE D'ALEXANDRE LE GRAND À ISTANBUL
Le voyage à Istanbul, parrainé par Steve Pliakes. Ainsi, partis de Macédoine tôt le matin durant l'été, nous parvînmes à l'aéroport « Alexandre le Grand » sur la route de Skopje à Istanbul. Le décollage de Skopje fut confortable et, au bout d'une heure environ, nous arrivions à Istanbul.
Istanbul est l'une des plus anciennes villes du monde. Une gloire divine l'accompagne depuis l'instant où l'empereur romain Constantin décida de transférer la capitale de Rome à Byzance, comme s'appelait alors Istanbul. C'est aujourd'hui une ville au patrimoine considérable, hérité d'un passé culturel et historique éternel, avec des monuments de l'Empire romain d'Orient (Byzance) et de la période ottomane. Elle est en même temps le plus grand centre économique et culturel de l'actuelle République de Turquie.
Istanbul est en fait un carrefour des cultures, des civilisations et des religions asiatiques et européennes, et constitue un corridor du nord au sud et de l'est à l'ouest. Les chercheurs turcs affirment que même ses résidents permanents ne connaissent pas pleinement toutes ses beautés. D'après les documents officiels, environ 10 millions de personnes vivent à Istanbul. La ville reçoit en outre chaque jour la visite de milliers de voyageurs et de touristes.
Les Macédoniens l'ont toujours appelée Tsarigrad, ou Stanbol. L'empereur Constantin la proclama capitale de l'Empire romain d'Orient en 330 après J.-C. et elle reçut de là le nom de Constantinople, d'après le souverain. Le 29 mai 1453, cependant, elle fut conquise par le sultan turc Mehmed II, après quoi la ville fut nommée Istanbul.
Stanbol n'est pas seulement la partie la plus ancienne de la ville : c'est aussi la plus riche en monuments culturels et historiques. C'est donc le quartier touristique le plus important d'Istanbul, et un grand attrait pour les nombreux visiteurs de cette métropole. Certains de ses monuments historiques et artistiques ont été endommagés ou détruits par le temps ; d'autres ont souffert de catastrophes naturelles, surtout de séismes et d'incendies.
Istanbul compte plus de 50 palais impériaux, plus de 1 500 mosquées, une centaine d'églises, de nombreux monuments culturels et historiques, 10 universités... Le plus célèbre parmi les monuments culturels et historiques est le palais de Topkapi, avec ses magnifiques appartements impériaux et ses harems. Au musée de « Topkapi », nous avons également vu les assiettes particulières qui changent de couleur au contact du poison. Elles étaient réservées aux souverains. Nous avons aussi été stupéfaits par le diamant connu sous le nom de « Kashichki elmaz » et par le poignard orné de diamants, ainsi que par d'autres objets d'une valeur inestimable.
Pour Steve et moi, le but principal de notre voyage était la visite du sarcophage d'Alexandre de Macédoine. Cette pièce historique immense et à bien des égards caractéristique est la plus grande attraction pour les visiteurs du Musée archéologique d'Istanbul depuis sa découverte en 1887. Bien que le sarcophage porte le nom d'Alexandre de Macédoine, il ne lui appartient pas, mais très probablement au roi Abdalonymos, dernier roi de Sidon (Saïda), dans l'actuel Liban, ville qui faisait alors partie de l'Empire ottoman.
Le sarcophage porte le nom d'Alexandre de Macédoine en raison des centaines de figures gravées qui symbolisent ses conquêtes. En même temps, du fait de l'abondante décoration du relief consacrée au grand guerrier, le sarcophage fut nommé non d'après le souverain qu'il abrite, mais d'après Alexandre de Macédoine.
D'après les documents écrits, les vingt-deux sarcophages découverts en 1887 à Sidon constituent la plus grande découverte de l'archéologie classique. Parmi eux, le sarcophage d'Alexandre de Macédoine mérite assurément une attention particulière ; il fut découvert par un villageois de Sidon qui travaillait aux champs et mit au jour cet important monument.
L'exécution du sarcophage d'Alexandre de Macédoine fut menée par Osman Hamdi Bey, alors directeur du Musée ottoman. Nous restâmes assez longtemps devant le sarcophage d'Alexandre de Macédoine. Nous l'admirâmes, l'analysâmes, nous nous en étonnâmes et nous rappelâmes les grandes réalisations d'Alexandre de Macédoine, qui, avec son armée venue de Macédoine, parvint jusqu'au fleuve Indus.
Emplis d'admiration et de sentiments puissants envers le passé du peuple macédonien, nous quittâmes le musée abritant le sarcophage d'Alexandre de Macédoine et nous dirigeâmes vers « Sainte-Sophie » (Hagia Sophia).
Ce monument domine Istanbul comme s'il avait été bâti pour être vu et ressenti de tous les quartiers de la ville. Il est difficile au visiteur, à partir de son aspect actuel, de deviner le destin changeant de cet édifice. Les documents écrits affirment ainsi que, pendant 150 ans, Sainte-Sophie fut tenue pour une merveille du monde impressionnant chacun, car c'est un monument de l'immense culture de l'humanité, tel qu'il n'en fut plus jamais bâti. Le destin changeant de Sainte-Sophie — d'église chrétienne des églises à mosquée islamique, puis, aujourd'hui, à musée — a laissé partout des traces. Seule la magnifique coupole, dont la voûte s'élève à 56 mètres au-dessus de la nef, n'a rien perdu de sa valeur inestimable ni de sa beauté. Elle servit de modèle à bien des mosquées orientales. L'empereur Constantin le Grand fit d'abord bâtir une église à l'emplacement de l'actuelle Sainte-Sophie, lorsqu'il proclama Byzance, sous le nom de Constantinople, capitale de l'Empire romain d'Orient, et il appela cette église la « Grande Église ».
Une fois achevée, Sainte-Sophie devint le temple le plus important de la chrétienté. Elle le demeura jusqu'à la conquête de Constantinople par les Turcs en 1453, ville qui porte depuis lors le nom d'Istanbul. L'église fut transformée en mosquée, et Kemal Atatürk fit de Sainte-Sophie un musée.
Outre la légendaire Sainte-Sophie, nous visitâmes aussi la place des Chevaux, qui fait partie de l'hippodrome byzantin, avec ses trois monuments magnifiques : l'obélisque de Théodose, la colonne serpentine et la colonne de Constantin.
« Sultan Ahmet », ou Mosquée bleue, se dresse non loin de ces monuments. Nous la visitâmes dans l'après-midi, alors que les fidèles étaient peu nombreux. Nous y apprîmes que cette mosquée fut construite entre 1609 et 1616 et qu'elle constitue un chef-d'œuvre de l'architecture turque. Son intérieur est de marbre bleu et vert ; elle compte 260 fenêtres, pour la plupart en verre de cristal ; à l'intérieur se trouve une loge impériale à laquelle le sultan pouvait accéder à cheval. C'est l'une des plus grandes et des plus belles mosquées du monde, qui eut longtemps pour but de symboliser la puissance et la force des sultans turcs.
Nous visitâmes l'église Saint-Étienne, connue sous le nom d'« église de fer ». On nous apprit que, selon les dires des anciens à propos de cette église, elle relève de la juridiction du patriarche bulgare, mais qu'elle fut bâtie principalement avec l'argent et les dons des Macédoniens de la région de Kostur, en Macédoine. Sa construction commença en 1849, lorsqu'un émigrant nommé Stefan acheta un terrain pour y bâtir une église, là où se dresse fièrement aujourd'hui ce magnifique édifice architectural.
Cette église fut d'abord construite en bois, mais elle fut incendiée plusieurs fois. C'est pourquoi les fidèles, principalement des Macédoniens de Macédoine égéenne, commandèrent en 1891 une église en fer à Vienne. Elle fut ensuite acheminée par bateau et montée à l'emplacement même de l'église précédente. L'église fut consacrée en 1898 par un évêque exarchiste et, aujourd'hui encore, seuls des prêtres de l'Église orthodoxe bulgare viennent répondre aux besoins religieux des Macédoniens.
Nous visitâmes l'« église de fer » Saint-Étienne dans l'après-midi, puis nous nous inclinâmes à l'église Saint-Georges, située dans l'enceinte du Patriarcat œcuménique. Là aussi, on nous apprit qu'environ 1 500 chrétiens orthodoxes, parmi lesquels surtout des Macédoniens et des Grecs, fréquentent cette église pittoresque aux nombreuses icônes et ornements remarquables.
Tel est le Bosphore d'Istanbul que j'ai visité avec Steve Pliakes, où nous avons vécu des moments mémorables qui manifestent l'existence de la Macédoine et du peuple macédonien comme une place à part dans l'histoire de la Turquie moderne.... S. N. Katin
À ÉPHÈSE ET DANS LA MAISON DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU
C'était le matin d'une journée chaude et agréable, alors que le soleil venait de se lever sur la partie asiatique d'Istanbul et que l'avion avait décollé vers l'est, en direction d'Izmir. Steve Pliakes et moi poursuivions notre vol sur l'oiseau de fer (« Boeing 747 ») de Turkish Airlines. En moins d'une heure, nous étions dans la ville de trois millions et demi d'habitants qu'est Izmir. Cette métropole est située dans la baie qui porte son nom et s'étend sur ses basses terres et les collines environnantes.
On dirait que les régions de Dolna Reka, de Veles et d'autres contrées de Macédoine se sont installées à Izmir et dans ses environs. Ces citoyens turcs originaires de Macédoine sont nombreux, et les plus nombreux d'entre eux sont les musulmans macédoniens. Il y en a davantage en Turquie qu'en Macédoine. C'est ce que l'on nous a appris, car selon certaines statistiques officieuses, de 300 000 à 500 000 citoyens turcs originaires de Macédoine vivent rien qu'à Izmir et dans les villes environnantes. Il y a des gens de Vranovtsi et d'Orizari, près de Veles, de Skudrinye, de Zhupa et de Debar, des environs de Pehchevo, de Delchevo, de Shtip et d'autres localités de Macédoine.
Tous mènent une belle vie dans la Turquie démocratique, qui les a accueillis comme des gens honnêtes, aimables et au grand cœur. Beaucoup d'entre eux sont devenus des hommes d'affaires célèbres et respectés, des intellectuels, des médecins, des commerçants et des citoyens loyaux de leur seconde patrie, la Turquie. En même temps, ces citoyens turcs originaires de Macédoine aiment et respectent la Turquie, mais aussi la terre de leurs grands-pères, la Macédoine, qu'ils portent dans leur cœur et dans leur âme.
Steve Pliakes était enthousiaste à l'idée de visiter la ville de Selçuk et l'antique cité d'Éphèse. À Selçuk, nous visitâmes le musée municipal, où sont exposées de nombreuses pièces provenant d'Éphèse et d'autres sites d'Anatolie et de la région côtière. Le musée est une étape incontournable pour les visiteurs de cette partie de la Turquie.
Nous poursuivîmes vers le célèbre trésor antique d'Éphèse, situé à moins de 200 kilomètres au sud d'Izmir et à 20 kilomètres au nord de la station balnéaire de Kusadasi. Éphèse, ville célèbre du passé et du présent, se trouve au pied du mont Bilbil, le Koressos, là où le fleuve Caystre se jette dans la mer Égée, et dans la plaine proche du littoral.
Cette importante cité antique est mentionnée pour la première fois au milieu du VIIe siècle av. J.-C. Dès sa fondation, elle joua un rôle important dans la région anatolienne. Aussi fut-elle souvent attaquée et conquise. Elle passa sous domination perse puis spartiate. En 334, Alexandre de Macédoine conquit la ville et la zone militaire stratégique qui l'entourait. Éphèse relevait de l'autorité de l'Empire romain et était alors une ville majeure de la province d'Asie.
Lors de notre visite d'Éphèse, nous vîmes de nombreux édifices et objets issus de la longue histoire de cet important site antique. Nous visitâmes les vestiges du temple d'Artémis, la fontaine de Trajan, la voie de Marbre, le stade et d'autres constructions. Le visiteur est cependant particulièrement impressionné par le grand théâtre, dont la découverte est une expérience exceptionnelle. Il est niché dans un creux du versant ouest de la colline. Sa taille, son ampleur et sa magnificence procurent une émotion et transportent en pensée bien des siècles loin du présent. On nous dit là que, ces dernières années, Luciano Pavarotti, Julio Iglesias et bien d'autres artistes de renommée mondiale y ont présenté leur art devant plusieurs milliers de spectateurs.
Notre visite à la maison de la Très Sainte Mère de Dieu suscita en nous une émotion particulière, qui se mua en paix. On a le sentiment de se trouver quelque part en Macédoine, dans l'un des monastères de l'Église orthodoxe macédonienne. Le site pittoresque où fut bâtie la maison de la Très Sainte Mère de Dieu rappelle au visiteur les lieux pris pour modèles lors de la construction des monastères chrétiens à travers le monde. Ici aussi, selon la coutume, après s'être incliné dans l'église, avoir quitté le sanctuaire et s'être lavé à l'eau bénite, le visiteur devient, selon les coutumes et les croyances, un « adjija » (pèlerin). C'est ainsi que Steve Pliakes et moi devînmes pèlerins.
Le site attire par sa beauté et ses paysages, tandis que l'église représente un lieu où des milliers de chrétiens et de musulmans viennent s'incliner et prier. Il semble que cette année l'église sera la plus fréquentée le 15 août, jour du plus grand rassemblement organisé pour célébrer le troisième millénaire du christianisme. À cette occasion, des milliers de fidèles — chrétiens, musulmans et autres — sont attendus à la maison de la Très Sainte Mère de Dieu.
D'après les documents écrits, nous savons que saint Jean amena la Très Sainte Mère de Dieu à Éphèse au cours de la quatrième ou de la cinquième année, aussitôt après la crucifixion de Jésus-Christ. La maison sur le mont Bilbil, conçue et bâtie par saint Jean, se trouve à 420 m d'altitude.
Selon les récits, la maison fut découverte par la religieuse allemande Anne Catherine Emmerich, qui consacra toute sa vie à Dieu. Elle était paralysée et établit un lien spirituel avec la Très Sainte Mère de Dieu. Les documents affirment que, plongée en transe, elle eut la vision que la Très Sainte Mère de Dieu était ensevelie quelque part près de l'église. Cela fut confirmé par des prêtres lazaristes qui, en 1891, découvrirent l'emplacement de la maison où la Très Sainte Mère de Dieu passa les derniers jours de sa vie. On découvrit ainsi que l'édifice cruciforme et la coupole étaient en ruine, mais ils furent restaurés par la suite.
Lors de notre visite à la maison de la Très Sainte Mère de Dieu, on nous fit connaître de nombreux détails relatifs à la découverte du sanctuaire, ainsi qu'aux visites et au respect que chrétiens et musulmans témoignent à ce centre spirituel. La grande statue dans le jardin de l'église, qui donne le sentiment que la Très Sainte Mère de Dieu accueille à bras ouverts les visiteurs et les gens de bonne volonté, laisse une impression particulière. Par ailleurs, la statue de la Très Sainte Mère de Dieu qui se trouve dans l'abside fut érigée il y a une centaine d'années et constitue un ouvrage magnifique devant lequel chacun s'incline et rend hommage à la Mère de Jésus-Christ.
En soirée, nous rentrâmes à Izmir, où nous logions à l'hôtel exclusif « Ephesus », situé au centre de la ville et de catégorie supérieure. La ville, dont le nom turc est Izmir, est aussi connue sous le nom de Smyrne. C'est un grand port maritime d'Asie Mineure, sur la côte de la mer Égée, et la troisième ville de Turquie. Smyrne est une ancienne colonie ionienne, refondée au IVe siècle av. J.-C. Sous l'Empire romain et Byzance, Izmir fut l'une des plus grandes villes d'Asie Mineure. Son histoire rapporte que la ville fut sous domination tatare, qui la dévasta. Elle passa plus tard sous domination grecque, qui la bâtit et l'hellénisa, et en 1922 elle fut libérée par les Turcs, conduits par Kemal Atatürk. Ce port maritime important et cette position terrestre stratégique constituent une base importante de l'OTAN depuis 1952.
Cette visite à la métropole d'Izmir et à la maison de la Très Sainte Mère de Dieu nous restera à jamais.
VISITE DE SITES ANTIQUES EN MACÉDOINE
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C'était un après-midi de juillet lorsque Steve Pliakes arriva à l'aéroport « Alexandre le Grand » de Skopje. L'aéroport était très animé, il ressemblait à une ruche, ce qui était habituel à cette période de l'année, quand des milliers de voyageurs arrivent en Macédoine et en repartent. C'est une période où l'on peut croiser de nombreux émigrants macédoniens, connus ou inconnus, venus des pays d'outre-mer ainsi que de l'Union européenne et d'autres pays du monde.
Nous vîmes l'avion se poser sur la piste et éprouvâmes un soulagement lorsque notre hôte atterrit sain et sauf sur cette terre macédonienne qu'il respecte et pour laquelle, en Macédonien du Canada, il exprime toujours son amour, celui du pays de ses ancêtres. Une quinzaine de minutes après l'atterrissage de l'avion venu de Vienne, notre hôte Steve Pliakes apparut à la sortie de la douane.
Nous l'accueillîmes en soulignant que la Macédoine est heureuse de recevoir un hôte tel que Steve Pliakes, qui porte la Macédoine dans son cœur et dans son âme, et nous prîmes la direction de Skopje, vers notre maison située au centre de la capitale macédonienne. Nous lui souhaitâmes de nouveau la bienvenue et un agréable séjour en Macédoine, et portâmes un toast avec une savoureuse rakija jaune de Tikvesh et de succulentes spécialités macédoniennes.
Le lendemain matin, nous nous rendîmes à l'Archevêché de l'Église orthodoxe macédonienne, où nous avions rendez-vous avec le métropolite du diocèse de Polog et de Kumanovo, Son Éminence Kiril, ami de Steve Pliakes ; ils étaient amis de longue date et se rencontraient tant sur le continent nord-américain qu'en Macédoine. La rencontre fut chrétienne, amicale, chaleureuse et très importante pour Steve, qui remit à cette occasion à l'évêque Kiril les présents de sa famille et lui transmit de nombreuses salutations du conseil de l'église orthodoxe macédonienne « Saint-Clément d'Ohrid » ainsi que des nombreux amis communs et éminents émigrants macédoniens vivant au Canada.
Lors de la rencontre avec le premier évêque du diocèse orthodoxe macédonien américano-canadien, Son Éminence Kiril, ils abordèrent de nombreuses questions d'importance essentielle pour les églises orthodoxes macédoniennes du Canada et des États-Unis, ainsi que le rôle et le développement des communautés macédoniennes de la diaspora. La rencontre s'acheva sur une invitation de l'évêque à visiter le monastère de Leshok, invitation acceptée et honorée pendant le séjour de Steve en Macédoine. Leur conversation dura quelques heures, et l'hôte venu du Canada fut très satisfait de cette rencontre et empli de beaux souvenirs.
L'après-midi, nous allâmes nous promener dans Skopje pour voir quelques bâtiments récemment construits et des monuments historiques et culturels que Steve Pliakes découvrait pour la première fois. Nous accordâmes une attention particulière au monument d'Alexandre le Grand ou, selon son nom officiel, « Le Guerrier à cheval ». Steve fut enchanté par l'idée d'ériger une statue aussi monumentale dans la capitale de la République de Macédoine. Le monument dédié à Alexandre le Grand nous inspira une conversation sur la Macédoine antique, sur Philippe et Alexandre. Nous parlâmes aussi de l'ancien drapeau au Soleil de Koutlech (Palatica), ainsi que du nouveau drapeau de la République de Macédoine, qui remonterait, selon certains historiens et journalistes, à l'époque de Jésus-Christ. À cette occasion, Steve Pliakes dit qu'il respectait le nouveau drapeau, mais que nous ne devons pas oublier que le drapeau au Soleil de Koutlech est tout aussi aimé que le nouveau parmi les Macédoniens de la diaspora, qui arborent les deux avec un grand amour. Nous parlâmes encore de nombreuses questions liées à la période antique de la Macédoine, du lien des Macédoniens du Canada avec ces problèmes, et de son voyage au Pakistan.
Le lendemain matin, accompagnés de l'ancien ministre de l'Émigration au gouvernement de la République de Macédoine, M. Martin Trenevski, nous quittâmes Skopje pour Veles, où Steve souhaitait visiter le siège du diocèse du Povardarie et s'informer des questions d'actualité. Après avoir traversé le centre de la ville natale du grand poète macédonien Kocho Racin, nous passâmes derrière le bâtiment du diocèse et prîmes la direction de la rivière Babuna. Nous empruntâmes ensuite l'autoroute vers Gradsko et Stobi.
À Stobi, nous fûmes accueillis par une jeune femme charmante qui travaillait sur le site archéologique. Nous y restâmes plus d'une heure, à nous promener et à écouter les explications sur cette ville romaine. On nous apprit que Stobi était une cité antique dont la partie urbaine s'étend sur trois terrasses entourées de murailles et descendant vers la Crna Reka (Rivière noire), plus précisément au confluent de la Crna Reka et du Vardar.
On nous apprit que les grandes routes passaient à proximité du site archéologique de Stobi et reliaient depuis la préhistoire les régions du Danube aux pays méditerranéens. C'est le long de cette voie principale que les influences culturelles circulèrent dans la péninsule balkanique, du sud vers le nord et inversement. Par ailleurs, la Crna Reka constituait un lien naturel entre les régions centrales de la Macédoine et la mer Égée. La ville de Stobi occupait donc une position stratégique, militaire et commerciale très importante dans l'Antiquité.
Selon d'anciennes sources écrites relatives à Stobi, on y mentionnait la victoire de Philippe V, roi de Macédoine, sur les Dardaniens en 197 av. J.-C. Les recherches menées sous plusieurs constructions de la zone centrale de la ville ultérieure ont mis au jour des couches des IIIe et IIe siècles av. J.-C. et des objets de bronze de l'époque classique et archaïque, ainsi que certains objets en céramique du Néolithique remontant à cette période de liberté de la Macédoine.
On suppose que la ville fut fondée en 359 av. J.-C. En 168 av. J.-C., après la victoire des Romains sur le roi Persée, la Macédoine fut divisée en quatre régions. Stobi devint alors le centre commercial de la troisième région. En 148 av. J.-C., la Macédoine devint province romaine.
À l'époque romaine, Stobi était une ville importante et influente. Elle fut siège épiscopal à partir de 325. Aux IVe et Ve siècles, plusieurs églises y furent bâties, remarquables par leurs dimensions et leur décoration intérieure aux riches ornements architecturaux, mosaïques, peintures murales et structures, dont la plupart ont été mis au jour lors des fouilles.
Il est intéressant de mentionner qu'il existait aussi à Stobi une communauté juive datant du IIIe siècle et une synagogue détruite à la fin du IVe siècle, sur laquelle fut érigée une basilique paléochrétienne. Dans la partie fouillée de Stobi, de nombreux édifices ont été découverts et étudiés jusqu'ici : constructions profanes et sacrées à fonction publique, maisons privées, bains, thermes, un théâtre, une partie des murailles urbaines, des rues, le forum et l'entrée principale de la ville.
Nous quittâmes Stobi et poursuivîmes notre voyage vers la gorge de Drenovo ; passé le pont près de la rivière Drenovo, nous gravîmes l'ancien sentier pavé. Ce site n'est malheureusement pas encore exploré, mais nous étions très curieux. C'est pourquoi nous montâmes jusqu'à une ancienne carrière que l'on suppose dater de l'époque de Philippe et d'Alexandre le Grand et qui fut très importante à cette période, car de belles figures de pierre y furent taillées. Nous montâmes ensuite jusqu'à l'espace étroit entre les deux collines où, selon certaines légendes, s'élevait une grande porte derrière laquelle commençait un autre monde. Dans ce secteur, nous trouvâmes des piliers de pierre taillés avec précision et des fondations destinées à des statues ou à des monuments. Nous eûmes le pressentiment qu'un amphithéâtre s'était jadis élevé là. Le lieu est orienté au sud et présente une forme semi-circulaire avec une large vue vers le midi. Nous franchîmes la colline et atteignîmes un replat en pente raide vers la gorge. De là, nous découvrions une grande partie des plaines de Drenovo et de Tikvesh. Une vue qui saisit et repose le regard.
Nous quittâmes le site proche de la gorge de Drenovo et poursuivîmes notre voyage vers Prilep, puis de là vers une tombe à Staro Bonche. Ce site archéologique s'appelle Pavle Chuka et se trouve entre les villages de Podmol et de Bonche. Nous y arrivâmes à midi ; nous eûmes donc du mal à monter jusqu'à la tombe, puis jusqu'au plateau.
La tombe est cependant de type macédonien et unique par sa conception architecturale. Elle se compose d'un dromos ouvert taillé dans le roc, qui descend vers la tombe comme une rampe ; vient ensuite la partie voûtée du dromos, longue de 11 mètres et haute de 3 mètres. Au début du dromos voûté, de part et d'autre, se trouve un mur annulaire qui entoure toute la tombe. Ce type d'arcade des tombes macédoniennes est en usage depuis le règne de Philippe et d'Alexandre III le Grand.
Nous quittâmes Bonche et nous dirigeâmes vers la cité antique de Stibera — le centre des rois macédoniens qui menèrent les combats contre les Illyriens. Stibera se trouve le long de la Crna Reka (Erigon), à proximité immédiate du village de Chepigovo, près de Prilep. On n'a pas encore établi quand Stibera fut bâtie, mais on suppose qu'elle le fut à l'époque de Philippe II. Stibera est une cité où les fouilles archéologiques ont mis au jour les sculptures antiques les plus complètement conservées.
Stibera est l'une des plus grandes cités antiques de Macédoine et, en même temps, l'un des sites urbains antiques les plus attrayants. Les recherches archéologiques menées sur ce site ont mis au jour tout un trésor de matériel archéologique mobilier : vaisselle en céramique, monnaies, monuments de marbre, plaques à inscriptions et de nombreuses sculptures de marbre, plus de 30 statues et bustes de citoyens éminents de l'époque. Cela atteste que ces fouilles ont dégagé une partie d'une muraille urbaine, car les dévastations barbares des marges de l'Empire romain vers la fin du IIIe siècle entraînèrent la ruine massive de nombreuses cités, dont celle de Stibera.
De Stibera, nous revînmes à Prilep, où notre ami Martin Trenevski demeura, et avec Steve nous poursuivîmes notre voyage vers Bitola. Là, le soir, à l'hôtel « Epinal » où nous logions, nous rencontrâmes plusieurs représentants de « Vinozito », de Lerin. La rencontre dura toute la nuit. Nous parlâmes du présent et de l'avenir des Macédoniens de la partie égéenne de la Macédoine et de leurs associations.
Le lendemain, nous allâmes visiter Bitola, en particulier son centre, puis nous poursuivîmes vers Héraclée Lyncestis — une agglomération urbaine allant de la période macédonienne antique au Moyen Âge. D'après les informations recueillies alors que nous étions assis dans l'amphithéâtre, elle fut fondée au milieu du IVe siècle av. J.-C. par le roi Philippe II de Macédoine, afin de constituer un point stratégique important. Elle se situe à la périphérie sud de la ville de Bitola, au pied du mont Baba. Elle porte le nom d'Héraclès, le héros mythique et ancêtre fondateur de la dynastie royale macédonienne des Argéades, tandis que l'épithète Lyncestis, signifiant « de Lynkestis », vient du nom de la région de Lynkestide où la cité était établie et où vivait la tribu macédonienne antique des Lyncestes. Héraclée s'étend sur une plaine fertile, protégée au nord par le mont Baba, c'est-à-dire par la colline de Tumbe Kafe, et au sud par la rivière Siva Voda. Héraclée a subsisté et prospéré à un carrefour important de la voie Egnatia.
On nous apprit également que, selon les sources écrites, après avoir conquis la Lynkestide, Philippe II fit ériger une forteresse d'où il pouvait contrôler une partie de son royaume. On dispose aussi de données indiquant qu'au début du IIe siècle av. J.-C., pendant les guerres contre les Romains, le roi macédonien Philippe V fit construire plusieurs forteresses dans les régions frontalières afin de sécuriser la frontière du royaume. La ville connut son plus haut degré de développement civilisationnel sous la domination romaine, dans les premiers siècles de notre ère, lorsqu'elle reçut le statut de colonie. Héraclée devint alors un puissant centre économique et politique, doté d'un gouverneur romain permanent et de son armée romaine. Tout cela se refléta dans la physionomie de la ville, où l'architecture romaine était la plus représentée, même si les influences traditionnelles et l'héritage historique demeuraient caractéristiques de la cité.
D'Héraclée, nous gagnâmes le poste frontalier de Medzitlija afin de poursuivre notre voyage vers Lerin, Zeleniche et le village natal de Steve Pliakes, et de là vers Kostur, où nous comptions visiter certains sites de l'ancien royaume macédonien.
Nous franchîmes rapidement la frontière de la République de Macédoine et nous dirigeâmes vers la frontière de la Macédoine égéenne. Nous y présentâmes nos passeports canadiens, mais on nous dit d'attendre. L'attente se prolongeant, nous demandâmes pourquoi elle durait si longtemps. Nous n'obtînmes aucune réponse, car les agents vérifiaient nos documents de voyage canadiens. Au bout d'une quarantaine de minutes, on nous informa que l'auteur de ce livre était autorisé à entrer en Grèce, mais pas Steve Pliakes. Les agents grecs lui interdirent d'entrer dans sa terre natale. Après de longues discussions, nous demandâmes qu'on nous expliquât par écrit les motifs de cette interdiction. Les agents s'exécutèrent et nous dirent grossièrement de rebrousser chemin.
Nous repartîmes vers le poste frontalier de la République de Macédoine, déçus et humiliés par le fait que la Grèce ne respecte pas les droits fondamentaux de la personne. Mais ce qui nous indignait le plus, c'est que cet État, membre de l'Union européenne, ne reconnaisse pas les documents canadiens. C'est pourquoi nous décidâmes d'envoyer le document interdisant à Steve Pliakes d'entrer en Grèce à l'ambassade du Canada et au Comité canado-macédonien des droits de la personne. Puis, sans dire un mot, nous partîmes pour Ohrid.
SUR LA TOMBE DE YANE SANDANSKI
Lorsque Steve Pliakes arriva à Skopje, il exprima le souhait de visiter la Macédoine du Pirin, car il avait décidé de faire un don à l'OMO « Ilinden » de Sandanski. Mais il voulait par-dessus tout se rendre sur la tombe de Yane Sandanski, « le tsar du Pirin ».
Les documents historiques relatifs à cette partie de la Bulgarie indiquent entre autres que la Macédoine du Pirin fait partie du territoire ethnique de la Macédoine, partie qui fut attribuée à la Bulgarie après le traité de « paix » de Bucarest de 1913. Dans l'Antiquité, la Macédoine du Pirin fit d'abord partie de la Pannonie et de la Thrace, avant d'être intégrée à l'ancien Empire macédonien.
Vers la fin du XIXe siècle, cependant, le territoire du Pirin était sous l'autorité du grand révolutionnaire macédonien Yane Sandanski et de sa troupe ; il était un proche collaborateur de Goce Delchev et le plus grand adversaire du verkhovisme. Il est connu sous le surnom de « tsar du Pirin », lui qui commit le célèbre enlèvement de la missionnaire protestante Miss Stone.
Après la Première Guerre mondiale, sous le gouvernement de Georgi Dimitrov, les Macédoniens de la Macédoine du Pirin obtinrent une pleine autonomie culturelle, qui devait évoluer vers une autonomie territoriale de droit et unir la Macédoine du Pirin à ce qui était alors la République populaire de Macédoine, en tant qu'État de référence, au sein de la Fédération balkanique.
Il est impossible de calculer le nombre exact de Macédoniens de souche en Bulgarie, d'autant que les diverses sources avancent des données contradictoires. Il existe néanmoins un consensus selon lequel un grand nombre (plus de deux millions, y compris ceux issus de mariages mixtes) de citoyens de la République de Bulgarie descendent d'immigrants venus de Macédoine qui, comme émigrants ou réfugiés, s'étaient installés en Bulgarie.
D'après le recensement de décembre 1946, en République populaire de Bulgarie, sur les 252 908 habitants que comptait la Macédoine du Pirin, 160 541, soit 70 %, se déclarèrent Macédoniens de souche. Ces faits confirment la vérité sur les Macédoniens de Bulgarie, que la Bulgarie s'emploie habilement à manipuler. Malheureusement, et à la honte des principes démocratiques, selon le recensement de 2011 en République de Bulgarie, le nombre de Macédoniens y vivant n'est que de 1 654, dont 561 établis dans le district de Blagoevgrad ; le nombre de Macédoniens parlant leur langue maternelle macédonienne est de 1 163, tandis que 1 091 sont des citoyens de la République de Macédoine qui « vivent » en Bulgarie.
Il faut souligner en outre qu'en 1947 furent créés le périodique « Journal du Pirin » et la maison d'édition « Le Livre macédonien ». Cela faisait partie des promesses tenues concernant les droits des Macédoniens en Bulgarie, censées revivifier la langue et la culture macédoniennes. Ces organes furent supprimés et fermés en 1958 en raison de calculs politiques et d'un changement de pouvoir.
En 1990, cependant, fut fondé un journal nommé « Volonté du peuple » destiné à la minorité macédonienne de Bulgarie. Le journal était rédigé et imprimé à Gorna Dzhumaya, aujourd'hui Blagoevgrad. Fut également créée l'Organisation macédonienne unie « Ilinden » – Pirin, un parti pour le développement économique et l'intégration de la population en République de Bulgarie. C'est un parti démocratique qui défend les droits des minorités et milite pour la décentralisation du pays. C'est le seul parti qui œuvre en faveur des droits de la minorité macédonienne en Bulgarie. Le parti est actif principalement dans le sud-ouest du pays, également appelé Macédoine du Pirin. Il fut enregistré comme parti politique en 1999 et participa aux élections locales. Le 29 février 2000, cependant, la Cour constitutionnelle de Bulgarie le déclara inconstitutionnel, portant atteinte au droit à la liberté d'association et au droit à la non-discrimination.
Malheureusement, le gouvernement bulgare refuse de reconnaître l'existence de la minorité macédonienne en Macédoine du Pirin, faisant abstraction de ce qu'après la Seconde Guerre mondiale il existait des écoles, des librairies et des journaux macédoniens dans la partie pirine de la Macédoine. Aujourd'hui encore, le gouvernement bulgare continue de violer les droits fondamentaux de la personne. Les membres et les sympathisants tant de l'OMO « Ilinden » – PIRIN, parti politique et organisation de défense des droits de la personne, que de l'OMO « Ilinden », organisation de défense des droits humains et des minorités, sont torturés, maltraités, battus, punis et même arrêtés, pour la seule raison qu'ils affirment leur identité macédonienne.
Il est pourtant un fait qu'en Macédoine du Pirin, à l'époque de l'autonomie culturelle, 93 enseignants travaillaient auprès de plus de 35 000 enfants macédoniens qui apprenaient la langue littéraire macédonienne et développaient leurs traditions culturelles et nationales. Il existait alors dans la partie pirine de la Macédoine des bibliothèques remplies de livres d'auteurs macédoniens, bulgares et du monde entier. Le peuple macédonien connut à cette époque la magie du mot écrit dans sa langue maternelle macédonienne. Il y avait aussi en ces jours un théâtre macédonien dans cette partie de la Bulgarie, qui soutenait l'essor culturel des Macédoniens et les aidait à oublier les sombres années fascistes de souffrance physique et spirituelle.
Néanmoins, après la résolution du Kominform, la politique bulgare à l'égard de l'ex-Yougoslavie, et par conséquent de la question macédonienne, connut un net recul. Les écoles et autres institutions en langue macédonienne furent supprimées, et les enseignants et autres acteurs culturels furent expulsés vers la République populaire de Macédoine. Vint ensuite la période de falsification de tout ce qui était macédonien. Malheureusement, obstructions et négation s'exercent encore sur la population macédonienne. Reste à voir si les nouveaux processus démocratiques en cours dans les Balkans changeront cette situation. La perspective européenne a déjà manifesté son intérêt pour l'existence des Macédoniens en Bulgarie et pour l'application des décisions relatives au respect des droits et libertés de la personne. Aussi les Macédoniens de la Macédoine du Pirin et de toute la Bulgarie, membre de l'Union européenne, ne devraient-ils recevoir aucun autre nom que celui de Macédoniens.
La cause de cette négation persistante des Macédoniens en Bulgarie tient au dogme nationaliste bulgare selon lequel il n'y a pas, il ne peut pas y avoir et il ne doit pas y avoir de Macédoniens. Mais la vérité est autre, non seulement d'après le recensement, mais aussi d'après l'existence réelle du peuple macédonien.
C'est pourquoi l'homme d'affaires Steve Pliakes et moi voulions nous en assurer, le confirmer et nous informer de la vérité sur la Macédoine du Pirin. Aussi, un matin d'août, nous rendîmes-nous à Gorna Dzhumaya, aujourd'hui Blagoevgrad. Au loin, on apercevait le Pirin, la plus belle et la plus haute montagne de Macédoine. Il nous semblait pouvoir toucher de la main la glorieuse montagne de Yane Sandanski, liée à de nombreuses légendes des Macédoniens de cette région.
Nous poursuivîmes notre voyage vers la ville de Sandanski (autrefois Sveti Vrach), ou la « beauté du Pirin », comme on l'appelait souvent. De loin, on voyait les immeubles d'habitation perchés à une certaine hauteur, dont le nombre augmentait à mesure que nous approchions. Nous entrâmes dans Sandanski, qui compte environ 30 000 habitants, et roulâmes le long du pittoresque boulevard aux arbres à feuillage persistant en son milieu, qui embellissent la vue et font de la ville un coin agréable pour ses visiteurs. Nous vîmes le monument de Spartacus. Comme nous le dit un Macédonien de l'OMO « Ilinden » rencontré au centre de la ville, selon un savant allemand, la vallée de la Strouma, entre les monts Pirin et Maleshevo, serait le lieu de naissance de ce chef des esclaves, homme sur lequel on a écrit bien des légendes.
Nous fîmes halte dans l'un des restaurants de la place et passâmes un moment agréable avec plusieurs membres de l'OMO « Ilinden ». Plus tard, nous visitâmes aussi les locaux de l'OMO « Ilinden », qui se trouvaient malheureusement dans un sous-sol. À cette occasion, notre hôte venu du Canada, l'humaniste Steve Pliakes, fit un don d'argent à l'organisation, et les membres de l'OMO « Ilinden » lui en furent très reconnaissants.
Près du restaurant se dressait un vieux platane qui nous rappela celui d'Ohrid. La ville de Sandanski est plutôt bien tenue et de nombreuses maisons neuves y ont été bâties. Une richesse considérable pour Sandanski, ce sont les sources d'eau minérale qui coulent depuis la nuit des temps. Ces sources sont nombreuses : certaines se trouvent dans le parc municipal, d'autres sur la rive droite de la rivière Sandbanks Beatrice, dont la température dépasse 80oS et qui recèlent aussi une boue thérapeutique. La ville de Sandanski et ses environs comptent parmi les endroits les plus chauds et les plus ensoleillés de la Macédoine du Pirin. La neige y est très rare et il n'y a presque jamais de brouillard. En raison de ces conditions climatiques favorables et de ces stations thermales naturelles, des personnes souffrant de maladies chroniques et bronchiques viennent y séjourner.
Nous quittâmes Sandanski dans l'après-midi et nous dirigeâmes vers le sud, c'est-à-dire vers Melnik, que les visiteurs appellent souvent « la ville-légende », « la ville du vin » et « la ville du passé ». En réalité, c'est la plus petite ville de la Macédoine du Pirin et même des Balkans, sinon d'Europe. À peine 400 à 500 habitants y vivent. Melnik attire pourtant les visiteurs par son aspect pittoresque et ses réalisations architecturales. Elle est nichée entre les pyramides de sable, de part et d'autre des rivières de Melnik et de Rozhen, et constitue une ville-musée, car chaque maison est un musée à elle seule ; le monastère « Sainte-Vierge-Marie » et l'église « Saint-Nicolas », témoins de la riche vie religieuse de cette région, sont eux aussi conservés et en bon état.
Melnik a un passé très intéressant. Dès l'époque du roi Samuel, ce fut un centre militaire très important ; plus tard, elle devint un lieu attrayant, car le climat continental y devient montagnard et, en montant vers le Pirin, alpin. Au siècle dernier, Melnik était un centre commercial très important et une ville de prestige parmi les marchands, à qui elle ouvrait de larges perspectives. C'est la raison pour laquelle, outre les Macédoniens du Pirin, un grand nombre d'Hellènes (Grecs), de Turcs, d'Arméniens, de Valaques et d'autres s'y installèrent, leur nombre atteignant 20 000 à la fin du XIXe siècle. La ville connut alors un grand essor et une forte croissance commerciale ; des caravanes de chevaux et de chameaux, chargées de tonneaux et d'outres pleines de vin de Melnik, partaient chaque jour vers le monde entier. Ces caravanes gagnaient l'Égypte, au sud, Paris et Madrid à l'ouest, et Buda et Pest au nord.
À Melnik, nous fîmes une pause au restaurant sous le grand platane situé au milieu de la rivière de Melnik, d'où l'on voit une partie de la ville où de nombreuses vieilles maisons d'architectures variées sont restaurées et où une vie nouvelle commence. Après une brève sieste, nous passâmes devant le monument de Yane Sandanski, placé dans le parc en contrebas de la route, à proximité immédiate du camping bondé de touristes. Puis nous nous rendîmes au village de Rozhen, à une dizaine de kilomètres de Melnik.
Rozhen est cependant un petit village situé sur les deux rives de la rivière de Rozhen, peuplé de 20 familles seulement. Le village est desservi par une route asphaltée, et la vie sociale se déroule devant le restaurant, sur le grand stationnement. De cet endroit, on peut gagner le monastère de Rozhen par la route asphaltée qui monte en lacets vers la colline où se trouvent le monastère et la tombe de Yane Sandanski. Nous visitâmes d'abord le monastère, qui date de 1220 et sur les fondations duquel est bâtie l'église de la « Nativité de la Vierge Marie ».
Le monastère est entouré de tous côtés de hauts logis monastiques dont les terrasses attirent chaque visiteur, et l'on n'y entre que par le côté est, par une massive porte de chêne. L'église possède des fresques et des icônes remarquables, et la pièce la plus précieuse en est l'iconostase, œuvre des maîtres macédoniens de l'école de Debar, qui, outre dans ce monastère, ont laissé partout en Macédoine de nombreuses sculptures sur bois éternelles et précieuses.
À une centaine de mètres du monastère vers l'est se trouve l'église « Saints-Cyrille-et-Méthode », devant l'autel de laquelle est placée la tombe de Yane Sandanski. Nous nous inclinâmes et rendîmes hommage au légendaire voïvode macédonien, que l'on appelait souvent le « tsar du Pirin ». Certains nous dirent qu'autrefois la tombe de Sandanski se trouvait à plusieurs kilomètres de l'église « Nativité de la Vierge Marie ». Une inscription sur la tombe dit que Yane s'est battu pour les droits et les libertés de la Macédoine, et en particulier du peuple macédonien de la partie pirine de la Macédoine. Nous constatâmes toutefois que la pierre tombale actuelle du « tsar du Pirin » Yane Sandanski porte l'inscription suivante :
« Vivre, c'est lutter — l'esclave pour la liberté, et l'homme libre pour la perfection. » Yane Sandanski 1872-1915
Steve Pliakes, dont le grand souhait était de voir cette tombe, marchait autour du monument de Yane, absorbé dans ses pensées. Puis nous nous inclinâmes une fois encore devant le grand « tsar du Pirin » et, sans dire un mot, nous quittâmes la tombe du voïvode. Nous gardâmes le silence en prenant la route de Petrich, la ville la plus méridionale de cette région macédonienne.
Nous roulâmes le long de la rue principale qui divise Petrich en deux et regardâmes en l'admirant cette belle ville macédonienne qui, par ses hauts marronniers, érables, chênes et hêtres, laissa une forte impression au voyageur-écrivain Evliya Çelebi, au XVIIe siècle.
À une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Petrich, à proximité immédiate de Strumeshnica, qui doit son nom à la rivière, se trouve le bourg de Kluch.
Là, sur la rive droite de la rivière, au bord de la route, on a retrouvé les vestiges d'une forteresse. C'est exactement à cet endroit que se livra, en 1014, la bataille la plus effroyable et la plus meurtrière entre le roi macédonien Samuel, qui sema la graine macédonienne et fonda l'Archevêché d'Ohrid, et l'empereur byzantin Basile II le Macédonien. En représailles, l'armée de Basile II aveugla 99 hommes dans chaque groupe de l'armée de Samuel et laissa dans chaque groupe un homme avec un œil, afin qu'il pût conduire ses compagnons blessés jusqu'à leur roi, en Prespa et à Ohrid. Lorsque Samuel vit son armée vaincue, il fut frappé d'une attaque et mourut.
LILLY & STEVE EN MALA PRESPA
Il y a quelques années, Steve Pliakes et son épouse Lilly décidèrent de visiter la Macédoine. Ils voyagèrent de longues heures de Toronto à Vienne, puis à Athènes, d'Athènes à Solun (Thessalonique) et enfin jusqu'à leurs villages natals, Zeleniche et Zhelevo. Ils visitèrent ensuite Lerin, dans la partie égéenne de la Macédoine.
L'auteur de ce livre les attendait au poste frontalier de Medzitlija, près de Bitola. Leur rencontre fut cordiale et agréable, comme celle d'amis de famille de longue date. Nous partîmes aussitôt pour Skopje, où nous restâmes plusieurs jours. Durant leur séjour, Steve et Lilly eurent de nombreuses rencontres avec leurs amis de Macédoine ; la plupart d'entre eux ont visité le Canada et été reçus chez la famille Pliakes.
Pendant son séjour à Skopje, Steve Pliakes garda d'agréables souvenirs de sa rencontre avec le premier ministre de la République de Macédoine, Son Excellence Nikola Gruevski, qui eut lieu le soir au siège du gouvernement. Ils parlèrent de nombreuses questions et difficultés liées à la reconnaissance de la République de Macédoine sous son nom constitutionnel, de l'élection de députés issus des Macédoniens de la diaspora, ainsi que de bien d'autres sujets intéressant l'avenir de la Macédoine et du peuple macédonien.
Le lendemain, Steve rencontra le primat de l'Église orthodoxe macédonienne, Sa Béatitude Stefan. À cette occasion, ils échangèrent et exposèrent leurs positions sur la situation, les possibilités et les difficultés de la vie religieuse sur le continent nord-américain. Steve rencontra ensuite les anciens ambassadeurs Denko Malevski, Sashko Nasev et Ljuben Tevdovski, Todor Petrov, président du Congrès mondial macédonien, Joe Petreski de la Maison des émigrants de Macédoine, ainsi que d'autres personnalités. Lilly et lui visitèrent le foyer d'accueil « 11 Oktomvri » à Skopje, où ils firent un don de 2 500 dollars canadiens. Steve et Lilly organisèrent aussi un dîner pour tous les athlètes ayant concouru aux Jeux olympiques et pour l'équipe qui accompagnait les compétiteurs macédoniens aux Jeux de Pékin, dont ils furent l'un des principaux commanditaires. À Pékin, Steve eut l'honneur de porter le drapeau national macédonien au nom des athlètes macédoniens et fut le Macédonien le plus heureux de Chine.
Après le séjour à Skopje, Steve, Lilly, mon épouse Nada et moi partîmes pour Ohrid. Nous y visitâmes les églises « Sainte-Sophie », « Saint-Clément-d'Ohrid » et « Saint-Panteleimon » à Plaoshnik, ainsi que la forteresse de Samuel, où nos hôtes furent informés de l'évolution historique d'Ohrid, considérée comme la seconde Jérusalem de l'orthodoxie. Nous visitâmes aussi le monastère « Saint-Naum-d'Ohrid », où nous passâmes un moment agréable près des sources.
Le lendemain, nous partîmes pour Ljubojno, en Prespa, où nous restâmes plusieurs jours. Nous y visitâmes les tombes de mes parents, qui étaient amis de Steve et de Lilly à Toronto, ainsi que celles de mon grand-père Alekso, qui fut travailleur émigré durant quarante années à Detroit, et de ma grand-mère Kata, dont je tiens mon surnom, c'est-à-dire mon nom de famille — Katin. Nous visitâmes ensuite les villages de Brajchino, Nakolec et Dolno Dupeni, afin de permettre à nos hôtes de voir le « bout du monde » à la ligne frontalière près de Markova Noga.
Le lendemain, tôt le matin, nous quittâmes Ljubojno en direction d'Oteshevo, puis nous prîmes la route de la Mala Prespa. Nous franchîmes la frontière macédono-albanaise au poste de Stenje. Nous gagnâmes notre destination — Pustec, située en Mala Prespa, ou Basse Prespa, comme les habitants de la Prespa appellent cette contrée macédonienne le long de la rive sud-ouest du lac de Prespa. L'ensemble de la contrée compte une dizaine de villages regroupés dans la municipalité de Pustec. Et Pustec est la plus grande localité de la Mala Prespa et le chef-lieu de la municipalité, dont le maire et tous les membres du conseil municipal sont des Macédoniens de souche.
La partie de la Macédoine connue sous le nom de Mala Prespa, ou Basse Prespa, fut cependant attribuée à l'Albanie après la signature du traité de « paix » de Versailles en 1919. Ce traité injuste acheva le partage de la Macédoine ethnique entre les États nouvellement créés — Serbie, Grèce, Bulgarie et Albanie —, ouvrant l'ère de la dénationalisation, de l'assimilation forcée et de l'exil du peuple macédonien hors de ses foyers.
Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le sort du peuple macédonien fut au fond le même dans toutes les parties de la Macédoine divisée et asservie. Le peuple macédonien s'est vu, et se voit encore (en Bulgarie et en Elada — Grèce), refuser les droits fondamentaux de la personne ; il fut assimilé, divisé et chassé, mais aussi assimilé spirituellement et physiquement. Pour ces raisons, dans certaines contrées de la Macédoine ethnique se produisirent d'importantes migrations et des changements ethniques aux conséquences catastrophiques pour la population macédonienne.
Après la Première Guerre mondiale et la libération d'une partie de la Macédoine ethnique, un soin particulier fut apporté aux Macédoniens vivant dans les pays voisins quant à leur instruction dans leur langue maternelle macédonienne. Ce fut particulièrement le cas de 1945 à 1948, lorsque l'Albanie demanda au gouvernement yougoslave de l'époque d'envoyer des enseignants de macédonien dans les régions habitées par une population macédonienne. Le personnel enseignant était nécessaire avant tout dans les villages de Tuminec, Pustec, Basse et Haute Gorica, Globochani, Shulin et Zrnovsko, situés en Mala Prespa et rattachés à la région de Korça, ainsi que dans les villages de Vrbnik et de Cerje dans la région de Bilisht, puis à Lin, dans la région de Pogradec et dans d'autres localités.
Nous arrivâmes à Pustec à midi. Nous nous rendîmes aussitôt à la mairie, où le maire Edmond Temelko et ses collaborateurs nous accueillirent cordialement. À cette occasion, Lilly et Steve firent un don de 2 500 dollars canadiens en soutien aux enfants macédoniens de la Mala Prespa. Nous visitâmes aussi la nouvelle église « Saint-Archange-Michel », où les hôtes venus du Canada firent un don de 1 000 dollars pour ce sanctuaire spirituel macédonien.
Durant notre séjour à Pustec, nous rencontrâmes et interrogeâmes de nombreux Macédoniens au grand cœur et chaleureux, qui parlaient volontiers avec les hôtes venus du Canada. On nous apprit que, d'après les données disponibles, le nombre réel de Macédoniens de souche de confession musulmane dépassait 200 000. Leur plus forte concentration se trouve dans les régions frontalières de Gora, Golo Brdo et Mala Prespa. De nombreux Macédoniens vivent aussi à Tirana (environ 20 000), à Pogradec, Korça, Kavajë, Elbasan et ailleurs.
Il convient toutefois de mentionner que l'Albanie et la Serbie sont des pays voisins de la République de Macédoine qui reconnaissent le statut de la minorité ethnique macédonienne. Depuis 1945, un enseignement en langue macédonienne est dispensé en Albanie, plus précisément en Mala Prespa, pour l'école primaire de la 1re à la 5e année, et l'État a publié les manuels correspondants. L'école de Pustec abrite en outre une bibliothèque au fonds considérable d'ouvrages en langue macédonienne ; l'auteur de ce livre lui a également fait don de plusieurs centaines de livres. C'est en fait le premier cas d'usage officiel de la langue maternelle macédonienne en République d'Albanie.
Lors de notre visite, on nous apprit qu'il existait en Albanie plusieurs organisations et associations actives ainsi qu'un parti des Macédoniens, mais que les possibilités d'action politique étaient réduites, l'État n'apportant aucun soutien financier à leurs organisations. Les Macédoniens d'Albanie déploient néanmoins de grands efforts pour s'organiser eux-mêmes. C'est ainsi que la première revue périodique en langue macédonienne, « Paix » (« Mir »), parut en 1993, suivie de « Prespa », ainsi que de nombreux portails électroniques. Il existait aussi à Korça une émission de radio et de télévision en langue macédonienne.
Malheureusement, la situation des Macédoniens de souche en Albanie est loin de celle des Albanais de souche en République de Macédoine. Alors que les Albanais de souche en République de Macédoine sont ministres et députés et que leur grand parti est en coalition avec le gouvernement en place, les Macédoniens d'Albanie n'ont toujours pas de véritables possibilités de participation politique. À l'heure actuelle, il n'y a aucun député macédonien de souche, et le nombre de Macédoniens employés dans les institutions de l'administration d'État et locale est faible, comparé à la surreprésentation des Albanais dans l'administration de la République de Macédoine.
Malheureusement, lors de notre visite en Mala Prespa, nous avons constaté qu'il s'agissait de l'une des régions les plus pauvres de la République d'Albanie. En l'occurrence, les autorités albanaises comme celles de la République de Macédoine semblent avoir « oublié » leurs obligations et laissé ce peuple à lui-même. La population vit de la pêche, de l'agriculture et de l'élevage, mais dans des conditions très modestes et à très petite échelle. Après la chute de l'ancien régime stalinien et l'ouverture des frontières, la plupart des habitants se sont tournés vers le commerce et vers la recherche de meilleures perspectives en République de Macédoine et en Grèce ; certains travaillent dans les grandes villes albanaises, dans l'Union européenne et dans les pays d'outre-mer ; ils sont particulièrement présents à Toronto, où ils ont fondé leur association.
Pustec est le pivot de la Mala Prespa. Ce beau village macédonien s'étend le long de la colline dominant le lac de Prespa. Les maisons sont bâties en pierre ; elles sont de style macédonien, modestes, comme dans bien des villages de la Prespa et d'ailleurs. Ses habitants parlent un beau dialecte macédonien de la Prespa ; les élèves y apprennent leur langue maternelle macédonienne pendant les quatre années, et l'on y trouve un dispensaire, une coopérative agricole, un cinéma, une maison de la culture, plusieurs commerces, une coopérative de pêcheurs, la magnifique église orthodoxe macédonienne « Saint-Archange-Michel » (Sveti Arhangel Mihail) au centre de ce village urbanisé, ainsi que bien d'autres institutions.
Mais le plus important est qu'ils possèdent un authentique esprit macédonien et la foi en l'avenir de la nation macédonienne, de la langue macédonienne et de tout ce qui est macédonien. Pustec est la seule municipalité macédonienne et l'une des plus grandes localités de la région de Korça, ainsi que le plus grand village macédonien d'Albanie. Et là-bas, en Basse Prespa, on chante, on rit, on danse et on pleure dans la langue maternelle macédonienne.
La municipalité de Pustec est inscrite au registre en langue macédonienne sous le nom de Pustec et, en langue albanaise, sous celui de Liqenas. Le nom de Pustec fut changé dans les années 1970. Il fut rebaptisé par Hodza Leshi, alors secrétaire du Parti communiste d'Albanie. Aujourd'hui, cependant, tous les panneaux routiers et autres signalisations publiques sont bilingues dans toute la Mala Prespa — en macédonien et en albanais.
Il est intéressant de mentionner que les armoiries de la municipalité comportent le symbole macédonien antique, le soleil à seize rayons de Koutlech (Palatica – Vergina), au-dessus duquel figure une inscription bilingue portant en macédonien Municipalité de Pustec, et au-dessous l'intitulé en albanais. Nous achevâmes notre visite de la Mala Prespa par un déjeuner commun au restaurant de Zrnovsko, où nous dégustâmes de la carpe de Prespa et d'autres spécialités de la région.
À cette occasion, nous parlâmes de nombreuses questions, difficultés et projets d'avenir pour un lendemain meilleur pour les Macédoniens de la Mala Prespa et de toute la Macédoine. Notre hôte Edmond Temelko témoigna un grand respect à Steve et à Lilly, qui l'avaient reçu lors de son séjour au Canada.
Il faut cependant noter que les Macédoniens d'Albanie ne réussirent qu'à grand-peine à faire enregistrer leur parti politique, l'« Alliance macédonienne pour l'intégration européenne ». Ce fut un événement important pour les Macédoniens, car ils firent preuve de maturité et votèrent pour eux-mêmes, pour leur parti, pour leur président, le maire respecté Edmond Temelko, et pour le secrétaire Vasil Sterjovski. Ils montrèrent à cette occasion à la société albanaise qu'ils en faisaient eux aussi partie et qu'ils prendraient une part active au règlement des questions en suspens de ce pays.
Le parti a déployé d'immenses efforts pour monter des projets avec des entreprises étrangères, des ambassades ainsi qu'avec la République de Macédoine, afin d'aider les habitants de la Mala Prespa à atteindre un niveau de vie décent et normal. Tous les États du monde savent que les Macédoniens de la Mala Prespa sont des citoyens loyaux de l'Albanie ; ils paient leurs impôts et respectent les lois, mais ils réclament de meilleures conditions de vie.
Aux élections locales tenues en Albanie le 21 juin 2015, le parti « Alliance macédonienne pour l'intégration européenne » remporta un poste de maire et neuf sièges de conseillers. Le 21 juin, le parti macédonien recueillit 3 641 voix. Edmond Temelko devint maire de la municipalité de Pustec pour la troisième fois. Grâce aux 7 sièges de conseillers obtenus, ce parti aura également son conseiller à Pogradec et à Maliq.
Il faut souligner qu'Edmond Temelko, avec le secrétaire Vasil Sterjovski et d'autres membres, soutenus par l'homme d'affaires Gjorgija George Atanasovski, des États-Unis, sont les fondateurs du parti « Alliance macédonienne pour l'intégration européenne » et d'infatigables défenseurs des droits des Macédoniens en Albanie et dans le monde. Ils entretiennent aussi une coopération étroite avec le Congrès mondial macédonien, l'OMO « Ilinden » – Pirin, « Vinozhito » (« Arc-en-ciel ») et d'autres organisations et partis nationaux macédoniens, tant de la diaspora que de la République de Macédoine.
Adapté avec autorisation de : la monographie sur Steve Pliakes par Slave Katin
Les photographies de la famille sont publiées sous forme de galerie : L'album de la famille Pliakes.