Dix garçons de Sklithro
Furent appelés par leur patrie
À partir défendre
Le devoir envers l’État.
L’un serait fantassin,
Un autre conducteur,
Un troisième deviendrait cuisinier,
Et l’un d’eux capitaine.
Tous se posaient mille questions ;
La nuit, ils ne pouvaient dormir :
« Mais que sais-je de la conduite ?
Moi, je suis né paysan. »
Ils devinrent de proches amis,
Ensemble chaque soir —
Une nuit, ils avaient le cœur lourd,
La suivante, ils rêvaient.
« Qu’est-ce qui vous fait peur, les gars ? »
Cria l’un d’eux.
« Nous voyagerons gratuitement,
Et la nuit, nous danserons !
Nous verrons des lieux inconnus,
Des bateaux et des avions,
Et chaque jour nous aurons
Une gamelle pleine à ras bord. »
Les garçons reprirent courage,
Et avant la tombée de la nuit,
Ils passèrent leurs bras autour de Tangos —
Danse, boisson et meze à profusion.
Le lendemain matin,
Il faisait un peu froid.
Ils se réunirent sur la place publique
En attendant l’autobus.
Ils écoutaient attentivement
Les paroles de chaque mère :
« Prends soin de toi, mon fils,
Ne perds pas ton épingle de sûreté. »
Tout le monde criait : « Adieu, adieu ! »
« Suum na mama sev ! »*
« Ne sors pas la tête
Par la fenêtre de l’autobus ! »
Alors l’un des garçons cria
Depuis l’intérieur du car :
« Mèèère — n’oublie pas,
La branva, le paquet, est sur l’étagère ! »
Et c’est ainsi qu’ils partirent,
Les dix jeunes garçons,
Laissant le village derrière eux
Pour devenir soldats.
* « Suum na mama sev » rend une formule d’adieu dialectale/macédonienne du village (approximativement : « Je t’aime, mère » / « Porte-toi bien, mère »), conservée ici pour son authenticité culturelle.